![]() International Honduras Manuel Zelaya est de retourMise à jour le mardi 22 septembre 2009 à 4 h 25
Le président déchu du Honduras a réussi à revenir en secret dans son pays, après trois mois d'exil forcé. Manuel Zelaya se trouve à l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa. « Les forces armées doivent tourner leurs fusils contre les ennemis du peuple, pas contre le peuple », a-t-il dit aux journalistes, ajoutant qu'il était là « pour rechercher le dialogue, pour régler le problème ». Le président de facto du Honduras, Roberto Micheletti, a demandé au Brésil de le livrer aux autorités afin qu'il soit jugé. Il avait initialement démenti son retour, accusant les médias de pratiquer le « terrorisme médiatique ». Les autorités au pouvoir ont en outre imposé un couvre-feu dans l'ensemble du pays, en vigueur de 16 h à 7 h. Le retour inattendu du président déchu survient alors qu'il devait, d'ici quelques jours, prendre la parole devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York. « Pour arriver jusqu'ici, dans ma capitale, pour être avec les miens, avec le peuple que j'aime tant et que je n'ai jamais abandonné, il a fallu un effort international extraordinaire », a indiqué M. Zelaya aux médias, parlant d'un « très long » voyage d'environ 15 heures. « Il a fallu effectuer plusieurs déplacements dans divers pays, changer de moyens de transport, élaborer des plans pour éviter les contrôles militaires, les cordons de police et les autres systèmes de contrôle en vigueur », a-t-il raconté, sans toutefois donner de détails. M. Zelaya a affirmé qu'il avait été accueilli à l'ambassade « grâce à l'appui du président [brésilien] Lula ». Le ministère brésilien des Affaires étrangères a toutefois assuré que son pays n'avait « joué aucun rôle » dans son retour au Honduras et qu'il s'était contenté d'accéder à sa requête d'asile dans son ambassade.
Par ailleurs, des milliers de partisans du président déchu se sont rassemblés devant l'ambassade après avoir appris la nouvelle de son retour. Les autorités ont mis en place un important dispositif de sécurité dans le secteur. Une brigade anti-émeute composée d'une centaine de policiers était sur les lieux, de même qu'un hélicoptère militaire. Manuel Zelaya avait déjà fait deux tentatives de retour. Une première, par avion le 5 juillet dernier, a échoué parce que l'armée a bloqué la piste de l'aéroport de Tegucigalpa. Puis, le 24 juillet, M. Zelaya a brièvement franchi à pied la frontière entre le Nicaragua, son pays d'exil, et le Honduras. Washington voit dans ce retour une opportunité Le Conseil permanent de l'Organisation des États américains (OEA) a lancé un appel au calme et demandé aux autorités honduriennes de facto d'assurer la sécurité » de M. Zelaya. Le Conseil a en outre convoqué pour mardi après-midi une réunion extraordinaire sur la crise hondurienne. Le secrétaire général de l'organisation, José Miguel Insulza, a de son côté indiqué qu'il arriverait à Tegucigalpa « dans les plus brefs délais ». La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a dit souhaiter que Manuel Zelaya et le gouvernement de facto trouvent un moyen de reprendre le dialogue et d'éviter la violence. Elle a estimé « opportun de rétablir M. Zelaya dans ses fonctions dans des circonstances adéquates, de mettre en place les élections actuellement programmées pour novembre, de garantir une transition pacifique de l'autorité présidentielle et de rétablir l'ordre constitutionnel et démocratique au Honduras ». Le président costaricain Oscar Arias a de son côté dit voir dans ce revirement l'occasion de résoudre la crise politique dans le pays. Il s'est en outre dit prêt à reprendre son rôle de médiateur et à quitter immédiatement New York, où il doit participer à l'Assemblée générale de l'ONU, pour le Honduras, si les deux parties le désiraient. Menée par Costa Rica, la tentative de médiation internationale entre les camps des présidents déchu et de facto a échoué à la fin juillet. Le gouvernement Micheletti a refusé l'idée d'un gouvernement d'union nationale qui aurait à sa tête M. Zelaya. La communauté internationale a condamné le coup d'État et refuse toujours de reconnaître le gouvernement de facto. L'OEA a réclamé le rétablissement de Manuel Zelaya dans ses fonctions. Plusieurs pays étrangers avaient déjà annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas les résultats de l'élection que prévoit organiser Roberto Micheletti, le 29 novembre prochain. Retour sur le coup d'État
Le 28 juin dernier, sur ordre de la Cour suprême, l'armée hondurienne a arrêté et expulsé Manuel Zelaya au Costa Rica. Il a ensuite trouvé asile au Nicaragua, dirigé par Daniel Ortega, l'un de ses alliés de la gauche radicale latino-américaine. Le président, la Justice et l'armée étaient à couteaux tirés depuis un certain temps. La Cour suprême et les militaires s'opposaient à la volonté du président d'aller de l'avant avec une réforme constitutionnelle qui aurait permis à un président en exercice de briguer un second mandat. Une consultation populaire prévue à cet effet, jugée illégale par la Cour suprême, devait avoir lieu le 28 juin. Une telle réforme constitutionnelle aurait permis au président Zelaya de briguer un deuxième mandat le 29 novembre prochain. Il niait en avoir l'intention. Le refus de l'armée de l'appuyer avait incité M. Zelaya à limoger le chef d'état-major des forces armées. Le ministre de la Défense ainsi que les chefs de l'armée de terre, de l'air et de la marine avaient démissionné en guise de protestation. Le Honduras reste sous tension, comme l'ont démontré des défilés rivaux la semaine dernière. Élu en 2006 comme conservateur, M. Zelaya s'est depuis rapproché des dirigeants de la gauche antilibérale de la région, au premier chef le président socialiste vénézuélien Hugo Chavez. Cela lui a valu les foudres de membres du Congrès, de gens d'affaires et même de membres de son propre parti. Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Associated Press Console Audio-vidéo
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