Le président américain Barack Obama a confirmé jeudi que les États-Unis abandonnent leur projet de construire un bouclier antimissile avec des bases en Pologne et en République tchèque. Un autre système plus efficace, moins coûteux, et pouvant être déployé plus rapidement, sera privilégié en lieu et place.
Le président Barack Obama confirme que les États-Unis remplaceront leur controversé projet de bouclier missile en Europe de l'Est par un autre système, jugé plus efficace et moins coûteux.
Barack Obama annonce sa décision, jeudi, à la Maison-Blanche.
©
PC/AP/Charles Dharapak
« Le meilleur moyen d'améliorer notre sécurité et la sécurité de nos alliés de manière responsable, c'est de déployer un système de défense antimissile qui réponde mieux aux menaces auxquelles nous faisons face et qui utilise des technologies éprouvées et moins chères », a dit M. Obama dans une déclaration à la Maison-Blanche.
La décision de la Maison-Blanche a été prise après qu'une analyse du dossier, ordonnée il y a deux mois par le président, eut conclu que le programme de développement de missiles de longue portée de l'Iran ne progresse pas au rythme anticipé.
Les alliés européens de Washington, ont conclu des responsables, sont davantage menacés par des missiles de courte et moyenne portée, et le développement d'un système régional est conséquemment mieux adapté à la menace actuelle perçue.
Le président Obama dit avoir appelé les premiers ministres tchèques et polonais pour les informer de cette décision. Le premier ministre tchèque Jan Fischer avait déjà révélé la teneur de cet appel, quelques heures plus tôt.
Lancement d'un missile intercepteur SM3 au large d'Hawaï en juillet.
©
PC/Marine américaine
Recours au système Aegis
Tout de suite après la courte déclaration du président Obama, qui n'a répondu à aucune question de la presse, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a précisé la nature de ce nouveau système sur lequel s'appuieront les États-Unis.
Il a fait savoir que, dans un premier temps, des contre-torpilleurs munis du système antimissile Aegis et équipés de missiles intercepteurs SM3 seront déployés dans la région.
Une seconde phase, vers 2015, prévoit l'implantation de bases d'interceptions terrestres en Europe. Il a dit que des négociations étaient en cours à ce sujet, et notamment avec la Pologne et la République tchèque.
Le bouclier antimissile prévoyait plutôt l'installation de 10 lance-missiles intercepteurs en Pologne et d'un radar ultra-perfectionné en République tchèque. Les deux pays, aujourd'hui membres de l'Union européenne, faisaient autrefois partie du bloc soviétique.
Moscou et l'OTAN réagissent
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov, le 24 juin à Berlin
©
AFP/Sergei Lavrov
Cette mise à l'écart du projet, qui était cher à l'administration Bush, sera assurément de nature à plaire à Moscou, qui ne manquait pas une occasion de dénoncer le projet.
Plus tôt jeudi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait dit vouloir attendre une confirmation des autorités américaines avant de commenter formellement la nouvelle. Un porte-parole avait cependant affirmé que cette décision constituerait une « bonne nouvelle ».
Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a pour sa part dit voir dans cette annonce une « mesure positive ». Il a dit avoir eu « la nette impression que l'OTAN va être », à l'avenir, « très impliquée dans les plans américains en matière de défense antimissile ».
Nouvelles relations
Barack Obama et Dmitri Medvedev
©
AFP/Ria Novosti/Kremlin Pool/Dmitry Astakhov
L'administration Bush a toujours affirmé que le système de missiles antimissiles qu'elle voulait implanter en Europe de l'Est visait à contrer la menace iranienne.
Moscou, qui y voyait une menace pour ses propres armes stratégiques, s'y est toujours opposé. Le dossier empoisonnait les relations entre les deux grandes puissances, au même titre que l'expansion envisagée de l'OTAN en Georgie et en Ukraine.
L'administration Obama tente plutôt d'établir un dialogue avec l'Iran, sans écarter pour autant la menace de sanctions, et clame haut et fort qu'elle veut mettre un terme aux « relations conflictuelles » que l'administration Bush entretenait avec Moscou.
Lors de sa première rencontre avec son homologue russe Sergueï Lavrov, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton avait déclaré que la Maison-Blanche aimerait que la Russie se joigne aux États-Unis pour « tenter de créer une dissuasion du 21e siècle [...] face à la menace que représentent les missiles de longue portée. »