Harper dénonce le protectionnisme

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Barack Obama et Stephen Harper, entourés de leurs équipes respectives   © Bureau du premier ministre

Au terme de sa rencontre avec le président Barack Obama, mercredi à Washington, le premier ministre Stephen Harper a réitéré son opposition à la clause protectionniste Buy American, comprise dans le plan de relance économique de la Maison-Blanche.

En visite officielle à Washington, le premier ministre Stephen Harper plaide auprès du président Obama la cause des entreprises canadiennes, touchées par la clause protectionniste Buy American.

Le plan accorde environ 280 millions de dollars américains à des États et des villes des États-Unis pour des projets d'infrastructures à la condition que l'acier et le fer utilisés par les entrepreneurs dans ces projets proviennent d'entreprises américaines.

Le premier ministre Harper voudrait que les États-Unis accordent une exemption aux entreprises canadiennes, en échange de laquelle les entreprises américaines pourraient soumissionner pour des projets de construction provenant des provinces ou des villes canadiennes. Le ministre canadien du Commerce international, Stockwell Day, avait auparavant envoyé une lettre en ce sens à son homologue américain.

Lors d'un point de presse commun, le président Obama a d'ailleurs reconnu que la négociation multilatérale, par exemple entre États et gouvernements provinciaux, plutôt que simplement entre les deux pays, pouvait être une option.

Les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) interdisent le protectionnisme, mais les règles s'appliquent aux pays, et non pas aux provinces ou aux États, ni aux villes.

Les deux pays ont chacun nommé un négociateur dans ce dossier, et M. Harper a indiqué que les administrations respectives allaient maintenant leur donner « davantage de directives ».

Mais le président Obama a les mains liées par le Congrès, dont le soutien est nécessaire pour toute modification à son plan de relance. La clause Buy American a été ajoutée à la loi encadrant ce plan par les membres du Congrès, et non par le président Obama.

M. Harper tentera donc de convaincre les leaders de la majorité démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et du Sénat, Harry Reid, du bien-fondé de son approche lors de rencontres qui se dérouleront jeudi. Il discutera aussi avec le leader de la minorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell.

De telles réunions sont inhabituelles.

Un différent quasi-réglé

Stephen Harper et barack Obama   © Bureau du premier ministre

Reconnaissant l'existence d'irritants, les deux dirigeants ont par ailleurs insisté sur les relations d'amitié entre les deux pays et sur l'importance de leurs liens économiques. Un de ces litiges, reliée au cabotage, est d'ailleurs sur le point d'être réglé, a fait savoir le premier ministre canadien.

M. Harper a indiqué qu'une entente préliminaire au sujet du cabotage, une pratique en vertu de laquelle une compagnie aérienne d'un pays effectue une liaison entre deux villes d'un autre pays, a été conclue. Un accord final pourrait être parachevé d'ici quelques jours.

Au mois d'août, le département américain du Transport a argué qu'Air Canada avait violé une règle selon laquelle un transporteur ne peut prendre sur un vol de retour un passager qui n'était pas sur le vol à l'aller.

Il a conséquemment ordonné au transporteur canadien d'annuler tous les vols nolisés de la saison des équipes sportives, et ce, à moins de deux mois du début de la saison de la Ligue nationale de hockey (LNH).

Au sujet du dialogue sur l'énergie, annoncé lors de la visite du président Obama à Ottawa, en février, le premier ministre Harper a souligné que les discussions progressaient et que les ministres concernés avaient identifié des projets qui pouvaient donner l'occasion aux deux pays de collaborer.

Il a d'ailleurs annoncé que le gouvernement du Canada appuie un projet de construction d'une ligne de transmission d'électricité de 335 kilomètres en Colombie-Britannique. Cette ligne, précise-t-on dans un communiqué, prolongera la ligne de transmission de haute tension de la Colombie-Britannique jusque dans le nord-ouest de la province. Le projet, dont le coût serait de 404 millions de dollars, constituerait une étape clé dans une possible liaison, par la Colombie-Britannique, des réseaux du sud-est de l'Alaska et de l'Amérique du Nord.

MM. Harper et Obama ont également discuté de leur plan de relance respectif, du prochain sommet du G20, qui se tiendra les 24 et 25 septembre prochains, ainsi que des questions environnementales, à quelques mois du sommet de Copenhague, et de la situation en Afghanistan.

Sur cette question, M. Obama a salué les efforts canadiens dans ce pays tout en indiquant que l'envoi de troupes américaines supplémentaires n'était pas imminent. Pour sa part, M. Harper a évité de parler d'un retrait des troupes canadiennes en 2011. Il a plutôt parlé d'une transition de la mission militaire vers une mission humanitaire, qui est déjà amorcée.

Le premier ministre Harper a rencontré le président américain Barack Obama pendant environ une heure dans le Bureau ovale. C'était la septième occasion pour lui de discuter avec le président américain.

D'ici la fin de son séjour aux États-Unis, le premier ministre parlera aussi avec les membres du Council on Foreign Relations, un influent groupe de recherche américain. Il prendra aussi la parole jeudi, à New York, devant le Conseil des affaires canado-américaines et la Canadian Association of New York.

Les libéraux critiques

Michael Ignatieff, chef du Parti libéral du Canada Michael Ignatieff (archives)

À Ottawa, le chef libéral, Michael Ignatieff, a affirmé qu'il n'avait noté aucun signe de progrès au chapitre du protectionnisme américain. Il s'est dit déçu que le premier ministre n'ait pas réussi à convaincre les États-Unis d'exempter le Canada de la clause Buy American.

Il a en outre déploré que M. Harper ait qualifié d'« irritant mineur » cette manne de plusieurs millions de dollars dont sont exclues les entreprises canadiennes.

Le chef de l'opposition officielle a de plus accusé le premier ministre d'avoir nui aux relations canado-américaines au cours des quatre dernières années.

Selon lui, le gouvernement conservateur n'arrive pas à avoir un impact sur les décisions américaines parce qu'il n'a pas de politique étrangère, qu'il n'y met pas les efforts nécessires et qu'il a l'attitude d'un « boy-scout ».

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