Après les mots, les jeux de coulisses

Barack Obama devant l'Association des infirmières américaines Barack Obama devant l'Association des infirmières américaines

Au lendemain du discours du président Obama sur le projet de réforme de la santé devant le Congrès, démocrates et républicains s'activent soit pour lui faire voir le jour, soit pour le faire avorter.

L'important discours prononcé mercredi par le président américain devant le Congrès est loin de clore le débat sur la réforme du système de santé. Au lendemain du discours, démocrates et républicains étaient à pied d'oeuvre pour faire adopter ou dérailler le plan, et les tractations se poursuivaient dans les couloirs du Congrès et de la Maison-Blanche.

Jeudi après-midi, le président Obama a rencontré à la Maison-Blanche un groupe de démocrates considérés comme centristes, dont le soutien est essentiel à l'adoption du projet.

Plus tôt, il a repris les arguments avancés la veille devant l'Association des infirmières américaines, un auditoire dont le soutien lui était acquis d'avance.

Condamnant la partisanerie de ses adversaires lors des débats des derniers mois, il a répété que sa proposition freinerait la croissance des coûts du système de santé, qui représente 16 % du PIB des États-Unis, une proportion de loin supérieure aux pays occidentaux comme l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

Il a aussi dit souhaiter que les États-Unis rejoignent rapidement« les rangs des autres pays développés » en offrant « une couverture médicale abordable et de qualité à tous leurs citoyens ». Le Bureau de la statistique révélait jeudi que le nombre de citoyens sans protection était passé de 45,7 millions à 46,3 millions entre 2007 et 2008.

Citant les résultats d'un sondage Gallup, le président Obama a même affirmé que ces chiffres sous-estimaient la réalité: la récession des derniers mois aurait fait augmenter de 6 millions le nombre de personnes privées d'assurances au cours des 12 derniers mois.

Le plan de réforme obligerait tous les Américains à souscrire à un régime d'assurance. Le coût estimé du projet est de 900 milliards sur 10 ans.

Quelques éléments du plan de réforme
  • Création d'une assurance santé publique pour les personnes n'ayant pas les moyens de se payer un régime privé d'assurance
  • Obligation pour les grandes entreprises d'offrir une couverture à leurs employés et obligation de contracter une assurance pour les individus qui en ont les moyens
  • Mise en place de crédits d'impôt pour inciter les gens à acheter une assurance
  • Protection du programme Medicare dont bénéficient les personnes âgées
  • Assurance de ne pas accroître le déficit par la création du plan de santé
  • Fin des clauses d'exclusion des personnes ayant des maladies préexistantes
  • Élimination des coûts supplémentaires pour des soins préventifs tels que les mammographies et les vaccins contre la grippe
  • Création d'une commission indépendante de médecins et d'experts médicaux visant à identifier et prévenir les fraudes et les abus du système de santé

Un sondage de CNN/Opinion Research mené après le discours de Barack Obama auprès d'Américains qui l'ont écouté indique que deux Américains sur trois soutiennent le plan de réforme. Un peu plus de la moitié l'appuyaient avant son intervention. Les sondeurs ont toutefois indiqué que davantage de démocrates avaient suivi l'allocution, ce qui tend à déséquilibrer la représentativité de l'échantillon.

Par ailleurs, le représentant Joe Wilson, qui a traité le chef d'État de menteur au beau milieu de son allocution avant d'être hué, s'est excusé publiquement. Son comportement, qui traduit à quel point le dossier de la réforme est sensible autant pour ses partisans que pour ses opposants, a été âprement critiqué des deux côtés de la Chambre. Le président a accepté ses excuses.

Une ordonnance rejetée par les républicains

Le vice-président Joe Biden a dit espérer que le plan serait adopté avant l'Action de grâces américaine, à la fin du mois de novembre. Mais les partisans du projet ont fort à faire pour séduire ne serait-ce que quelques-uns de ses opposants.

La pétition lancée par John McCain La pétition lancée par John McCain

Si le discours de mercredi a rallié des républicains à la cause du président, ils ne se sont pas manifestés jeudi. Le sénateur John McCain a notamment envoyé un courriel à ses supporters pour protester contre le projet.

À l'instar de plusieurs républicains, le sénateur Jon Kyl, numéro deux du parti à la Chambre haute, a argué que plusieurs affirmations du président sont sujettes à débat. Il a par exemple soutenu que le plan ferait augmenter le déficit.

Il s'est en outre montré critique à l'endroit du président, disant qu'il s'agissait du discours présidentiel « le plus partisan » qu'il ait jamais entendu et que l'allocution n'était « pas de nature à encourager ceux qui ont des désaccords légitimes avec lui à oeuvrer à une solution commune ».

Les républicains, de même que certains démocrates, restent carrément hostiles à plusieurs dispositions du plan, dont l'« option publique », soit la création d'un système d'assurance santé public qui concurrencerait les compagnies privées. Ils affirment qu'une telle initiative ouvre à la porte à une prise de contrôle du système de santé par le gouvernement et acculera les assureurs à la faillite.

Samedi, Barack Obama participera à un rallye en faveur de la réforme à Minneapolis. Le même jour, ses adversaires tiendront de leur côté une manifestation à Washington. Les deux camps font en outre circuler des pétitions sur le web.

Jusqu'à présent, trois commissions de la Chambre des représentants et la commission de la Santé du Sénat se sont penchées sur le projet de réforme et ont adopté des versions du projet de loi.

La commission des Finances du Sénat examinera de son côté, fin septembre, un projet déposé par le sénateur démocrate Max Baucus. Avec un groupe composé de deux autres sénateurs démocrates et trois sénateurs républicains, surnommé le « groupe des six », il tente de trouver un compromis. Le texte proposé exclut l'option publique.

Au Sénat, la mort de Ted Kennedy, le mois dernier, abaisse la majorité démocrate à 59 sièges au lieu des 60 requis pour l'adoption du projet de loi.

Un homme arrêtéÀ Washington, un homme a été arrêté mercredi soir alors qu'il tentait d'accéder au Capitole en automobile au moment où le président s'apprêtait à prononcer son discours. Il était armé et disposait de munitions. Ses motifs n'ont pas été précisés.

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