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International Réforme de la santé

Un discours crucial de Barack Obama

Mise à jour le jeudi 10 septembre 2009 à 8 h 47

Le président Barack Obama prononce un discours crucial sur la réforme de la santé au Congrès.

Photo: AFP/Jason Reed

Le président Obama s'est présenté devant les deux chambres du Congrès, mercredi soir, pour les convaincre de se rallier à son projet de réforme de la santé.

Son projet, contesté farouchement par plusieurs républicains, est considéré comme une des pierres angulaires de son mandat. Les experts estiment que ce discours, d'une durée de 45 minutes, est le plus important de sa jeune présidence, voire de sa carrière politique.

Je ne suis pas le premier à embrasser cette cause, mais je suis déterminé à être le dernier.

— Le président Obama

« Le temps des disputes est révolu. Le temps des petits jeux est terminé », a-t-il dit, critiquant les détracteurs du plan de réforme, qui ont multiplié les attaques au cours des dernières semaines. « Je ne perdrai pas mon temps avec les calculateurs qui préfèrent tuer ce plan que de l'améliorer », a-t-il ajouté, les exhortant à laisser de côté leurs « tactiques de peur ».

Récemment, plusieurs républicains ont martelé le message selon lequel ce projet était une tentative de prise de contrôle gouvernementale de la santé, voire de création d'un système socialiste de santé et même une façon de favoriser l'euthanasie.

Le président a toutefois salué l'esprit de collaboration de certains et assuré à ses « amis républicains » qui exprimeraient leurs préoccupations légitimes et qui lui présenteraient des propositions de les écouter afin de parvenir à un compromis.

Barack Obama a également exposé aux représentants et aux sénateurs, mais aussi à la population américaine, les trois principaux objectifs de sa réforme:

  • fournir plus de sécurité et de stabilité à ceux qui disposent déjà d'un régime d'assurance;
  • offrir une couverture aux Américains qui n'en ont pas;
  • freiner la croissance des coûts du système de santé.

Quelques éléments du plan de réforme

  • Création d'une assurance santé publique pour les personnes n'ayant pas les moyens de se payer un régime privé d'assurance
  • Obligation pour les grandes entreprises d'offrir une couverture à leurs employés et obligation de contracter une assurance pour les individus qui en ont les moyens
  • Mise en place de crédits d'impôt pour inciter les gens à acheter une assurance
  • Protection du programme Medicare dont bénéficient les personnes âgées
  • Assurance de ne pas accroître le déficit par la création du plan de santé
  • Fin des clauses d'exclusion des personnes ayant des maladies préexistantes
  • Élimination des coûts supplémentaires pour des soins préventifs tels que les mammographies et les vaccins contre la grippe
  • Création d'une commission indépendante de médecins et d'experts médicaux visant à identifier et prévenir les fraudes et les abus du système de santé

Le temps presse, a affirmé le président Obama. Si Washington ne fait rien pour changer un système qui laisse 46 millions d'Américains sans protection, le déficit sera plus important et plus de familles seront acculées à la faillite.

Plus d'Américains perdront leur couverture quand ils sont malades et en ont le plus besoin et, en conséquence, plus mourront.

— Le président Obama

La question de l'« option publique »

M. Obama s'est dit favorable à « l'option publique », c'est-à-dire la création d'une assurance médicale publique qui concurrencerait les assurances privées. Mais il a assuré que cette option publique était un moyen d'améliorer le système de santé, et non une fin en soi.

Cette question, qui divise profondément démocrates et républicains, est l'un des éléments qui pourrait compromettre l'adoption du projet.

Dans son allocution accueillie de façon partisane, le président américain a également tenté de défaire les arguments des détracteurs de son plan. Lorsqu'il a affirmé que celui-ci ne s'appliquerait pas aux immigrants illégaux, un représentant républicain de la Caroline du Sud, Joe Wilson, lui a crié qu'il mentait, s'attirant des huées bien nourries.

Le représentant Wilson a rapidement fait acte de contrition pour ce manquement au cérémonial. Dans une déclaration, il a offert ses plus sincères excuses au président pour ses commentaires « inappropriés et regrettables » et son « manque de civisme ». Il a toutefois maintenu être en désaccord avec Barack Obama.

Un soutien d'outre-tombe

Vicky Kennedy, la veuve du sénateur démocrate Ted Kennedy, était présente de même que leurs enfants. Le sénateur du Massachusetts est décédé le mois dernier sans voir concrétiser son rêve de voir les États-Unis dotés d'un système de santé universel, projet pour lequel il s'est battu pendant près de cinq décennies.

Ted Kennedy

Photo: AFP/Alex Wong

Ted Kennedy (archives)

Le président Obama a d'ailleurs cité des extraits d'une lettre écrite par le « lion du Sénat » et destinée à être rendue publique après sa mort. « Le défi auquel nous sommes confrontés, a lu M. Obama, va au-delà des considérations morales. Ce ne sont pas seulement les détails d'une politique qui sont en jeu, ce sont les principes fondamentaux de la justice sociale et la nature même de notre pays. »

Il faut dire que les Américains ne sont pas tous égaux devant la maladie, car le système de santé est loin d'être universel. Non seulement 15 % de la population ne jouissent d'aucune protection médicale, mais la couverture reste précaire pour plusieurs citoyens qui en bénéficient. Par exemple, les Américains ayant accès à un régime d'assurance offert par leur employeur se retrouvent sans filet s'ils perdent leur emploi.

Seules les personnes âgées de plus de 65 ans et certaines personnes handicapées sont automatiquement protégées via le programme Medicare. (Notre article Assurance maladie: le défi de Barack Obama donne plus de précisions sur le système actuel.)

Dans les minutes suivant l'allocution du président américain, les internautes abonnés à sa liste d'envoi ont reçu un courriel les invitant à manifester leur soutien au projet à leurs représentants et leurs sénateurs.

Pendant près d'un siècle, plusieurs des prédécesseurs du 44e président, dont Bill Clinton, qui avait confié le projet de réforme à son épouse Hillary, ont tenté de réformer radicalement le système de santé sans y parvenir.

Présenté à la télévision nationale et sur le site de la Maison-Blanche, ce discours était le deuxième prononcé devant le Congrès par le président Obama depuis son accès à la présidence, en janvier dernier.

Journaliste: Sophie-Hélène Lebeuf

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