Une poupée russe politique

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
Vladimir Poutine lors de la cérémonie de Westerplatte pour les 70 ans de la Deuxième Guerre mondiale Vladimir Poutine à la cérémonie de Westerplatte, en Pologne   © AFP/Janek Skarzynski

Le premier ministre de la Russie, Vladimir Poutine, a prononcé mardi un discours attendu, à l'occasion des cérémonies marquant le 70e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, près de Gdansk, en Pologne.

Soixante-dix ans après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, à Westerplatte, en Pologne, le premier ministre russe, Vladimir Poutine, admet l'erreur du pacte avec les nazis, mais estime que d'autres pays ont leur part de responsabilité.

Certains craignaient que l'ancien chef du Kremlin tente de blanchir Josef Staline pour la signature du pacte germano-soviétique d'août 1939. M. Poutine s'est plutôt montré conciliant.

« Toutes les tentatives d'apaiser les nazis entre 1934 et 1939 par divers accords et pactes étaient moralement inacceptables et n'avaient aucun sens politique, elles étaient nuisibles et dangereuses », a déclaré l'ancien président russe.

Vladimir Poutine a toutefois ajouté que la Russie n'était pas le seul pays dans cette situation. « Nous devons admettre ces erreurs. Notre pays l'a fait. Le Parlement russe a condamné le Pacte Molotov-Ribbentrop. Nous sommes en droit d'attendre la même chose des autres pays qui ont également conclu des accords avec les nazis », a dit M. Poutine.

Lundi, dans la presse polonaise, le premier ministre Poutine avait condamné le pacte germano-soviétique de 1939 sans évoquer l'invasion de la Pologne par les troupes soviétiques qui avait suivi le 17 septembre. Il avait aussi blâmé les Occidentaux pour leur entente avec Hitler en 1938 à Munich.

Mardi, un membre des services de renseignement extérieur russe, le général Lev Sotskov, a rendu publiques des archives montrant, selon lui, que la Pologne avait une part de responsabilité dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, parce qu'elle avait sous-estimé la menace nazie, en se concentrant sur l'URSS.

M. Sotskov a notamment cité le compte rendu d'une réunion entre l'ambassadeur de Pologne à Washington et un haut responsable du département d'État américain, en 1937. L'ambassadeur polonais aurait alors dit: « La Pologne ne voit pas de menace provenant de l'Allemagne nazie. La priorité est d'isoler l'Union soviétique. »

Pour sa part, le président polonais Lech Kaczynski a rappelé mardi à Gdansk que le traité de Munich de 1938 entre les puissances occidentales et l'Allemagne nazie avait eu pour effet « la violation de l'intégralité de la Tchécoslovaquie ». Il a reconnu que le rôle joué alors par la Pologne avait été une erreur. « Nous, en Pologne, nous savons reconnaître une erreur sans chercher des justifications », a-t-il martelé.

Moscou dénonce le « révisionnisme »

Par ailleurs, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a condamné mardi les tentatives de « mettre sur un pied d'égalité » la politique de Staline et celle d'Hitler.

« Même pendant la guerre froide, personne n'a jamais essayé de mettre sur un pied d'égalité le régime nazi et la dictature de Staline », a déclaré le chef de la diplomatie russe dans une tribune publiée par le quotidien gouvernemental Rossiïsskaïa Gazeta.

« On a réécrit plus d'une fois l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Des éléments de cette approche dictée par des réflexions idéologiques [...] étaient présents même dans l'Union soviétique », a ajouté M. Lavrov, qui estime que « la tentative de mettre un signe "égal" » entre la signature du pacte germano-soviétique de non-agression et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale par Hitler peu après « est devenue le comble du révisionnisme historique ».

Les dirigeants polonais, diplomates et anciens combattants se sont réunis mardi à 4 h 45, heure précise à laquelle furent tirés les premiers coups de canon de la Seconde Guerre mondiale, à Westerplatte, près de Gdansk, le 1er septembre 1939. Les dirigeants polonais, diplomates et anciens combattants se sont réunis mardi à 4 h 45, heure précise à laquelle furent tirés les premiers coups de canon de la Seconde Guerre mondiale, à Westerplatte, près de Gdansk, le 1er septembre 1939.   © AFP/Wojtek Radwansky

Moment tragique

À l'aube, les responsables polonais se sont rassemblés dans la péninsule de Westerplatte pour commémorer le bombardement du premier poste militaire avancé polonais par le cuirassé allemand Schleswig-Holstein, le 1er septembre 1939.

Présente à la cérémonie, la chancelière allemande Angela Merkel a qualifié l'attaque allemande de « chapitre le plus tragique de l'histoire de l'Europe ». Elle a dit s'incliner devant les victimes, ajoutant qu'aucun pays n'avait souffert autant que la Pologne sous l'occupation allemande.

« La guerre déclenchée par l'Allemagne a infligé une souffrance incommensurable à de nombreux peuples, des années de privation des droits, d'humiliation et de destruction, a déclaré Mme Merkel. Je rends hommage aux 60 millions de personnes qui ont perdu la vie à cause de cette guerre déclenchée par l'Allemagne. »

« L'horreur du 20e siècle a atteint son sommet dans l'Holocauste: la persécution et l'assassinat des juifs européens », a-t-elle poursuivi en rendant hommage aux 6 millions de juifs tués dans les camps de concentration et d'extermination allemands.

« Nous le savons: nous ne pouvons pas effacer les atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Les cicatrices resteront toujours visibles. Mais notre tâche est de construire l'avenir tout en étant conscients de notre éternelle responsabilité », a déclaré la chancelière allemande.

Avant son départ pour Gdansk, la chancelière allemande Angela Merkel avait qualifié d'« injustice » l'expulsion des Allemands de Pologne après la défaite nazie, dans une entrevue à la chaîne publique allemande ARD.

La chancelière allemande a toutefois tenu à souligner le rôle qu'ont joué les millions d'Allemands expulsés d'Europe centrale et orientale dans la construction de la République fédérale d'Allemagne.

C'était le 1er septembre 1939Le 1er septembre 1939, les armées du IIIe Reich envahissent la Pologne, sans déclaration de guerre préalable. Quatre semaines plus tard, croulant sous les bombes, Varsovie se rend à l'envahisseur allemand.

En France et en Angleterre, les pacifistes clament qu'« il ne faut pas mourir pour Dantzig », la ville revendiquée par Hitler. Pourtant, ils n'auront pas le choix de déclarer la guerre à l'Allemagne et, quelques mois plus tard, ils seront attaqués à leur tour.

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