![]() Journal de bord Chronique de Jean-François Bélanger
Depuis une quinzaine d’années, Jean-François Bélanger parcourt la planète pour Radio-Canada. Affecté sur les points les plus chauds du globe, il a couvert la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, l’Irlande du nord, Haïti, Israël et les territoires occupés, le Liban, la Syrie, le Yémen, l’Arabie Saoudite ainsi que plus d’une vingtaine de pays africains. Envoyé spécial de Radio-Canada en Afghanistan en 2007 et en 2009, il a couvert la mission militaire canadienne à Kandahar, les efforts de reconstruction du pays ainsi que sa difficile marche vers la démocratie.
En attendant le théPour cette chronique, Jean-François Bélanger prête son clavier à Bruno Bonamigo, réalisateur à Radio-Canada, qui en est à son quatrième voyage en Afghanistan. Il évoque la distance grandissante entre Occidentaux et Afghans.
L'Afghanistan, j'y suis de retour encore. Mon quatrième voyage dans ce pays. Et une chose me frappe: la distance grandissante entre nous, Occidentaux, et les Afghans. Je n'entends plus les salutations cordiales qu'on me lançait à répétition dans les rues de Kaboul. Les « Hi, how are you? » des enfants et les « You are welcome! » - « Vous êtes bienvenus » - se font plus rares. On dirait que plus le monde occidental cherche à résoudre les problèmes des Afghans en dépensant des milliards de dollars depuis 2001, plus les gens de ce pays nous regardent avec méfiance. Entre chacun des mes voyages dans ce pays, je peine à reconnaître certains quartiers, tant les édifices et les routes poussent à une vitesse fulgurante. Les édifices défigurés par la guerre civile sont absents du paysage. La construction des routes, des écoles et des édifices efface peu à peu les traces des guerres qui s'y sont déroulées.
Mais, étrangement, alors que tous ces signes de modernité apparaissent, ces gens s'éloignent de nous, comme s'ils ne se reconnaissaient pas dans tous ces changements. Et je l'ai senti de façon frappante alors que je suis de retour pour couvrir les deuxièmes élections démocratiques de ce pays. Lors de mes précédents voyages qui se sont déroulés depuis le début de 2006, l'hospitalité afghane m'avait particulièrement frappé. Que ce soit un paysan qui vivait dans une hutte en terre battue, ou un réfugié dans sa tente qui pataugeait dans la boue, ou les gens qui nous recevaient dans leur salon. Toujours les mêmes égards, la même politesse, voire déférence, de celle qu'on prodigue à un voyageur important qu'on est honoré de recevoir. Prendre le thé en leur compagnie était une marque d'égard qu'on pouvait difficilement refuser. Parfois, nous devions le faire avec rapidité, puisque les heures de tombée d'une salle de nouvelle nous font travailler à un rythme d'enfer. Mais aujourd'hui, en 2009, je ne reçois que des salutations réservées, des sourires figés, des regards froids, bien souvent. Après plus de 10 jours passés dans ce pays, j'attends encore ma première invitation à prendre le thé.
Bruno Bonamigo est réalisateur à Radio-Canada. Il en est à son quatrième voyage en Afghanistan. Il a auparavant couvert Israël, Haïti et la Bosnie, entre autres. Journal de bordL'Afghanistan vu d'iciConsole Audio-vidéo
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