Le FBI exprime sa colère

Abdelbasset Al-Megrahi en compagnie de Seif Al-Islam, un des fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi Abdelbasset Al-Megrahi en compagnie de Seif Al-Islam, un des fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi   © AFP/Pigiste

La décision de la justice écossaise de libérer jeudi le Libyen Abdelbasset Al-Megrahi, seul individu jamais condamné pour l'attentat de Lockerbie en 1988, continue d'alimenter la colère et de susciter la controverse.

Le directeur du FBI attaque dans une lettre la libération jeudi par la justice écossaise du Libyen Abdelbasset Al-Megrahi. Londres se défend d'avoir joué un rôle dans sa libération en vue d'en tirer des bénéfices commerciaux.

Dans une lettre rendue publique samedi, adressée au ministre de la Justice, le directeur du FBI Robert Mueller parle d'une décision qui bafoue l'idée même de justice.

« Votre geste réconfortera les terroristes du monde entier qui sauront maintenant que, peu importe la qualité du travail des enquêteurs et des jurés, ainsi que la justesse de la sentence, une terroriste peut s'attendre à être libéré par ''compassion''. » — Robert Mueller

Abdelbasset Al-Megrahi a en effet obtenu sa libération pour des raisons médicales. L'homme, atteint d'un cancer de la prostate en phase terminale, a été « autorisé à rentrer en Libye pour y mourir », comme le formule le ministère écossais de la Justice.

Un attentat d'envergureAncien agent des services secrets libyens, Abdelbasset Al-Megrahi avait été condamné en 2001 à la prison à vie pour son implication dans l'explosion du Boeing 747 de la Pan Am au-dessus du village écossais de Lockerbie. L'attentat avait fait 270 victimes, dont 189 Américains.

Le terroriste a reçu un accueil des plus chaleureux à son arrivée à Tripoli, jeudi, une réaction qui n'a pas manqué d'ulcérer Robert Mueller, d'autant plus qu'il avait participé à l'enquête, à l'époque, comme avocat au département de la Justice.

Répliquant directement aux propos du directeur du FBI, un porte-parole du gouvernement écossais a souligné que la libération pour raisons médicales fait partie du système judiciaire écossais, contrairement à celui des États-Unis.

Des motifs contestés

Londres, qui soutient n'avoir joué aucun rôle dans la libération d'Abdelbasset Al-Megrahi, est aussi sur la sellette après qu'un des fils du président libyen, Seif Al-Islam, ait affirmé dans une entrevue, diffusée vendredi, que sa libération avait été au coeur de toutes les négociations de contrats commerciaux avec le gouvernement britannique.

L'analyse de Sami Aoun.

Le dirigeant libyen a lui-même parlé le même jour d'un moment diplomatique important, qui « aura sûrement des répercussions positives sur tous les aspects de la coopération entre les deux pays ».

Samedi, cependant, le pouvoir libyen modifiait quelque peu son discours, par la voie de la Fondation Kadhafi, qui parle maintenant d'une décision « indépendante » de l'Écosse, pour seuls motifs humanitaires.

Londres a tenu à réagir.

« L'idée que les gouvernements britannique et libyen auraient négocié la liberté ou la vie de ce prisonnier libyen en contrepartie d'un quelconque accord commercial n'est pas seulement fausse, mais totalement improbable et même assez offensante », a répliqué le secrétaire britannique au Commerce Peter Mandelson.

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