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Pas de répit à Kaboul

Mise à jour le samedi 12 septembre 2009 à 13 h 44

À moins de 24 heures de l'ouverture des bureaux de scrutin, le président Hamid Karzaï a invité les Afghans à se présenter en masse aux urnes, malgré les plus récents attentats perpétrés par les insurgés dans le pays, et notamment dans la capitale, Kaboul.

Un soldat afghan devant un mur couvert d'affiches électorales à Kaboul.

Photo: La Presse Canadienne /AP/Kevin Frayer

Un soldat afghan devant un mur couvert d'affiches électorales à Kaboul.

« J'espère que demain nos compatriotes iront voter par millions pour la stabilité, la paix et le progrès de notre pays », a dit le président sortant lors d'une cérémonie soulignant la journée de l'indépendance nationale. « Les ennemis feront tout leur possible [pour perturber le scrutin], mais cela ne changera rien ».

L'appel du président Karzaï est survenu quelques heures à peine après que des insurgés qui avaient réussi à s'infiltrer à Kaboul eurent mené une nouvelle attaque, qui s'inscrit dans la foulée d'une série d'attentats qui secouent la capitale afghane depuis quelques jours.

Au moins trois hommes armés ont tenté de dévaliser une banque dans le vieux quartier de la ville, avant que les forces de sécurité ne prennent l'immeuble d'assaut et les abattent.

Kaboul, normalement l'une des villes les plus sécuritaires du sud de l'Afghanistan, a été la cible de violents attentats au cours des derniers jours. L'un a été perpétré samedi devant les quartiers de l'OTAN, et un autre mardi contre un convoi transportant des troupes de la coalition internationale.

Toutes ses attaques ont été revendiquées par les talibans, qui clament haut et fort leur intention de perturber les élections présidentielle et provinciales de jeudi. Un porte-parole des talibans a affirmé mercredi que cinq militants devaient attaquer la banque, et qu'ils font partie d'un groupe de 20 kamikazes envoyés à Kaboul.

Les talibans somment les gens de ne pas aller voter et font tout ce qu'ils peuvent pour les en dissuader. « À compter d'aujourd'hui, et jusqu'à la fin de la journée de [jeudi], toutes les routes principales et secondaires seront bloquées à la circulation et les moudjahidines [NDLR: littéralement « les combattants », le nom que les talibans se donnent] ne seront nullement responsables des blessures causées », peut-on lire sur un site Internet qui leur est lié.

Légitimité du scrutin en doute

Les bureaux de scrutin doivent ouvrir leurs portes jeudi, à 7 h, heure locale. Les troupes afghanes et celles de l'OTAN ont annoncé plus tôt cette semaine qu'elles avaient cessé les combats afin d'assurer la sécurité des électeurs. Quelque 300 000 soldats sont mobilisés à cette fin.

L'organisation du vote présente toutefois un défi colossal et les obstacles sont nombreux. Le chef de la commission électorale afghane, Daoud Ali Najafi, a déclaré à Associated Press qu'à moins de 24 h du scrutin, 20 % du matériel électoral n'avait pas été livré.

Un homme passe devant une affiche électorale à Kaboul.

Photo: AFP/Pedro Ugarte

Un homme passe devant une affiche électorale à Kaboul.

Selon lui, des hélicoptères de l'armée se rendront dans ces zones mercredi pour livrer ce matériel. Selon AP, aucun bureau électoral n'ouvrira dans huit districts sous contrôle des talibans. Cette situation compromet encore davantage la légitimité du vote, déjà miné par des allégations de fraude massive.

Quelque 17 millions d'électeurs ont le droit de vote. Le grand favori reste le président sortant, Hamid Karzaï, mais son principal rival, son ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah, a mené une campagne vigoureuse. Un second tour de scrutin aura lieu en octobre si aucun candidat n'obtient plus de 50 % voix jeudi.

Liberté de presse bafouée

La liberté de presse est par ailleurs mise à mal dans le pays. Mercredi, des journalistes afghans et étrangers rapportent être harcelés par les forces de sécurité, notamment à proximité du lieu où la banque a été attaquée par des insurgés.

Un policier afghan s'en prend à des journalistes étrangers près de la banque attaquée mercredi.

Photo: AFP/Peddro Ugarte

Un policier afghan s'en prend à des journalistes étrangers près de la banque attaquée mercredi.

Cette situation survient au lendemain de l'adoption d'un décret par le ministère de l'Intérieur demandant instamment aux journalistes de se tenir à l'écart de toutes les scènes d'attaques et d'attentats, sous prétexte qu'ils pourraient détruire des preuves matérielles nécessaires aux enquêteurs.

Le ministère afghan des Affaires étrangères a pour sa part demandé aux journalistes de passer sous silence les actes violents qui se déroulent dans le pays, « au nom de l'intérêt national ». Les autorités craignent que ces informations n'aient un effet négatif sur les électeurs.

Interrogé par l'AFP, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ahmad Zahir Faqiri, a même menacé d'expulser les journalistes étrangers qui ne respecteraient le mot d'ordre. « C'est une situation extraordinaire. [S'ils ne respectent pas l'interdiction], les agences locales seront fermées et les journalistes étrangers seront boutés hors du pays », a-t-il dit.

Cette décision a été critiquée par l'Association des journalistes indépendants afghans et des groupes de défense des droits de l'homme, comme Human Rights Watch. Les médias étrangers n'entendent pas respecter cette requête.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters

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