![]() Journal de bord Chronique de Jean-François Bélanger
Depuis une quinzaine d’années, Jean-François Bélanger parcourt la planète pour Radio-Canada. Affecté sur les points les plus chauds du globe, il a couvert la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, l’Irlande du nord, Haïti, Israël et les territoires occupés, le Liban, la Syrie, le Yémen, l’Arabie Saoudite ainsi que plus d’une vingtaine de pays africains. Envoyé spécial de Radio-Canada en Afghanistan en 2007 et en 2009, il a couvert la mission militaire canadienne à Kandahar, les efforts de reconstruction du pays ainsi que sa difficile marche vers la démocratie.
Kaboul retient son souffleÀ deux jours des élections, une atmosphère particulière règne sur la capitale afghane.
Kaboul, habituellement si grouillante d'activité, si chaotique, si congestionnée, est depuis notre arrivée anormalement calme. Anormalement vide aussi. Quiconque connaît la capitale sait qu'il faut s'armer de patience avant d'entamer un déplacement d'un point à l'autre de la ville. Les rues parsemées de crevasses, le trop grand nombre et le mauvais état des voitures mieux décrites comme des épaves roulantes, l'entêtement des vendeurs des marchés à traverser la route avec leurs chariots de légumes en pleine heure de pointe, sans compter les forces de l'ordre qui bloquent à tout moment la circulation à tout moment pour assurer le passage d'un convoi de militaires ou de quelque personnalité, sont autant de facteurs qui contribuent à transformer les rues de la ville en un parking géant agrémenté d'un concert de klaxons. Mais ces jours-ci, rien de tel. Sans être un plaisir, les déplacements sont faciles. Les rues sont vides. Les gens restent chez eux. Un calme irréel qui fait craindre une éventuelle tempête. De toute évidence, les Kaboulis prennent au sérieux les menaces des talibans de tout faire pour perturber les élections et réduisent au minimum leurs déplacements pour limiter les risques. L'achalandage dans les rues est considéré par les spécialistes en sécurité comme l'un des meilleurs baromètres du degré de danger dans un pays comme l'Afghanistan. Comme si la foule avait un sixième sens, une capacité à flairer le risque. Les militaires canadiens déployés ici connaissent bien la règle: quand il n'y a plus d'enfants dehors, c'est signe qu'il faut se méfier. Des signes auxquels il faut faire d'autant plus attention que la situation peut changer très rapidement.
Dans un tel contexte, la discrétion est notre meilleure protection. Car les journalistes occidentaux ici sont non seulement vulnérables aux attentats potentiels au même titre que n'importe quel Afghan, mais ils s'exposent aussi au risque d'enlèvements. L'une de nos premières démarches en arrivant à Kaboul, en plus de faire les multiples demandes d'accréditations pour couvrir les attentats, a donc été d'aller au marché pour nous acheter des vêtements locaux. Des tuniques appelées Shalwar Kameez, des vestes et des foulards afghans et, au besoin, des chapeaux. Un camouflage au degré variable que nous ajustons en fonction du niveau de danger perçu. Si la capitale, Kaboul, est considérée comme relativement sûre, il en est autrement du reste du pays. Les analystes en sécurité évaluent à plus des 2/3 les régions du pays où les talibans ont une présence marquée et constante. La tenue des femmes, baromètre de la liberté La tenue vestimentaire est également un bon baromètre du degré de liberté dont jouissent les femmes d'une région du pays à un moment donné. Et dans ce domaine aussi, les tendances varient très rapidement. À mon grand étonnement, je remarque moins de femmes portant la burqa dans les rues de Kaboul que lors de mon dernier passage ici il y a 2 ans. Est-ce là le signe d'une évolution positive des droits des femmes ou un témoignage de leur incroyable courage et de leur détermination à défier des traditions d'un autre âge ?
Tout récemment, en catimini, le pays a adopté une loi régissant les droits des femmes chiites du pays. Une loi considérée comme régressive par des organisations comme Human Rights Watch. D'après cette ONG, la loi stipule par exemple que les femmes peuvent être privées de nourriture si elles refusent des faveurs sexuelles à leur mari. HRW dénonce cette loi comme une manoeuvre électoraliste du président Hamid Karzai, un geste destiné à récolter les votes des chiites les plus conservateurs. Entre les risques d'attentats et les menaces répétées de s'en prendre à leurs libertés individuelles, les femmes afghanes ont aujourd'hui au moins deux bonnes raisons de retenir leur souffle jusqu'à l'élection présidentielle. Journal de bordL'Afghanistan vu d'iciConsole Audio-vidéo
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