En Afghanistan, la campagne électorale en vue de la présidentielle du 20 août se termine officiellement lundi. En plus des interrogations reliées à la sécurité et, conséquemment, au taux de participation de plus de 15 millions d'électeurs afghans, une question centrale demeure sans réponse: le président sortant Hamid Karzaï, donné favori par tous les observateurs, pourra-t-il éviter un second tour de scrutin?
Deux des principaux opposants au président sortant, Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani, profitent de la dernière journée de la campagne présidentielle pour accuser leur rival de corruption.
Abdullah Abdullah a attiré des milliers de personnes au stade de Kaboul lundi.
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AFP/Pedro Ugarte
Selon des sondages, le président Karzaï, installé au pouvoir par la coalition internationale au lendemain de la chute des talibans, en 2001, puis élu en 2004, est crédité d'environ 45 % des intentions de vote au premier tour. Pour éviter un deuxième tour et obtenir un deuxième mandat populaire, il lui faut franchir la barre des 50 %.
Son principal adversaire est celui qui a été son ministre des Affaires étrangères de 2001 à 2006, Abdullah Abdullah. Ce dernier recevrait environ 25 % des appuis, mais a laissé l'impression qu'il terminait la campagne en force. Deux autres anciens ministres de M. Karzaï, Ramazan Bashardost et Ashraf Ghani, obtiendraient respectivement 10 % et 6 % de la faveur populaire. Trente-deux autres candidats sont loin derrière.
Lundi, M. Abdullah a conclu sa campagne en organisant un rassemblement politique au stade de Kaboul, autrefois utilisé par les talibans pour procéder à des exécutions publiques. Quelque 10 000 personnes arborant le bleu adopté par son équipe de campagne se sont présentées sur les lieux, ont écouté son discours et ont scandé son nom.
« Voulez-vous voter pour un président qui fait sortir de prison des tueurs, qui libère des trafiquants d'opium? », a lancé l'homme de 48 ans, selon AFP, reprenant du coup son principal grief à l'endroit d'Hamid Karzaï, soit celui d'une administration totalement corrompue. « Je travaillerai durement pour le peuple », a affirmé ce médecin de formation, qui était un proche de Ahmed Shah Massoud, dernier résistant au régime des talibans.
L'ex-ministre des Finances Ashraf Ghani, lors d'un discours, samedi.
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AFP/Banaras Khan
Ashraf Ghani, qui a été conseiller pour les Nations unies puis ministre des Finances dans l'administration Karzaï, a également martelé le même thème lors d'un rassemblement tenu à Nangarhar, dans l'est du pays.
Toujours selon l'agence française, il a juré devant 5000 personnes de « remplacer le gouvernement corrompu par un gouvernement légitime », et de « nourrir les Afghans pendant 100 ans » avec un programme préconisant la création d'un million d'emplois.
La possibilité d'un second tour dépendra du taux de participation. Malgré la présence de 100 000 soldats étrangers, dont les deux tiers sont américains, les talibans ont réussi à perturber la campagne électorale en commettant de multiples attentats, dont le dernier en date est survenu en fin de semaine devant le quartier général de l'OTAN, en plein coeur de la capitale, Kaboul.
Les alliés de Karzaï
Hamid Karzaï s'est essentiellement tenu au-dessus de la mêlée, donnant l'impression qu'il est certain de gagner. Il a d'ailleurs déjà offert des postes au sein de son éventuelle future administration à MM. Abdullah et Ghani, qui n'y ont pas répondu. Il n'a pas davantage participé à un débat télévisé, qui a finalement eu lieu sans lui. Un second débat a tout simplement été annulé.
Le président Hamid Karzaï sourit à un enfant dans un hôpital de Kaboul.
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AFP/Pedro Ugarte
Sa stratégie en vue du scrutin repose d'abord et avant tout sur ses alliances controversées avec des chefs tribaux susceptibles d'amener des fidèles aux urnes en grand nombre. Il s'est notamment associé pendant cette campagne au général Rachid Dostum, figure-clé de la communauté ouzbèke, Mohammad Qasim Fahim, issu de la communauté tadjike, et Mohammad Mohaqiq, personnage important au sein de la communauté hazara (chiite).
Ces alliances pourraient lui permettre de pallier la perte de certains de ses partisans traditionnels, issus pour la plupart de la communauté pachtoune, la plus importante du pays. Les régions pachtounes sont également celles où les talibans ont le plus d'appui et où ils sont le plus présents. Cela pourrait en faire les régions où le taux de participation sera le plus faible jeudi.
Les alliances avec Rachid Dostum et Mohammad Qasim Fahim sont toutefois décriées par plusieurs, étant donné leur rôle présumé dans des violations massives des droits de l'homme au cours des dernières années. Le général Dostum, exilé depuis l'an dernier, a reçu la permission de Hamid Karzaï de revenir au pays dimanche. Ses partisans menaçaient de retirer leur appui à Hamid Karzaï. Le général Dostom a reçu 10 % des voix à la présidentielle de 2004.
Le scrutin de jeudi se déroulera en présence de nombreux observateurs étrangers, dont le plus important contingent provient de l'Union européenne.