Site de l'attentat à la bombe près du quartier général de l'OTAN à Kaboul
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PC/Musadeq Sadeq
À cinq jours de l'élection présidentielle en Afghanistan, les talibans revendiquent l'attentat-suicide à la voiture piégée qui a fait 7 morts et plus de 90 blessés. Un civil canadien vivant à Kaboul a été blessé dans l'attaque.
À cinq jours de l'élection présidentielle en Afghanistan, les talibans ont frappé au coeur de Kaboul. Les insurgés ont revendiqué l'attentat-suicide à la voiture piégée qui a fait 7 morts et plus de 90 blessés, samedi matin.
Un civil canadien vivant à Kaboul a été blessé dans l'attaque. Un Afghan travaillant pour l'ambassade canadienne compte aussi parmi les blessés.
Le kamikaze visait l'ambassade des États-Unis, mais il n'a pu l'atteindre. Il a alors déclenché son engin près du quartier général de la Force internationale d'assistance à la sécurité. Cet attentat est le plus important dans la capitale depuis six mois.
Les démonstrations de puissance des talibans sont sans précédent depuis leur renversement à la fin de 2001. Ils se sont engagés à perturber le déroulement du scrutin. Les insurgés veulent intimider la population en menaçant de s'en prendre aux Afghans qui veulent aller voter.
Plus de 100 000 soldats étrangers et 175 000 hommes des forces afghanes sont déployés dans le pays pour assurer la sécurité.
L'ONU et le Canada condamnent
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a condamné cette attaque, se disant « profondément inquiet de cette violence aveugle à quelques jours des élections présidentielles et provinciales prévues pour le 20 août ».
Le Canada a également réagi, qualifiant l'attentat de « geste lâche et méprisable ». « Nous encourageons tous les Afghans à ne pas se laisser dissuader de choisir l'avenir de leur pays en participant aux prochaines élections présidentielles », a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, dans un communiqué.
Jean-François Bélanger à Kaboul
Le récit de Jean-François Bélanger, notre envoyé spécial en AfghanistanC'est un drôle de bruit. Un bruit sourd, étouffé, qui ne ressemble à rien d'autre. Plus qu'un bruit, c'est d'abord une sensation physique. Une onde de choc que l'on ressent et qui fait trembler murs et fenêtres.
Quand la bombe a explosé ce samedi matin, à 8 h 30, nous étions en train de prendre notre petit-déjeuner. Le silence qui a suivi a sans doute duré moins d'une seconde. Il m'a pourtant paru une éternité pendant laquelle nous nous sommes tous regardés, nous interrogeant du regard, sachant en fait, instinctivement, que ce bruit que nous venions d'entendre était bel et bien l'attentat que tout Kaboul savait en préparation.
En montant sur le toit, caméra à la main, nous avons tout de suite confirmé notre intuition. Une colonne de fumée noire s'élevait à l'horizon, au-dessus du quartier de Wazir Akbar Khan - le secteur le mieux protégé de Kaboul. Là où se trouvent l'ambassade des États-Unis, celle d'Espagne, le palais présidentiel et le quartier général de la Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN en Afghanistan.
Arrivés sur place, nous constatons l'ampleur des dégâts. Une dizaine de carcasses de voitures calcinées se dressent devant la caserne qui abrite les soldats de la force multinationale à Kaboul, soudainement immobilisées comme une horloge cassée au moment de la déflagration. Des éclats de verre jonchent le sol. Du verre... et des feuilles d'arbre. Comme au Canada en automne. Mais les feuilles ici ne sont pas rouges, sauf celles tachées de sang. Je lève les yeux et m'étonne de constater que les arbres ont été dénudés par le souffle sur plusieurs centaines de mètres. Le genre de détails qui obsèdent sans vraiment qu'on sache pourquoi.
Je scrute la scène du regard à la recherche d'autres détails. Elle a été laissée intacte pour faciliter le travail des enquêteurs. Sur le sol, je remarque un emballage de gomme à mâcher. Une image m'envahit aussitôt. Le souvenir de ces enfants de Kaboul qui s'installent sur les lieux que fréquentent les Occidentaux pour tenter avec insistance de leur vendre de la gomme ou des mouchoirs. J'apprendrai en fin de journée que certains d'entre eux figurent parmi les victimes.
Si la cible visée était militaire, la plupart des morts et des blessés sont des civils. Des Afghans qui se sont retrouvés au mauvais endroit, au mauvais moment. Victimes innocentes d'une guerre qui les dépasse.
Une chose est certaine: les talibans étendent leur zone d'influence en dépit des efforts continus des forces afghanes et internationales pour les contenir. Le jour du vote, 10 % des 7000 bureaux de scrutin devraient rester fermés, selon les estimations officielles, en raison du climat de violence et d'insécurité qui règne sur plus du tiers du pays.
S'ils semblent ne pas manquer d'explosifs, la meilleure arme des talibans reste cependant la peur. Et ils la manient très bien. Depuis quelques semaines, ils multiplient les appels au boycottage du scrutin annonçant leur détermination à tout faire pour perturber les élections. Une stratégie qui semble porter ses fruits même à Kaboul, pourtant considérée comme la zone la plus sécuritaire du pays.
En discutant avec des habitants de la capitale après l'attentat, beaucoup nous confient leur décision de ne pas sortir de chez eux le jour de l'élection. Comment les blâmer? Si le vote est quelque chose de sacré, un devoir pour le citoyen, mérite-t-il vraiment de risquer sa vie?
Car s'il est une chose dont les habitants de Kaboul sont sûrs, c'est qu'ils entendront à nouveau ce bruit étouffé, si particulier. Ce son sourd qui ne ressemble à rien d'autre...