Logo Radio-Canada

International Nigeria

Le sang coule à Maiduguri

Mise à jour le jeudi 30 juillet 2009 à 7 h 49

Des membres du Boko Haram arrêtés par la police

Photo: La Presse Canadienne /AP

Des membres du Boko Haram arrêtés par la police

Les combats entre les forces de l'ordre nigérianes et les partisans de la secte islamiste radicale Boko Haram se sont poursuivis dans la nuit de mardi à mercredi à Maiduguri, dans le nord-est du pays, selon des habitants.

L'armée a lancé mardi une vaste offensive pour venir à bout de cette secte, dirigée par Mohamed Yusuf. Elle a notamment bombardé au mortier une mosquée, considérée comme un repaire de « talibans », ainsi que le domicile de Mohamed Yusuf, à Maiduguri. « Nous ne savons pas s'il a été tué ou s'il a pu s'échapper », a confié un policier à l'AFP.

Maiduguri se trouve sous couvre-feu de 19 h à 6 h du matin. Ville importante pour le Boko Haram, Maiduguri compte plusieurs quartiers qui sont vus comme des bastions de ce groupuscule.

Le major général Saleh Maina a déclaré que ses troupes traquaient les rebelles dans les maisons, une mosquée et la gare. Le tout, afin de « prévenir d'autres pertes de vies et de biens ».

Les civils ont été avertis de quitter le quartier, mais nombre d'entre eux se trouvent toujours dans la ville.

Le président nigérian veut éradiquer les insurgés

Le président nigérian Umaru Yar'Adua

Photo: AFP/Pius Utomi Epkei

Le président nigérian Umaru Yar'Adua

Le président du pays, Umaru Yar'Adua, a adopté un ton sans équivoque pour parler de ces opérations.

L'opération que nous avons lancée nous en débarrassera une fois pour toutes.

— Umaru Yar'Adua, président du Nigéria

Juste avant son départ mardi après-midi pour le Brésil, il avait affirmé que « d'ici à la fin de la journée, tout serait rentré dans l'ordre » à Maiduguri, berceau des fondamentalistes.

Un bilan difficile à établir

Le nombre de morts au pays demeure flou. La police de Maiduguri parle de 103 morts dans la ville, dont 90 insurgés, et 13 membres des forces de l'ordre.

Mais les violences ont fait rage dans quatre États du pays. Et des membres de la secte auraient tué ou poignardé des civils au hasard, selon BBC.

Plusieurs sources parlent ainsi de 150 morts en tout, mais l'Agence France-Presse avance le nombre de 260 victimes. Ces États restent en état d'alerte. À Bauchi, lieu de départ des violences, 39 personnes ont perdu la vie et 176 personnes demeurent en état d'arrestation.

Traînée de poudre

Nigéria

Les violences ont commencé tôt dimanche matin, lorsque des dizaines d'hommes armés de pistolets et de grenades ont attaqué un poste de police à Bauchi, après l'arrestation de leurs chefs. La police et l'armée ont repoussé l'attaque puis lancé une opération dans les quartiers où vivent les membres de ce groupe.

Les combats se sont ensuite propagés dans la région, touchant en tout quatre États: Bauchi, Borno, Kano et Yobe. Armés de machettes, de couteaux, de fusils de chasse et de cocktails Molotov, les membres de la secte religieuse ont attaqué des églises, des commissariats de police, des prisons et des édifices publics.

« La police arrête nos chefs, c'est pourquoi nous avons décidé de riposter », a déclaré à Reuters un homme se réclamant de ce mouvement, qui n'a voulu se présenter que sous le nom d'Abdullah.

Le Boko Haram, mouvement d'inspiration talibane

Le mouvement Boko Haram (éducation interdite, en haoussa), qui se dit d'inspiration « talibane », veut « nettoyer le système (nigérian) pollué par l'éducation occidentale et appliquer la charia dans tout le pays ».

Dirigé par Mohamud Yusuf, ce groupe a établi sa base dans le village de Kanamma, dans l'État de Yobe, à la frontière avec le Niger. Lors de sa création en janvier 2004, le mouvement comptait environ 200 jeunes musulmans extrémistes, dont des femmes.

Une charia qui divise

Bauchi, Yobe et Borno font partie des 12 États, sur les 36 que compte le pays, où la charia, la loi islamique, est appliquée depuis 2000. Cette décision a provoqué l'exclusion d'importantes minorités chrétiennes et entraîné des violences à caractère religieux qui ont causé la mort de milliers de personnes.

Plus de 700 personnes sont mortes en novembre dernier à Jos, après qu'un différend politique a dégénéré en une confrontation entre musulmans et chrétiens. Des affrontements entre ces deux groupes religieux avaient aussi causé 14 morts en février dernier, dans l'État de Bauchi.

Le Nigeria compte près de 150 millions d'habitants, répartis presque également entre chrétiens et musulmans. Les deux groupes vivent généralement en harmonie, malgré des tensions croissantes ces dernières années.

Les actuels affrontements visent toutefois plus le gouvernement que des communautés religieuses.

Le pays est déjà confronté à la rébellion du Mouvement d'émancipation du delta du Niger, le Mend, dont les revendications sont d'ordre économique et qui n'est pas lié à Boko Haram.

Fronde des États du sud

Confronté à une chute historique de la production pétrolière après trois ans de violences, le président nigérian Umaru Yar'Adua fait face à une fronde des gouverneurs et élus des États pétroliers du sud qui réclament plus de pétrodollars.

Les gouverneurs de six États ont récemment menacé de se retirer du processus d'amnistie - offerte fin juin aux combattants de la région par le président - si le projet de réforme de l'industrie pétrolière n'est pas amendé en faveur du sud.

L'affaire est suffisamment sérieuse pour partager les gros titres des grands quotidiens nigérians avec les sanglants affrontements entre policiers et extrémistes islamistes qui secouent le nord du pays.

Les élus ont demandé au président de limoger le ministre du Pétrole, Rilwanu Lukman. Ils estiment que ce dernier favorise les États du nord, étant lui-même originaire de cette région.

Et il y a urgence: les opérations de militants, principalement du Mouvement d'émancipation du delta du Niger (MEND), contre la production pétrolière ont fait gravement chuter celle-ci.

En 2006 - avant le début des affrontements -, le pays pompait 2,6 millions de barils par jour (mbj). Aujourd'hui, les estimations de production les plus fiables varient entre 1,2 et 1,4 mbj.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press, BBC et Reuters

Correspondants à l'étranger

1 3 5

À ne pas manquer

1 2 3

En profondeur