Un des bâtiments vandalisés à Bauchi
©
AFP/Pius Utomi Ekpei
Le Nigeria subit une vague de violences islamistes dans trois États. De 65 à 150 personnes auraient été tuées depuis deux jours dans des affrontements entre forces de l'ordre et membres d'une secte islamiste radicale d'inspiration talibane.
De 65 à 150 personnes auraient été tuées dans des affrontements entre forces de l'ordre et membres d'une secte islamiste radicale dans trois États du pays.
« Cinq policiers ont été tués, une station de police a été incendiée et 60 talibans ont été tués », dans les États de Bauchi et de Yobe, dans le nord-est du Nigeria, a indiqué l'inspecteur général intérimaire de la police Ogbonna Onovo.
Le correspondant de la BBC affirme de son côté avoir compté au moins 100 corps à Bauchi, principal lieu des violences. Il évalue le nombre de 150 morts en tout pour les deux jours d'affrontement dans le pays.
Les affrontements se poursuivent
M. Onovo a indiqué que des membres de ce groupuscule se heurtaient désormais à la police dans l'État de Borno. « Ils sont à Maiduguri [la capitale de l'État de Borno] maintenant et ils se battent contre la police », a-t-il indiqué.
Les insurgés y auraient brûlé une prison, deux postes de police, des églises, une école et des édifices gouvernementaux.
Maiduguri constitue une ville importante pour le Boko Haram. Plusieurs quartiers de la ville sont vus comme des bastions de ce groupuscule.
L'Agence France-Presse cite un résident de la région, qui affirme que des hommes ont pris d'assaut cette ville frontalière avec le Cameroun dimanche soir. Ils ont « brûlé vif un douanier et égorgé un ingénieur local qui travaillait à la construction d'un nouveau bâtiment des douanes », a déclaré Shafiu Mohammed par téléphone. Ils ont aussi mis le feu à un poste de police, à des bâtiments des douanes ainsi qu'à une église, a-t-il ajouté. Il les a décrits comme étant lourdement armés.
D'autres affrontements auraient lieu à Wudil, près de la ville de Kano - la plus importante agglomération du nord du pays.
Le calme est toutefois revenu à Bauchi, rapporte l'AFP, après l'imposition d'un couvre-feu dimanche.
Des combats depuis dimanche
Les violences ont commencé tôt dimanche matin, lorsque des dizaines d'hommes armés de pistolets et de grenades ont attaqué un poste de police à Bauchi, après l'arrestation de leurs chefs. La police et l'armée ont repoussé l'attaque puis lancé une opération dans les quartiers où vivent les membres de ce groupe.
Selon lui, les hommes armés font partie du mouvement Boko Haram, un groupe local qui veut imposer la loi islamique au Nigeria.
« La police arrête nos chefs, c'est pourquoi nous avons décidé de riposter », a déclaré à Reuters un homme se réclamant de ce mouvement, qui n'a voulu se présenter que sous le nom d'Abdullah.
Une charia qui divise
Bauchi, Yobe et Borno font partie des douze États, sur les trente-six que compte le pays, où la charia, la loi islamique, est appliquée depuis 2000. Cette décision a provoqué l'exclusion d'importantes minorités chrétiennes et entraîné des violences à caractère religieux qui ont causé la mort de milliers de personnes.
Plus de 700 personnes sont mortes en novembre dernier à Jos, après qu'un différend politique a dégénéré en une confrontation entre musulmans et chrétiens. Des affrontements entre ces deux groupes religieux avaient aussi causé 14 morts en février dernier, dans l'État de Bauchi.
Le Nigeria compte 150 millions d'habitants, répartis presque également entre chrétiens et musulmans. Les deux groupes vivent généralement en harmonie,mais les tensions s'intensifient ces dernières années.
Le pays est déjà confronté à la rébellion du Mouvement d'émancipation du delta du Niger, le Mend, dont les revendications sont d'ordre économique et qui n'est pas lié à Boko Haram.