Abousfian Abdelrazik réclame justice

Abousfian Abdelrazik Abousfian Abdelrazik à son arrivée en Cour fédérale   © PC/Ryan Remiorz

Dans une première sortie publique depuis son retour au Canada, à la fin juin, Abousfian Abdelrazik raconte ses six années d'exil forcé au Soudan, au cours desquelles il aurait été torturé.

Pour la première fois depuis son retour au Canada, à la fin juin, le Montréalais Abousfian Abdelrazik a raconté en détails, jeudi, ses six années d'exil forcé au Soudan.

L'homme de 47 ans a été arrêté par les autorités soudanaises en 2003, quelques mois après son arrivée dans son pays d'origine où il s'était rendu pour voir sa mère malade. Jeté en prison sans en connaître la raison, il affirme avoir subi l'enfer de la torture: il aurait été attaché, battu et placé en cellule d'isolation totale. Dans l'intervalle, son passeport canadien expire.

Abousfian Abdelrazik est convaincu que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a été impliqué dans sa mésaventure. Il soutient que des agents du SCRS l'ont harcelé, lui et sa famille, à Montréal, avant même son départ pour le Soudan. Et quand il était dans les geôles soudanaises, les deux agents du service de renseignements canadien qui lui ont rendu visite n'auraient rien fait pour l'aider à sortir de cette situation.

Un agent lui aurait dit « qu'il n'aidera pas un touriste » et que « le Soudan sera ton Guantanamo ». M. Abdelrazik a ajouté qu'il avait demandé les services d'un avocat à plusieurs reprises et qu'il voulait connaître les charges retenues contre lui, ce dont on ne l'aurait pas informé.

« [Un agent du SCRS] m'a dit: « Le Soudan sera ton Guantanamo ». » — Abousfian Abdelrazik

Abousfian Abdelrazik se réfugie à l'ambassade du Canada à Khartoum en avril 2008, de peur d'être arrêté de nouveau par les autorités soudanaises. Aujourd'hui, il raconte avoir reçu, au cours de la même année, la visite du secrétaire parlementaire des Affaires étrangères, Deepak Obhrai. Il lui aurait fait voir ses blessures résultant de séances de torture, mais le député conservateur se serait montré indifférent et peu enclin à l'aider sur le dossier de la liste noire de l'ONU.

Selon Abousfian Abdelrazik, Deepak Obhrai n'aurait fait que lui poser des questions, notamment sur ses opinions personnelles au sujet des attentats du 11-Septembre, d'Oussama ben Laden et de l'État d'Israël. « Au lieu de m'aider, ils m'ont interrogé », a souligné M. Abdelrazik. Se trouvant actuellement à l'extérieur du pays, le député Obhrai n'a pas été en mesure de commenter le dossier.

C'est finalement la Cour fédérale qui a ordonné son rapatriement au Canada, en juin. Le gouvernement Harper s'y était opposé parce que son nom figure sur la liste noire des Nations unies interdites de vol. « Le gouvernement canadien a oublié sa responsabilité d'aider tout citoyen canadien qui se trouve en difficulté à l'étranger », déplore M. Abdelrazik.

M. Abdelrazik réclame aujourd'hui justice. Il veut que son nom soit blanchi afin qu'il puisse retrouver une vie normale et un emploi. Il tient particulièrement à ce que son nom soit retiré de la liste noire de l'ONU. Il réclame une rencontre avec le ministre de la Sécurité publique et celui des Affaires étrangères.

Les ministères concernés étudient actuellement sa demande sans spécifier si son nom sera retiré de la liste noire de l'ONU. Par ailleurs, M. Abdelrazik jongle encore avec l'idée d'entamer des procédures judiciaires et de demander une compensation au gouvernement.

N'ayant jamais été accusé formellement de quoi que se soit, M. Abdelrazik ne comprend toujours pas ce qu'il a pu faire pour attirer l'attention du SCRS. « Moi, je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Maintenant, s'ils ont des preuves de quelque chose, je suis prêt à faire face à des accusations », a-t-il affirmé.

Réactions de l'opposition

Le chef de l'opposition officielle, Michael Ignatieff, estime que le gouvernement doit faire pression pour faire retirer le nom de M. Abdelrazik de la liste d'interdiction de vol de l'ONU.

« Ce que je n'aime pas, c'est que nous avons un gouvernement qui fait le triage entre les Canadiens qu'il protège à l'extérieur et les Canadiens qu'il ne protège pas à l'extérieur. Ce n'est pas seulement M. Abdelrazik qui est en question, c'est toute la politique du gouvernement. » — Le chef de l'opposition officielle, Michael Ignatieff

De son côté, le néo-démocrate Paul Dewar souhaite que les personnes impliquées dans cette affaire soient tenus responsables de leurs actes. « On a besoin de savoir pourquoi les gouvernements successifs et notre agence d'espionnage ont agi de la sorte. Pourquoi, selon M. Abdelrazik, cette agence ne le considérait pas comme un citoyen canadien? », a-t-il demandé.

Quelques datesAbousfian Abdelrazik est un ressortissant canadien originaire du Soudan.

En 1995, il obtient sa citoyenneté canadienne.

En 2003, il est arrêté au Soudan.

En mai 2008, il se réfugie à l'ambassade canadienne à Khartoum.

Le 4 juin 2009, un jugement lui permet de revenir au pays.

Le 27 juin 2009, il revient au Canada.

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