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International Armée israélienne

Témoignages accablants

Mise à jour le mercredi 15 juillet 2009 à 17 h 33

Des militaires israéliens s'apprêtent à entrer dans la bande de Gaza le 12 janvier.

Photo: AFP/Dmitry Kostyukov

Des militaires israéliens s'apprêtent à entrer dans la bande de Gaza le 12 janvier.

Un rapport publié par l'organisation israélienne de défense des droits de la personne Breaking the Silence conclut que l'armée de l'État hébreu a transgressé les lois internationales et israéliennes lors de son offensive dans la bande de Gaza, l'hiver dernier.

L'organisation a recueilli les témoignages d'une trentaine de vétérans de l'armée israélienne qui ont participé à cette guerre, qui a fait plus d'un millier de victimes et des milliers de blessés, et qui a complètement détruit l'enclave palestinienne, dans laquelle vivent plus de 1,5 million de personnes.

« Tous les témoins s'entendent pour dire qu'ils ont reçu de façon répétée un ordre particulier, et d'une manière qui ne laisse pas de place à l'interprétation, soit de faire absolument tout pour que les soldats israéliens ne soient pas blessés », indique l'avocat Michael Sfard en introduction.

Les militaires, qui gardent l'anonymat, soutiennent que les instructions étaient de tirer d'abord et de se poser des questions après. « Nous n'avons pas reçu pour instruction de tirer sur tout ce qui bougeait, mais on nous disait en général: "si vous vous sentez en danger, tirez" », affirme l'un d'eux.

Un soldat raconte en outre que des soldats israéliens inspectaient des maisons en utilisant des civils comme boucliers humains. « Parfois, l'armée entrait en plaçant le canon d'un fusil sur l'épaule d'un civil, avançant dans une maison en l'utilisant comme un bouclier humain. Les commandants nous disaient que c'était les instructions et nous devions le faire », indique un vétéran.

La Convention de Genève indique clairement que les soldats ont l'obligation de protéger les civils lors de combats. La Cour suprême israélienne a aussi particulièrement interdit à l'armée d'utiliser des civils lors des opérations dites de « nettoyage » d'un secteur, une technique baptisée « la politique du voisin ».

D'autres témoignages portent sur l'ampleur des destructions causées par l'armée israélienne et sur des actes de vandalisme commis par ses soldats. D'autres encore portent sur l'utilisation, par l'armée israélienne, de phosphore blanc, une arme permise seulement dans certaines circonstances par le droit international.

Des ouï-dire, selon l'armée israélienne

Une porte-parole de l'armée, Avital Leibovoch, a balayé les conclusions du rapport du revers de la main. « Quand vous avez un rapport basé sur des ouï-dire, sans aucun fait, nous ne pouvons rien faire », a-t-elle dit. Le rapport, dit-elle, ne sert qu'à embarrasser l'armée plutôt qu'à déclencher des enquêtes sérieuses.

Des Palestiniens jouent devant une maison en ruine à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Photo: AFP/Saïd Khatib

Des Palestiniens jouent devant une maison en ruine à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Elle a dit ne pas comprendre pourquoi l'organisation a donné son rapport aux médias plutôt qu'à l'armée et a dénoncé le fait que les témoignages soient anonymes. L'armée israélienne interdit toutefois à ses soldats de s'exprimer sur la place publique.

En entrevue à la radio israélienne, le colonel Avi Peled a nié que des soldats aient utilisé des civils comme boucliers humains. Selon ses propos rapportés par l'Associated Press, le témoin à ce sujet ne parlait pas de sa propre expérience, mais de choses qu'il avait entendues d'autres soldats.

Le ministre de la Défense du gouvernement Nétanyahou, Ehoud Barak, a pour sa part soutenu que l'armée israélienne est « l'une des plus morales au monde et qu'elle respecte le code moral le plus élevé ».

Haniyeh veut un procès

De son côté, le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a déclaré que les témoignages étaient le reflet des crimes commis dans la bande de Gaza. Il a réclamé un procès pour les dirigeants israéliens.

Breaking the Silence est un groupe fondé en 2004 par des soldats israéliens ayant servi en Cisjordanie. L'organisation dit être financée par des fonds britanniques, néerlandais, espagnols et par l'Union européenne.

L'un de ses fondateurs, Yehuda Saul, soutient que les Israéliens doivent savoir ce qui s'est passé à Gaza. « Pour que nous puissions discuter de ce que nous voulons et des valeurs que nous voulons défendre comme peuple, nous devons savoir ce qui s'est passé sur le terrain, et en tant que soldats, nous voyions cela comme notre travail », a-t-il déclaré.

C'est la deuxième fois que l'armée israélienne est critiquée par ses propres soldats. En mars, des militaires d'une académie militaire avaient aussi livré des témoignages mettant en évidence des règles d'engagement permissives ayant entraîné la mort de civils sans défense et des destructions de biens non justifiées.

Les agissements de l'armée israélienne lors de son offensive sur Gaza ont fait l'objet d'innombrables critiques de la part des Palestiniens, mais Israël les assimile à de la propagande.

Plusieurs organisations de défense des droits de la personne, dont Amnistie internationale, ont aussi critiqué les agissements de l'armée israélienne dans la bande de Gaza.

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU mène également une enquête sur les violations présumées du droit international humanitaire et des droits de l'homme qui auraient été commises durant l'offensive, tant du côté d'Israël que du Hamas.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press, Reuters et BBC

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