Les pro-Mousavi maintiennent la pression

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Cette image prise mercredi a été fournie par les autorités iraniennes qui interdisent les médias étrangers sur les sites de manifestations. Cette image prise mercredi a été fournie par les autorités iraniennes qui interdisent les médias étrangers sur les sites de manifestations.   © AFP/Fars News Agency

Des dizaines de milliers de partisans de Mir Hossein Mousavi ont à nouveau pris possession des rues de Téhéran, jeudi, dans le cadre d'une journée de deuil à la mémoire des victimes de la manifestation-monstre tenue lundi.

Des dizaines de milliers d'Iraniens qui contestent la réélection du président Ahmadinejad prennent à nouveau d'assaut les rues de Téhéran, malgré de nouvelles menaces des bassidjis.

Au moins sept personnes sont mortes lorsque des bassidjis, une milice affiliée aux Gardiens de la révolution, ont ouvert le feu sur la foule. Les opposants au président Mahmoud Ahmadinejad ont répondu à l'appel de M. Mousavi, plusieurs d'entre eux s'étant vêtus de noir, tout en conservant cas une touche de vert, couleur associée au camp du candidat réformateur.

Selon des témoins, M. Mousavi s'est lui-même présenté à la foule, rassemblée place de l'imam Khomeini, au coeur de la capitale, et s'est adressé à elle avec un porte-voix, comme il l'avait fait lundi. Selon AFP, il était accompagné de sa femme, Zahra Rahnavard.

Cette manifestation de masse, à laquelle les médias internationaux n'ont pas le droit d'assister, constitue un nouveau défi au gouvernement du président Ahmadinejad. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi, comme ils le font depuis l'annonce des résultats, vendredi dernier.

Les rassemblements sont officiellement interdits par le ministère de l'Intérieur, mais cela n'a pas ébranlé la volonté des partisans pro-Mousavi, qui semblent vouloir défiler dans les rues de la capitale tant que le scrutin n'aura pas été annulé. Ce dénouement n'est pas à l'ordre du jour pour le moment.

Jusqu'ici, le pouvoir s'est montré davantage enclin à la répression qu'à la conciliation. De nombreux sites Internet sont bloqués, des dissidents sont arrêtés, et plusieurs informations font état d'attaques des bassidjis contre des étudiants de partout au pays.

Les Iraniens arrivent tout de même à contourner ces restrictions en faisant parvenir des informations et des vidéos aux journalistes étrangers. L'utilisation de Twitter est considérée très importante dans ce contexte. Plus tôt cette semaine, l'administration Obama a même demandé à Twitter de reporter une opération de maintenance qui aurait entraîné une interruption du service afin que les Iraniens puissent continuer de l'utiliser.

Les opposants à Ahmadinejad plaident leur cause

Un site Internet proche de Mir Hossein Mousavi a annoncé jeudi que l'ancien président réformateur Mohammad Khatami et lui-même ont envoyé une lettre conjointe à l'ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, chef de la plus haute instance judiciaire du pays, le Conseil des gardiens de la Constitution, pour lui demander de faire cesser la violence policière contre les manifestants et de libérer les manifestants interpellés.

Les bassidjis y sont néanmoins allés de nouvelles menaces, jeudi, en demandant aux candidats à la présidentielle qui contestent la réélection de Mahmoud Ahmadinejad de se « désolidariser explicitement des émeutiers ».

La réalité est que les manifestants défilent le plus souvent dans le calme, soucieux de ne pas provoquer les autorités. Ils marchent en silence ou en scandant « Dieu est grand », en faisant le V de la victoire avec leurs doigts. Des appels à la « mort du dictateur », plus séditieux, sont aussi entendus.

Solidarité de la part des joueurs de soccerLa contestation des résultats électoraux a pris une tournure inattendue, mercredi. Au moins cinq joueurs de l'équipe nationale iranienne de football, dont le capitaine, Ali Karimi, ont porté des brassards verts lors d'un match de qualification en vue de la Coupe du monde qu'ils disputaient aux Sud-Coréens. Le match était diffusé à la télévision iranienne.

Sur de nombreuses vidéos envoyées aux médias étrangers, des bassidjis sont aperçus tabassant des manifestants pro-Mousavi. Plusieurs informations font état de raids perpétrés par des miliciens dans des dortoirs universitaires partout dans le pays, et notamment à l'Université de Téhéran, plus tôt cette semaine.

Par ailleurs, le ministère du Renseignement a annoncé jeudi avoir déjoué un complot terroriste visant à faire exploser des bombes dans des mosquées et autres lieux de grande affluence à Téhéran le jour du scrutin. Selon le ministère, plusieurs groupes ont été identifiés et ils seraient liés à des ennemis de l'Iran, comme Israël.

646 violations alléguées

Selon la radio d'État, les trois opposants à Mahmoud Ahmadinejad, qui ont tous contesté le résultat du scrutin, ont été invités par le Conseil des gardiens de la Constitution à présenter leurs griefs samedi. Une décision à ce sujet serait prise dès dimanche.

Le Conseil, composé de six religieux nommés par le guide suprême de la République et de six juristes élus par le Parlement, soutient que les trois candidats - Mir Hossein Mousavi, Mehdi Karoubi et Moshen Rezaï - ont fait état de 646 violations.

Lundi, l'ayatollah Khameini a demandé au Conseil d'examiner « attentivement » la plainte formelle de M. Mousavi. Mardi, le Conseil s'est dit prêt à procéder à un recomptage partiel si cela s'avérait nécessaire, mais a exclu la tenue d'un nouveau scrutin.

Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, a elle aussi appelé à l'annulation de la présidentielle iranienne et à l'organisation de nouvelles élections, dans une tribune publiée jeudi par le journal américain en ligne Huffington Post. L'avocate et militante des droits de l'Homme estime en effet que cette élection a été entachée d'irrégularités. Elle réclame aussi « des compensations financières pour les blessés et les familles de ceux qui ont été tués » dans la répression des manifestations.

L'ayatollah Khamenei a pour sa part fait savoir qu'il dirigera la prière du vendredi à Téhéran, dans sa première intervention publique depuis le scrutin du 12 juin . L'agence Mehr, qui a diffusé la nouvelle, a ajouté que « les bassidjis alertes [...] par leur présence épique participeront à la prière du vendredi ».

L'Assemblée des experts, fière de la participation

L'AFP rapporte en outre que l'Assemblée des experts, qui détient théoriquement le pouvoir de démettre le guide suprême de ses fonctions, a salué la participation massive à l'élection présidentielle, tout en passant sous silence la victoire officielle du président Mahmoud Ahmadinejad.

L'Assemblée, que dirige Akbar Hachémi Rafsandjani et qui regroupe 86 religieux, s'est contentée de se féliciter « de la présence enthousiaste, épique et alerte de 85 % du peuple révolutionnaire ».

Selon une source citée par l'agence Fars, la fille et l'un des fils de M. Rafsandjani, qui a été président de 1989 à 1997, ont été interdits de quitter le territoire iranien par la justice, en raison de leur rôle dans les manifestations « illégales » de Téhéran.

La fin de la campagne avait été marquée par des attaques virulentes du président Ahmadinejad à l'endroit de M. Rafsandjani, qu'il a accusé de corruption. Dans un geste inusité, M. Rafsandjani, qui appuyait M. Mousavi lors de la présidentielle, avait écrit une lettre à l'ayatollah Khamenei pour lui demander d'intervenir afin d'éviter des « troubles sociaux ».

Selon les chiffres officiels publiés par le ministère de l'Intérieur, le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, qui briguait un second mandat, a obtenu 63 % des voix à la présidentielle du 12 juin, contre 34 % pour Mir Hossein Mousavi.

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