![]() International Iran Nouveau soulèvement à TéhéranMise à jour le mardi 23 juin 2009 à 15 h 43 Téhéran connaît mercredi un nouvel épisode du bras de fer qui oppose les partisans de Mir Hossein Mousavi, candidat officiellement battu à la présidentielle de vendredi dernier, au gouvernement du président déclaré élu, Mahmoud Ahmadinejad. Le mouvement de protestation est le plus important qu'ait connu la République islamique depuis sa fondation, il y a 30 ans. Des dizaines de milliers de partisans de M. Mousavi se sont ainsi rassemblés au coeur de la capitale iranienne pour protester contre les résultats de la présidentielle, qu'ils jugent frauduleux. De telles manifestations ont lieu depuis samedi dans les rues de Téhéran. Des centaines de milliers de personnes se sont massées dans les rues, pacifiquement, bravant l'interdiction de manifester décrétée par le régime. Fait à noter: de brèves images de cette manifestation ont été diffusées par la télévision d'État iranienne. Mir Hossein Mousavi et les réformateurs qui l'entourent ne semblent pas être sur le point de baisser les bras, malgré la répression exercée par le gouvernement. M. Mousavi a d'ores et déjà appelé ses partisans à se rassembler et à marcher dans les rues de la ville, jeudi, dans le cadre d'une journée de deuil à la mémoire des victimes de la manifestation-monstre tenue lundi. Au moins sept personnes sont mortes lorsque des miliciens affiliés aux Gardiens de la révolution ont ouvert le feu sur la foule. « Comme vous le savez, certains de nos compatriotes sont tombés en martyrs ou ont été blessés dans la répression violente et illégale contre ceux qui critiquent et contestent les résultats de l'élection présidentielle », peut-on lire dans une déclaration de M. Mousavi. « J'offre toute ma sympathie aux familles et appelle tout le monde à exprimer ses condoléances aux familles jeudi après-midi, par tout moyen possible, en se réunissant dans les mosquées ou en tenant des marches pacifiques en montrant des signes de deuil. [...] Je prendrai évidemment part à la cérémonie. » Médias et opposants muselés Les manifestations se dérouleront une fois de plus à l'abri des regards des médias du monde. Les journalistes étrangers ont été confinés à leur bureau, mardi, sur ordre du ministère de l'Intérieur. Ceux qui tentent de faire des reportages, de filmer ou de prendre des photos sans avoir eu une permission écrite du gouvernement sont passibles de représailles. Selon l'AFP, les autorités accusent ouvertement les médias étrangers d'être les « porte-parole » des « émeutiers » et de participer à des « complots ». L'envoyée spéciale de la télévision de Radio-Canada à Téhéran, Alexandra Sazcka, soutient que des propos de la sorte contribuent à échauffer les esprits des partisans du gouvernement et compliquent d'autant la tâche des journalistes étrangers. Les Gardiens de la révolution, corps d'élite qui relève du guide suprême, ont par ailleurs sommé les sites Internet iraniens de retirer tout matériel susceptible de « créer des tensions », rapporte l'Associated Press. Depuis le début des manifestations, de nombreux sites Internet utilisés par l'opposition ont été bloqués. L'utilisation des messages texte envoyés par téléphone cellulaire est également impossible. Les politiciens et journalistes iraniens qui gravitent dans l'entourage de M. Mousavi sont également victimes de harcèlement. Selon plusieurs sources, deux personnalités en vue dans le camp réformateur ont été arrêtées au cours des dernières heures, soit le rédacteur en chef du quotidien Sarmayeh, Saïd Laylaz, et l'universitaire et sociologue Hamid Reza Jalaïpour. Selon Reuters, le procureur général de la province d'Ispahan, où des manifestations des partisans de l'opposition sont aussi tenues, a déclaré à l'intention des « quelques éléments » à l'origine des troubles que « le code pénal islamique prévoit l'exécution pour de tels individus faisant la guerre à Dieu ». Mardi, le ministre des Renseignements, Gholam Hossein Mohseni Ejeie, avait annoncé l'arrestation d'au moins 25 « agents provocateurs ». Réprobations occidentales Un porte-parole du gouvernement allemand, Ulrich Wilhelm, a déclaré mercredi que Berlin estime « qu'il y a eu des irrégularités » dans le scrutin. « Par conséquent, nous estimons que l'annonce de vérifications est tout à fait justifiée », a-t-il poursuivi. La France a pour sa part appelé l'Iran à mener une « enquête crédible et impartiale » sur le déroulement du scrutin présidentiel iranien. « Le peuple iranien a droit à la transparence » et le scrutin « fait l'objet de nombreuses contestations en Iran et soulève plusieurs questions majeures », a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Éric Chevallier. Mardi, le président français Nicolas Sarkozy a dénoncé « l'ampleur de la fraude » dans l'élection du 12 juin. L'ambassadeur français à Téhéran a d'ailleurs été convoqué au ministère iranien des Affaires étrangères de l'ambassadeur français à Téhéran. Selon l'agence iranienne Isna, le ministère a protesté contre les « positions illogiques et insultantes » des responsables français, et notamment du président Nicolas Sarkozy. D'autres ambassadeurs étrangers ont également été convoqués pour recevoir les protestations de l'Iran. L'agence Fars rapporte de son côté que l'ambassadeur suisse, qui représente les intérêts américains en Iran, a également été convoqué au ministère afin de protester contre l'interventionnisme des États-Unis dans cette affaire. La Maison-Blanche a rétorqué que le président Barack Obama continuerait de s'exprimer sur la crise. Mardi, le président Obama a expliqué « qu'il ne serait pas productif, étant donné l'histoire des relations entre les États-Unis et l'Iran, que le président américain paraisse se mêler des élections iraniennes ». Il a toutefois ajouté que rester silencieux serait une erreur. « Je soutiens fortement ce principe universel qui veut qu'on écoute la voix du peuple et non qu'on la réprime. » Un diplomate canadien de haut rang a aussi été convoqué au ministère iranien des Affaires étrangères. Nouveau scrutin réclamé Selon le ministère de l'Intérieur, le président Mahmoud Ahmadinejad a obtenu 62,6 % des voix contre 33,7 % pour M. Mousavi, lors de la présidentielle de vendredi. Ces résultats ont été cautionnés le lendemain par le guide suprême de la révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, dont l'autorité est sans appel dans la théocratie iranienne. Ali Khamenei tente depuis de calmer le jeu. Lundi, il a demandé au Conseil des gardiens de la Constitution d'examiner attentivement la plainte formelle que Mir Hossein Mousavi a déposée avec deux autres candidats, Mehdi Karoubi et Mohsen Rezaï. Le lendemain, ce Conseil, composé de six religieux nommés par le guide suprême de la République et de six juristes élus par le Parlement, s'est dit prêt à procéder à un recomptage partiel si cela s'avérait nécessaire. Il entendra les trois candidats protestataires samedi et rendra son avis sur un recomptage au plus tard dimanche. Ces annonces n'ont toutefois pas calmé les partisans de Mir Hossein Mousavi, qui exigent l'annulation pure et simple du scrutin. Plusieurs d'entre eux croient qu'il ne s'agit là que d'une manoeuvre destinée à calmer les tensions actuelles. Plusieurs analystes sont d'avis que la division au sein du peuple iranien est le reflet d'un conflit qui oppose, au plus haut sommet de l'État, l'ayatollah Khamenei et l'ex-président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani. Ce dernier est resté muet depuis le début du bras de fer entre pro-Mousavi et pro-Ahmadinejad. M. Rafsandjani préside deux organes très importants au sein de l'appareil d'État, soit le Conseil de discernement, chargé d'arbitrer les litiges entre le Parlement et le Conseil des gardiens de la Constitution, et l'Assemblée des experts, qui détient théoriquement le pouvoir de démettre le guide suprême de ses fonctions. Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters
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