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International Élections en Iran

Le guide suprême tente de calmer le jeu

Mise à jour le mardi 16 juin 2009 à 17 h 31

Manifestation place Ali Vasr, à Téhéran. En raison des restrictions imposées aux médias, les agences de presse sont contraintes d'utiliser des images des médias officiels, dont celle-ci, provenant d'Al-Alam.

Photo: AFP/Al-Alam

Manifestation place Ali Vasr, à Téhéran. En raison des restrictions imposées aux médias, les agences de presse sont contraintes d'utiliser des images des médias officiels, dont celle-ci, provenant d'Al-Alam.

En Iran, les événements se précipitent depuis l'élection présidentielle controversée de vendredi dernier, qui a vu le président sortant Mahmoud Ahmadinejad être crédité de la victoire. Alors que les partisans des camps adverses continuent de s'affronter, le guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a lancé mardi un appel à l'unité nationale.

L'ayatollah Khamenei a demandé aux Iraniens de s'unir derrière le système dirigeant malgré tout ce qui les divise. « Dans cette élection, les électeurs avaient différentes [opinions], mais ils croient également dans le système au pouvoir et soutiennent la République islamique », a-t-il déclaré au cours d'une rencontre avec des représentants des quatre candidats à la présidentielle.

Cet appel est survenu alors que les partisans des camps adverses ont continué de manifester dans les rues de Téhéran. Des milliers de partisans du président Mahmoud Ahmadinejad se sont rassemblés à la place Vali Asr. Cette manifestation d'appui a été organisée par le Conseil de coordination de la propagande islamique, organisme officiel relevant de l'ayatollah Khamenei.

Les partisans de son opposant, Mir Hossein Mousavi, devaient originalement se retrouver au même endroit une heure plus tard. Mais à quelques heures de ces rassemblements concurrents, qui faisaient craindre des affrontements, M. Mousavi a toutefois fait volte-face et demandé à ses partisans de ne pas s'y rendre.

Un porte-parole a annoncé qu'il voulait ainsi « protéger leurs vies ». Des agences rapportent que des milliers d'Iraniens ont déambulé en silence dans les rues de Téhéran. Ils se dirigeaient vers l'édifice de la télévision d'État, dans le nord de la ville.

Ces deux rassemblements surviennent au lendemain d'une manifestation-monstre des partisans de Mir Hossein Mousavi, qui contestent les résultats de la présidentielle de vendredi dernier. Le rassemblement a eu lieu malgré le fait qu'il était interdit par le ministère de l'Intérieur.

Selon les médias officiels iraniens, sept personnes ont trouvé la mort à Téhéran au cours de ce rassemblement et de nombreuses autres ont été blessées. Des témoins et des médias rapportent que des manifestations pro-Mousavi ont aussi lieu dans d'autres villes iraniennes, dont Machhad, Ispahan, Shiraz et Ahvaz.

Manifestation à Montréal

Mardi, un peu plus d'une centaine de personnes d'origine iranienne ont manifesté au centre-ville de Montréal pour dénoncer le résultat du scrutin de l'élection. Les manifestants voulaient aussi dénoncer la répression des manifestations en Iran et les violences qu'ils attribuent aux fidèles du président sortant Mahmoud Ahmadinejad. La manifestation s'est déroulée dans le calme. Une manifestation semblable a eu lieu à Québec.

Le président Ahmadinejad se trouve pour sa part à l'extérieur du pays. Il participe à un sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai, qui réunit la Russie, la Chine et quatre pays d'Asie centrale, qui se tient lieu à Ekaterinbourg, en Russie.

Journalistes tenus à l'écart

Les journalistes étrangers continuent par ailleurs d'être harcelés par le régime. Le ministère de la Culture a émis de nouvelles directives à ce sujet mardi. Selon l'AFP, la presse étrangère n'a plus l'autorisation de couvrir les rassemblements jugés « illégaux » par le gouvernement.

Selon Reuters, toutes les accréditations des journalistes ont en fait été révoquées. Un porte-parole du ministère de la Culture a déclaré à l'agence britannique que les journalistes pouvaient continuer à travailler de leurs bureaux, mais qu'aucun journaliste n'a la permission « de faire des reportages, de filmer ou de prendre des photos » à Téhéran.

Depuis vendredi dernier, plusieurs outils de communication utilisés par l'opposition, qu'il s'agisse des messages texte envoyés par téléphone cellulaire ou de sites Internet comme Facebook, ne sont plus accessibles.

Pendant ce temps, les utilisateurs de Twitter peuvent suivre les derniers développements et transmettre des renseignements sur les manifestations. Consultez la chronique de Sophie-Hélène Lebeuf de Sur le Web à ce sujet.

Plusieurs journalistes étrangers ont été empêchés de travailler au cours des derniers jours. Certains ont été tabassés, d'autres ont vu leur matériel être saisi. La chaîne en farsi de la BBC, très suivie dans le pays, a été interdite. La chaîne publique britannique affirme en outre que ses satellites de télécommunications sont brouillés. L'interférence, dit-elle, provient de l'Iran.

Des personnalités associées au camp réformateur continuent en outre d'être arrêtées. Selon diverses sources, deux importants responsables considérés proches de l'ancien président Mohamad Khatami, Saïd Hajarian et Mohammad Ali Abtahi, ont été arrêtés dans la nuit de lundi à mardi.

Des dizaines de milliers de partisans du candidat défait à la présidence du pays, Mir Hossein Mousavi, défient l'interdit de manifester.

Photo: AFP/Behrouz Mehri

Des centaines de milliers de partisans du candidat défait à la présidence du pays, Mir Hossein Mousavi, défient l'interdit de manifester.

Possible recomptage

Plus tôt dans la journée, le Conseil des gardiens de la Constitution s'est dit prêt à procéder à un recomptage partiel si cela s'avérait nécessaire. Le Conseil, composé de six religieux nommés par le guide suprême de la République et six juristes élus par le Parlement, a été prié lundi d'examiner attentivement la plainte formelle de Mir Hossein Mousavi par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Selon le guide suprême de la Révolution, des représentants des représentants des quatre candidats au scrutin de vendredi devraient être présents pour ce recomptage.

« S'il s'avère que des irrégularités comme l'achat de voix ou l'utilisation de fausses cartes d'électeur ont été commises, le Conseil des gardiens de la Constitution ordonnera un nouveau décompte des voix », a affirmé un porte-parole du Conseil, Abbas Ali Kadkhodaï, selon l'agence officielle Irna.

Il est toutefois incertain que cette demande satisfera les opposants à Mahmoud Ahmadinejad. Dans la plainte qu'il a déposée dimanche au Conseil, Mir Hossein Mousavi a demandé l'annulation pure et simple du scrutin. Selon Reuters, un proche de M. Mousavi et de l'autre candidat réformateur à la présidentielle, Mehdi Karoubi, a d'ores et déjà rejeté cette proposition.

Montazeri et Larijani s'en mêlent

Les manifestants ont reçu le soutien du grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, figure centrale de la Révolution tombée en disgrâce en 1989, mais qui a néanmoins gardé une influence certaine auprès du camp réformateur. L'ayatollah a appelé « tout le monde et particulièrement la chère jeunesse à réclamer ses droits avec patience et retenue ».

Selon l'AFP, le président du Parlement, Ali Larijani, a soutenu que le ministre de l'Intérieur Sadegh Mahsouli devait assumer la responsabilité d'attaques perpétrées dimanche contre des étudiants de l'Université de Téhéran et des habitants d'un quartier du nord de Téhéran.

« Que signifie qu'on attaque les dortoirs des étudiants dans la nuit ou qu'à 2 h 30 du matin on attaque une cité d'habitation et que l'on perturbe la tranquillité des habitants? Le ministre de l'Intérieur est responsable et doit répondre », a déclaré M. Larijani, réputé influent dans le camp conservateur.

Selon l'agence de presse française, d'autres parlementaires iraniens, dont le vice-président du Parlement, le conservateur Mohammad Hassan Aboutorabi-Fard, ont aussi demandé lundi l'arrestation des responsables de l'attaque de dimanche.

Les bassidjis, sorte de police de la moralité islamique affiliée aux Gardiens de la révolution, sont considérés comme responsables de ces attaques menées à l'Université de Téhéran. Selon diverses sources, la milice est également responsable des coups de feu tirés lundi en direction des manifestants pro-Mousavi.

Radio-Canada.ca avec Associated Press, Agence France Presse et Reuters

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