Des manifestants pro-Mousavi pris pour cible

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, BBC, Reuters, Site d'Al-Jazira et Associated Press
Des dizaines de milliers de partisans du candidat défait à la présidence du pays, Mir Hossein Mousavi, défient l'interdit de manifester. Des centaines de milliers de partisans du candidat défait à la présidence du pays, Mir Hossein Mousavi, défient l'interdit de manifester.   © AFP/Behrouz Mehri

Près de 72 heures après que Mahmoud Ahmadinejad eut été déclaré vainqueur de la présidentielle, les événements continuent de se bousculer en Iran. Les partisans de Mir Hossein Mousavi, donné perdant de la présidentielle dès le premier tour, refusent de se taire et manifestent bruyamment contre la réélection annoncée du président Ahmadinejad.

Des dizaines de milliers de partisans de Mir Hossein Mousavi bravent une interdiction de manifester en défilant dans les rues de Téhéran. Des affrontements avec les forces de l'ordre font au moins un mort et plusieurs blessés.

En fin d'après-midi, lundi, des dizaines de milliers de partisans de M. Mousavi, voire un million selon la police, ont manifesté dans les rues de Téhéran, malgré le fait que le rassemblement avait été interdit par le ministère de l'Intérieur. Plusieurs portaient du vert, couleur associée au camp de l'ex-premier ministre iranien.

Vers 21 h, heure locale, des policiers ont ouvert le feu, faisant au moins un mort et plusieurs blessés. Selon un photographe d'Associated Press, plusieurs personnes semblaient gravement blessées, place Azadi, après avoir été atteintes par des balles tirées depuis des locaux appartenant à une milice liée aux Gardiens de la Révolution, le corps militaire relevant de l'ayatollah Khamenei.

Mir Hossein Mousavi, qui apparaissait en public pour une première fois depuis le jour du scrutin, s'est lui-même adressé à la foule. « Nous sommes prêts à participer de nouveau à une élection présidentielle », a-t-il lancé dans un porte-voix. « Le vote du peuple est plus important que la personne de Mousavi ou de quelqu'un d'autre », a-t-il ajouté.

La femme de M. Mousavi, Zahra Rahnevard, a également déclaré à l'AFP que le camp Mousavi ne reculerait pas. « Mousavi et moi, nous irons jusqu'au bout », a déclaré Mme Rahnevard, qui a activement fait campagne aux côtés de son époux pour l'élection du 12 juin.

Mir Hossein Mousavi s'est adressé aux manifestants. À gauche, sa femme, Zahra Rahnevard. Mir Hossein Mousavi s'est adressé aux manifestants. À gauche, sa femme, Zahra Rahnevard.   © AFP/Olivier Laban-Mattei

Toujours selon l'agence française, M. Mousavi et un autre candidat qui sollicitait les votes des réformateurs à cette présidentielle, Mehdi Karoubi, ont d'abord pris part à la manifestation à bord d'une voiture entourée d'agents de sécurité habillés en civil. Leur présence avait été annoncée plus tôt sur le site Internet de M. Mousavi.

Des sources, dont l'AFP, évoquaient en début de journée la présence à la manifestation de l'ex-président Mohammad Khatami, figure de proue du camp réformateur. L'information n'est pas encore confirmée.

Cette manifestation vient accroître la tension déjà palpable dans les rues de Téhéran depuis que les résultats du scrutin ont été annoncés. Plus tôt dans la journée, Reuters rapportait d'ailleurs que des partisans d'Ahmadinejad circulaient en moto et frappaient des manifestants pro-Mousavi à coups de bâton.

Le ministère de l'Intérieur a déjà fait savoir que M. Mousavi serait tenu responsable des conséquences de ce rassemblement.

Des affrontements ont eu lieu à l'Université de Téhéran. Des affrontements ont eu lieu à l'Université de Téhéran.   © PC/AP

Au cours de la nuit, des affrontements ont eu lieu entre forces de l'ordre et étudiants à l'Université de Téhéran.

Selon l'Associated Press, quelque 3000 étudiants présents ont répliqué aux assauts des policiers en lançant des pierres et des cocktails Molotov.

L'agence ajoute que 400 manifestants réclamant la démission de Mahmoud Ahmadinejad ont entrepris un « sit-in » dans une mosquée de l'Université de Téhéran.

L'ayatollah Khamenei intervient

Lundi midi, la télévision d'État a annoncé que le guide suprême de la République islamique a demandé au Conseil des gardiens de la Constitution d'examiner attentivement la plainte déposée par M. Mousavi. Dans une lettre envoyée dimanche au Conseil, M. Mousavi allègue que des fraudes ont entaché le processus et demande au Conseil d'annuler les résultats.

Toujours selon la télévision d'État, l'ayatollah Khamenei a rencontré M. Mousavi dimanche et l'aurait invité à utiliser les voies légales pour contester les résultats électoraux. Il aurait souligné la nécessité que cette contestation se poursuive dans le calme.

Le Conseil des gardiens de la Constitution, composé de six religieux nommés par le guide suprême et six juristes élus par le Parlement, doit entériner les résultats de la présidentielle. Un porte-parole de l'organisme a déclaré que le Conseil se prononcerait sur le sujet d'ici 10 jours.

Samedi, l'ayatollah Khamenei était apparu à la télévision d'État et avait assimilé la victoire proclamée d'Ahmadinejad à un « résultat divin ». Il avait demandé à la population de se rallier derrière lui.

De son côté, le président Ahmadinejad a reporté à mardi une visite à Ekaterinbourg, en Russie, qu'il devait effectuer à l'occasion d'un sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai, selon l'AFP, qui cite des sources au sein de la délégation iranienne. Aucune explication n'a été avancée pour l'instant.

Manifestation, contre-manifestation

Mir Hossein Mousavi demande depuis le début à ses partisans de manifester pacifiquement. Les images que les télévisions étrangères parviennent à filmer dans les rues de Téhéran montrent toutefois que ses partisans, qui s'y réunissent spontanément, manifestent dans une atmosphère surchauffée.

De nombreux accrochages ont ainsi eu lieu dans la capitale. Des manifestants pro-Mousavi ont été matraqués, et plusieurs ont tout simplement été arrêtés. Certains partisans n'hésitent toutefois pas à répliquer, et des agents des forces de l'ordre ont été pris à partie par des manifestants, une scène pour le moins inhabituelle en Iran.

Les partisans de Mir Hossein Mousavi descendent dans les rues de la capitale depuis que la télévision d'État a annoncé, vendredi, la victoire de Mahmoud Ahmadinejad. Il a finalement été crédité de 62,6 % des voix contre 33,7 % pour M. Mousavi, qui a immédiatement contesté les résultats.

Les partisans de M. Mousavi ne sont toutefois pas les seuls à manifester. Dimanche, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Téhéran pour fêter la victoire de Mahmoud Ahmadinejad.

Lors de son premier point de presse depuis l'annonce officielle de son renouvellement de mandat, le président Ahmadinejad a pour sa part déclaré que sa réélection ne « peut être mise en doute » en raison du fort taux de participation de la population et du fossé entre les résultats le séparant de Mir Hossein Mousavi.

Répression et arrestations

Plus d'une centaine de personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations, dont bon nombre d'organisateurs réformateurs des manifestations, des dissidents connus et des journalistes. Mohammad Reza Khatami aurait lui-même été détenu.

La communication par messages texte, utilisée par les partisans de Mir Hossein Mousavi, n'a toujours pas été rétablie dans le pays. Ce moyen de communication a cessé de fonctionner lors de la présidentielle vendredi. De nombreux sites Internet utilisés par les réformateurs ont aussi été fermés.

Les médias étrangers ont également beaucoup de mal à travailler. La chaîne en farsi de la BBC, très suivie dans le pays, a été interdite. La chaîne publique britannique affirme que ses satellites de télécommunications sont brouillés. L'interférence, dit-elle, provient de l'Iran.

Des équipes de deux chaînes publiques allemandes, ARD et ZDF, ont été empêchées de travailler. Des journalistes de la chaîne publique espagnole RETV et de la chaîne néerlandaise Nederland 2 ont pour leur part été expulsés. Ces derniers ont été arrêtés par la police alors qu'ils filmaient devant le quartier général de Mir Hossein Mousavi. Leur matériel a été saisi.

Un correspondant du Globe and Mail a aussi été arrêté brutalement en fin de semaine avant d'être relâché. Il raconte avoir vu plusieurs opposants emprisonnés.

La journaliste de la radio de Radio-Canada Manon Globensky s'est également fait prier de quitter le pays 48 heures avant l'expiration de son visa. Il est d'ailleurs devenu impossible, dit-elle, de renouveler le contrat des traducteurs assignés aux journalistes.

Réactions internationales

Lundi, le président américain, Barack Obama, s'est dit « profondément troublé » par les manifestations. Il a toutefois pris soin de ne pas s'ingérer dans la politique iranienne, disant que « c'est aux Iraniens qu'il appartient de décider qui dirigera l'Iran ». « Nous respectons la souveraineté iranienne et nous voulons éviter que ce soient les États-Unis qui deviennent le problème en Iran », a-t-il ajouté.

En Europe, les ministres des Affaires étrangères de l'UE, à Luxembourg, la France et l'Allemagne ont demandé à l'Iran de lever tous les doutes sur le scrutin présidentiel. Dans une déclaration officielle, l'UE a estimé que les autorités iraniennes avaient le devoir d'enquêter sur les allégations d'irrégularités. Elle a aussi « exprimé sa vive inquiétude concernant les violences dans les rues et l'utilisation de la force contre des manifestants pacifiques ».

Au Canada, le ministère des Affaires étrangères a réclamé la tenue d'une enquête et s'est inquiété du sort réservé aux manifestants.

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