Shell paie, mais maintient son innocence

La pétrolière anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell accepte de débourser 15,5 millions de dollars américains pour régler à l'amiable une poursuite intentée par le peuple ogoni, qui l'accusait d'avoir été complice dans l'exécution de six membres importants de leur communauté, dont Ken Saro-Wiwa.

Plus de 13 ans après la pendaison de Ken Saro-Wiwa par le gouvernement nigérian, la pétrolière conclut un accord à l'amiable avec le peuple ogoni, qui l'accusait d'avoir joué un rôle dans l'affaire.

L'écrivain Ken Saro-Wiwa, qui a été pendu le 10 novembre 1995. L'écrivain Ken Saro-Wiwa, qui a été pendu le 10 novembre 1995.   © AFP/Greenpeace

L'écrivain nigérian et ses cinq collègues ont été pendus par le gouvernement du dictateur nigérian de Sani Abacha, le 10 novembre 1995, après qu'ils eurent mené une campagne pour dénoncer le fait que les terres ogonies, qui s'étendent sur 600 kilomètres carrés, étaient polluées par les activités de la pétrolière.

La poursuite alléguait que Royal Dutch Shell avait fourni les armes à l'administration Abacha et participé à la rafle au cours de laquelle les six hommes, à la tête d'un mouvement qui avait stoppé les activités de la pétrolière, ont été arrêtés.

Malgré l'entente, la pétrolière continue de nier toute responsabilité dans cette affaire. « Même si Shell n'a pas participé aux violences qui se sont produites, il y a des plaignants et d'autres personnes qui ont souffert », a expliqué dans un communiqué Malcolm Brinded, qui dirige la division exploration et production de l'entreprise.

Le tiers de la somme sera versé dans un fonds nommé Kiisi (progrès, en langue ogonie), qui gérera des programmes de développement en agriculture et en éducation pour le peuple ogoni. Le fonds doit aussi permettre d'aider de petites entreprises. Le reste de la somme versée par Royal Dutch Shell permettra de couvrir les frais juridiques des plaignants.

Des Ogonis manifestaient devant un tribunal new-yorkais le 27 mai dernier. Des Ogonis manifestaient devant un tribunal new-yorkais le 27 mai dernier.   © PC/AP/Bebeto Matthews

La poursuite a pu être intentée aux États-Unis en vertu de l'Alien Tort Claims Act, une loi de 1789 qui permet à des citoyens de l'extérieur des États-Unis de saisir des tribunaux américains pour des questions de non-respect des droits de l'homme de la part de firmes ayant un certain volume d'affaires aux États-Unis.

Dans une lettre publiée par le quotidien britannique The Guardian, Ken Saro-Wiwa fils explique que la décision de régler à l'amiable a été déchirante, et explique que les griefs de la population envers Shell ne vont pas disparaître du jour au lendemain. D'autres poursuites juridiques sont d'ailleurs toujours en cours.

M. Saro-Wiwa fils, écrivain comme son père, croit toutefois qu'il s'agit d'une cause historique. « Les multinationales savent maintenant qu'un précédent a été créé, et qu'il est possible d'être poursuivi pour des violations des droits de la personne » à l'étranger. Le règlement, poursuit-il, fournit essentiellement « la consolation qu'avec suffisamment de persévérance et d'engagement envers la justice, un monde meilleur, plus sûr, plus humain et plus prospère est possible. »

« Pour les plaignants, et spécialement pour moi, il est temps de prendre une pause pour respirer, d'envisager que ce règlement pourra finalement nous libérer des tourments du passé, afin que nous puissions faire face à l'avenir avec une dose tangible d'espoir. Ou peut-être est-ce seulement le temps de cesser d'être le fils de mon père pour devenir le père de mes enfants. » — Ken Saro-Wiwa fils

Cette entente aura peu d'impact sur le plan financier pour les actionnaires de la pétrolière anglo-néerlandaise, qui continue d'exploiter les mêmes terres dans le sud du Nigeria depuis 1958. L'an dernier, elle a déclaré des profits de 30 milliards de dollars américains. La somme versée aux Ogonis équivaut donc à environ 0,005 % de ses profits.

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