4 juin 2009
![]() International Discours au monde musulman Obama plaide pour la réconciliationMise à jour le jeudi 4 juin 2009 à 14 h 30
Le président américain Barack Obama a prononcé jeudi l'un des discours les plus importants de sa jeune présidence, à l'Université du Caire, en Égypte. Pendant 45 minutes, il a plaidé pour un nouveau départ dans les relations entre son pays et le monde musulman, tentant de persuader plus d'un milliard de disciples de Mahomet de partout au monde que son administration veut dialoguer honnêtement et respectueusement avec eux. Le discours était également destiné au peuple américain à plusieurs égards. Citant le Coran à quelques reprises, le président américain s'est par exemple appliqué à convaincre le peuple américain que l'islam n'est pas une religion d'extrémistes. D'entrée de jeu, le président Obama a brossé un portrait rapide des relations entre l'Occident et le monde musulman, des guerres de religion à l'époque coloniale puis à la guerre froide, période pendant laquelle, a-t-il admis, la majorité des pays musulmans ont été utilisés comme des pions sur l'échiquier géopolitique, au détriment des aspirations des populations. Le président Obama a déclaré que les États-Unis et le monde musulman pouvaient coexister, puisqu'ils partagent les mêmes principes de justice, de progrès, de tolérance et de dignité de l'être humain. La discorde actuelle, dit-il, ne sert que les intérêts des extrémistes. Tant que notre relation sera définie par nos différences, cela renforcera ceux qui préconisent la haine plutôt que la paix et qui promeuvent le conflit plutôt que la coopération, qui peut aider nos peuples à atteindre la justice et la prospérité. Ce cycle de méfiance et de discorde doit prendre fin. — Barack Obama Le président américain a reconnu d'emblée qu'un seul discours ne saurait effacer des années de méfiance, et qu'il n'avait pas d'ailleurs réponse à toutes les questions complexes qui ne manquaient pas d'être soulevées dans le cadre de ces relations tumultueuses. Il importe toutefois, a-t-il déclaré, d'apprendre, d'écouter, de se respecter et de trouver des terrains d'entente. Barack Obama a alors entrepris une recension de divers éléments, soulignant « la dette de la civilisation envers l'Islam », rappelant que le monde musulman avait ouvert la voie à la Renaissance et au Siècle des Lumières grâce à des innovations scientifiques, sociales et culturelles. Le président a ensuite parlé des liens historiques entre les États-Unis et le monde musulman et a dit qu'il était de son devoir de président de se battre contre les préjugés qui circulent au sujet de l'Islam. Le monde musulman doit toutefois faire de même avec les États-Unis, a-t-il dit. Barack Obama a mentionné à cet effet que 7 millions d'Américains sont musulmans, et que leur niveau d'éducation et leurs revenus sont plus élevés que la moyenne des Américains. Il a fait valoir que quelque 1200 mosquées ont été construites aux États-Unis, et que chaque État du pays en a au moins une sur son territoire. « L'Islam fait partie des États-Unis », a mentionné le président Obama, qui n'a pas manqué de souligner que son père était musulman, qu'il a grandi en partie dans un pays musulman, l'Indonésie, et qu'il porte aussi le nom de Hussein, un fait qu'il avait plutôt tenté d'occulter lors de la campagne présidentielle.
Sur les extrémistes Le président américain affirme toutefois sans détour que les États-Unis entendent continuer de combattre les extrémistes, et notamment le réseau Al-Qaïda, responsable des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui ont fait près de 3000 morts. La détermination des États-Unis sera sans faille à cet égard, a-t-il dit, et le monde musulman devrait faire de même. Le président Obama s'est d'ailleurs appliqué à dissocier Al-Qaïda du reste du monde musulman. « L'Islam ne fait pas partie du problème dans le combat contre les extrémistes violents; c'est un rouage important de la promotion de la paix. » Sur le conflit israélo-palestinien Au sujet du conflit israélo-palestinien, le président Obama a plaidé pour que chaque partie reconnaisse les aspirations de l'autre. À cet effet, il a affirmé sans ambiguïté que « le gouvernement américain ne reconnaît pas la légitimité de la colonisation israélienne », qui viole les accords conclus entre les parties. Israël doit reconnaître le droit à la Palestine d'exister, a-t-il lancé. Pendant plus de 60 ans, [les Palestiniens] ont enduré la souffrance du déracinement. Nombre d'entre eux attendent dans des camps de réfugiés de Gaza, de la Cisjordanie ou d'autres terres voisines pour une vie en paix et en sécurité qu'ils n'ont jamais été en mesure de connaître. Ils endurent les humiliations quotidiennes - grandes et petites - qui viennent avec l'occupation. Qu'il n'y ait aucun doute: la situation du peuple palestinien est intolérable. — Barack Obama Du même souffle, il a sommé le Hamas de reconnaître le droit d'Israël d'exister, de respecter les accords passés et de cesser de recourir à la violence. La violence, a-t-il dit, est une impasse. « Ce n'est pas un signe de courage ou de puissance de lancer des roquettes sur des enfants qui dorment ou de faire exploser de vieilles femmes dans un autobus. On ne peut pas ainsi se réclamer d'une autorité morale; c'est comme ça qu'on l'abandonne », a-t-il dit. Sur l'Iran et le nucléaire Il a également parlé des relations avec l'Iran. Il a parlé du passé trouble entre les pays, en reconnaissant notamment haut et fort que les États-Unis avaient contribué à renverser le premier ministre Mossadegh, pourtant élu démocratiquement, en 1953. L'Iran doit toutefois cesser de se définir en fonction de son opposition aux États-Unis, a-t-il déclaré, et doit déterminer ce qu'il veut faire pour l'avenir. Au sujet du dossier nucléaire, le président a dit que les États-Unis veulent empêcher une course à l'armement au Moyen-Orient. Il a toutefois admis qu'aucun pays ne devrait être en mesure de déterminer qui peut ou ne peut pas avoir l'arme nucléaire. Les États-Unis veulent ultimement un monde sans armes nucléaires, a-t-il affirmé. Toute nation, incluant l'Iran, devrait avoir le droit d'accéder au nucléaire civil si elle se conforme aux responsabilités définies par le Traité de non-prolifération. — Barack Obama Le président Obama a aussi abordé la question des guerres en Afghanistan et en Irak, réitérant que les États-Unis n'entendaient pas y rester plus longtemps que nécessaire, et qu'ils ne poursuivaient aucun objectif de conquête territoriale. Sur la démocratie, les libertés religieuses et le droit des femmes Au sujet de la démocratie, le président américain a affirmé qu'aucun pays n'avait le droit d'imposer un système de gouvernement à un autre. Il a cependant précisé que les pays qui protègent les droits fondamentaux de leurs citoyens réussissent mieux. « Supprimer les idées n'a jamais permis de s'en débarrasser », a-t-il lancé à un auditoire certainement au fait des efforts déployés par l'administration du président égyptien Hosni Moubarak pour supprimer toute dissidence. Le président Obama a aussi parlé des droits des femmes dans les pays musulmans. À ce sujet, il a dit rejeter l'idée selon laquelle une musulmane n'est pas l'égale d'un musulman parce qu'elle porte un foulard. Mais il a dit croire qu'empêcher les femmes de s'instruire n'est qu'une façon de brimer leur accès à un meilleur avenir. Or, les pays où les femmes sont les plus instruites sont également les plus prospères. Au sujet des libertés religieuses, il a évoqué les divisions au sein de la communauté musulmane. « Parmi les musulmans, il y a une tendance perturbante à mesurer la foi des uns en rejetant la foi des autres ». Il a plaidé pour le respect des minorités religieuses, qu'il s'agisse des maronites au Liban ou des coptes en Égypte, et pour un rapprochement entre les sunnites et les chiites. Il a également parlé de l'approche des pays occidentaux à cet égard. Il est important que les pays occidentaux n'empêchent pas les citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme ils l'entendent, par exemple en dictant quels vêtements une musulmane devrait porter. Nous ne pouvons cacher l'hostilité envers une quelconque religion sous prétexte de libéralisme. — Barack Obama Sortir de l'ère Bush et restaurer l'image des États-Unis Ce discours du président Obama, promis avant même qu'il ne remporte l'investiture démocrate, s'inscrit sans contredit dans la perspective de restaurer l'image des États-Unis dans le monde, mise à mal par une série de politiques préconisées par l'administration de son prédécesseur George W. Bush.
La guerre en Irak et en Afghanistan, le scandale de la prison d'Abou Ghraib, le sort des détenus à la prison de Guantanamo Bay et l'approche résolument pro-israélienne de l'administration Bush ont tous contribué à ternir l'image des États-Unis partout dans le monde, mais encore davantage dans le monde arabo-musulman. Le président Obama a ensuite annoncé diverses initiatives visant à rapprocher les États-Unis du monde musulman. Il a notamment annoncé un nouveau programme d'éradication de la poliomyélite en collaboration avec l'Organisation de la conférence islamique et la création d'un fonds visant à soutenir le développement technologique dans les pays à majorité musulmane. L'administration présidentielle a utilisé les réseaux sociaux sur Internet, comme Facebook et MySpace, pour maximiser l'impact du discours. Sur le Web fait brosse un portrait de cette expérience. Avant de prononcer son discours, le président Obama a rencontré le président égyptien Hosni Moubarak. Les deux hommes ont notamment discuté du processus de paix israélo-palestinien, dans lequel M. Moubarak est très engagé, et de la situation en Iran. Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Reuters
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Bande de Gaza: pour quelques arpents de terre
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Les origines du conflit entre le Hamas et Israël
Le reportage d'Aline Gobeil sur le discours du président Obama au Caire.
Lise Villeneuve résume le discours du président américain Barack Obama au Caire en Égypte.
La journaliste Joyce Napier contextualise le discours du président américain au Caire en Égypte.
Anyck Béraud résume le discours du président américain Barack Obama au Caire en Égypte.
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Le discours du président Obama (en anglais)
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