L'élection présidentielle iranienne se déroule avec, en toile de fond, la nouvelle approche préconisée par le président Obama à l'égard de la République islamique. Laissant de côté le ton belliqueux employé par l'administration Bush lorsqu'il parlait de l'Iran, campé dans « l'Axe du mal », le président Obama affirme haut et fort qu'il souhaite emprunter la voie diplomatique pour trouver des solutions aux différends qui opposent Washington à Téhéran. Il a affirmé vouloir « s'asseoir à une même table » avec les Iraniens pour dialoguer.
Barack Obama s'est adressé directement aux Iraniens.
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AFP/Maison-Blanche
Cette approche a trouvé son aboutissement dans un message du président Obama à l'intention du peuple iranien et de ses dirigeants, le 19 mars 2009, à l'occasion du Nouvel An iranien. Le président Obama y invitait l'Iran à un dialogue « honnête et fondé sur le respect mutuel ». Il disait entrevoir un avenir où les « vieilles querelles sont surmontées » et où l'Iran, ses voisins et le monde en général pourront « vivre davantage en sécurité et en paix ».
Cette politique de la main tendue obtient une oreille attentive en Iran. Tous les responsables politiques qui se sont exprimés sur le sujet, y compris le président Ahmadinejad, se sont dits intéressés à un dialogue, mais attendent de voir ce que les États-Unis proposeront concrètement. Un début de réponse à cette question devrait faire partie des conclusions de la révision de la politique américaine à l'égard de l'Iran, que prépare actuellement Dennis Ross, un diplomate de renom spécialement chargé de ce dossier.
Cette révision de la politique américaine dépendra vraisemblablement elle-même du résultat de l'élection présidentielle. La réélection de Mahmoud Ahmadinejad ne manquerait pas de compliquer le dossier, étant donné ses déclarations passées, notamment au sujet d'Israël. Les commentaires anti-israéliens du président ne manquent pas d'attiser les préoccupations de ceux qui craignent l'utilisation militaire du programme nucléaire iranien.
Lorsqu'il a reçu le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, en mai, à la Maison-Blanche, le président Obama lui a demandé d'être patient face à l'Iran. Il a indiqué que les États-Unis ne vont pas discuter « éternellement » avec le régime iranien, et a déclaré que des « sanctions internationales bien plus vigoureuses » pourraient lui être imposées s'il ne fait pas preuve de bonne volonté.
Une longue liste de griefs
L'ayatollah Ali Khamenei n'a toutefois pas attendu de connaître le résultat de la présidentielle iranienne ni la fin de la révision de la politique américaine pour répondre à l'invitation de Barack Obama. Dans un discours prononcé quelques jours après la vidéo du président Obama, le Guide suprême a répliqué, pour l'essentiel, que l'Iran était prêt à changer, pourvu que les États-Unis fassent de même.
L'ayatollah Ali Khamenei
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AFP/Fars news
Pendant de longues minutes, l'ayatollah Khamenei a exposé la longue liste des griefs que Téhéran entretient à l'égard de Washington. Il a énuméré, en vrac: le coup d'État contre le premier ministre Mossadegh en 1953, le gel des avoirs iraniens dans la foulée de la révolution islamique, le soutien à Saddam Hussein lors de la guerre Iran-Irak, l'attaque contre un avion civil iranien au-dessus des eaux du Golfe Persique en 1988 (290 morts), le soutien indéfectible à l'État d'Israël, notamment dans le cadre de la récente guerre menée à Gaza, le soutien aux groupes iraniens dissidents, et 30 ans de sanctions économiques imposées à Téhéran.
Le président Ahmadinejad avait également mentionné au lendemain de la vidéo d'Obama que l'Iran attendait des gestes concrets. Ses rivaux offrent pour leur part des variations sur le même thème, preuve que tous s'alignent sur la position de l'ayatollah Khamenei.
Son principal rival, Mir Hossein Mousavi, a par exemple déclaré: « Nous étudions le changement défendu par Obama. Si le changement se traduit par des gestes, nous négocierons, sinon, nous ne le ferons pas ».
Un conseiller de Mehdi Karroubi, Mohammad Ali Nadjafi, a repris la même expression que le Guide suprême pour expliquer la position de son chef à ce sujet. « Nous sommes prêts à résoudre complètement nos problèmes avec les États-Unis, avec pour slogan le changement pour le changement ».
Mohsen Rezai, l'ex-chef des Gardiens de la révolution, pourtant directement visés par des sanctions économiques américaines, a été le plus catégorique du lot, en affirmant qu'il mettrait un terme à l'indécision iranienne à ce sujet. « Des changements fondamentaux sont survenus dans la société américaine. Le président Obama est le résultat de ce changement. Les Américains n'ont plus une politique d'invasion aventureuse d'autres pays », a-t-il dit.