Comme dans la majorité des pays du monde, l'élection présidentielle se joue pour l'essentiel sur des considérations de politique intérieure. En Iran, comme en Occident, le sujet de l'heure est l'économie, et le président Ahmadinejad est vertement attaqué pour la gestion qu'il a préconisée au cours des quatre dernières années.
Arrivé au pouvoir en promettant de redistribuer la rente pétrolière, de s'attaquer à la pauvreté et de combattre la corruption, il est aujourd'hui taxé d'incompétence par des rivaux. Ahmadinejad rétorque que la situation est stable et que le taux de croissance en Iran « dépasse même 5 % ».
Selon les statistiques officielles, le taux de chômage s'établissait à 12,5 % en avril et il est sans contredit plus élevé chez les moins de 30 ans, qui comptent pour plus de la moitié de la population active. L'inflation a atteint 25 % en moyenne en 2008. Pour une bonne partie des Iraniens, la situation actuelle est préoccupante.
Deux Iraniennes achètent des tissus dans un bazaar de Téhéran.
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AFP/Behrouz Mehri
L'avenir s'annonce également sombre. Le ralentissement économique mondial, voire la récession dans de nombreux pays, a entraîné une chute marquée du prix du pétrole. D'un sommet de 147 $US en juillet 2008, le prix du baril de brut est passé sous la barre des 40 $US en février avant de se stabiliser autour de 60 $US au printemps. Or le pétrole et le gaz comptent pour 80 % des exportations iraniennes. Cette situation permet aux adversaires du président de l'accuser de n'avoir pas su engranger les profits tirés de la manne pétrolière pour les années de vaches maigres. Ils soutiennent qu'il a dilapidé la richesse collective, notamment en distribuant de l'argent à tout vent aux pauvres, qui constituent sa base électorale.
Le programme de M. Mousavi soutient par exemple que le « pétrole ne doit pas intervenir dans la vie des gens sous forme de rente, mais en créant des emplois et des unités industrielles afin d'augmenter la production ». M. Mousavi propose par ailleurs de « ramener l'inflation à un chiffre ».
M. Mousavi, réputé pour avoir imposé un rationnement alimentaire et un contrôle des prix à la fin des années 80 lorsqu'il était premier ministre, se présente aujourd'hui comme un partisan du secteur privé qui, écrit-il dans son programme, « devra se préparer à prendre un rôle plus important dans la structure décisionnelle du pays ».
Le renforcement du secteur privé, ajoute-t-il, doit intervenir « dans tous les domaines ». M. Mousavi préconise également que des chaînes de télévision privées soient autorisées à diffuser en Iran, pays où de nombreux foyers contournent les interdictions du régime en se munissant d'antennes paraboliques pour capter des émissions étrangères.
Mehdi Karoubi soutient que « la première tâche [du prochain président] est de contrôler la détérioration de la situation économique », pour laquelle il blâme le président. « Ce genre de prise de décisions par un seul homme, cette façon de distribuer de l'argent, et de se servir de sommes substantielles du fonds de réserve en devises, et le renvoi de personnalités économiques de qualité, sont des choses que je ne continuerai pas de faire », a-t-il dit.
Mohsen Rezai affirme lui aussi que son plus gros défi, s'il est élu, consistera à combattre « la pauvreté, les prix élevés et le chômage ». Il accuse le président Ahmadinejad de « disperser l'argent à travers le pays ».
Libertés fondamentales
Les rivaux du président Ahmadinejad qui courtisent l'électorat réformateur essaient aussi de marquer des points en s'appuyant sur le mécontentement d'une bonne partie de la population, et notamment des jeunes, envers les entraves aux libertés fondamentales. L'opposition politique, notamment celle des étudiants, est souvent réprimée et la presse est régulièrement censurée.
Qui plus est le mandat d'Ahmadinejad a été marqué par diverses opérations de surveillance du code vestimentaire et social préconisé par les mollahs, et dont les femmes font particulièrement les frais. Ces campagnes, menées par les bassidjis, agents de la police de la moralité, se traduisent par la surveillance étroite et l'imposition de sanctions à quiconque déroge aux principes adoptés par la révolution.
Toutes les femmes circulant dans les rues iraniennes doivent porter le foulard islamique.
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AFP/Atta Kenare
Ces principes interdisent notamment la promiscuité entre femmes et hommes en public. Le foulard est obligatoire pour toutes les femmes, iraniennes ou étrangères, et le maquillage est interdit, tout comme les vêtements jugés « occidentalisés », ou indécents. Il est de notoriété publique que les jeunes Iraniens suivent ces règles dans la sphère publique, mais qu'ils en font souvent fi dans la sphère privée, jouant ainsi au jeu du chat et de la souris avec les bassidjis.
Lorsqu'il a déposé sa candidature, Mir Hossein Mousavi a déclaré qu'il se présentait parce qu'il trouve « que la situation politique, économique et culturelle est inquiétante ». Il a affirmé vouloir défendre « la liberté de pensée et d'expression ». Sa campagne porte toutefois davantage sur l'économie qu'autre chose.
La femme de M. Mousavi, Zahra Rahnavard, enfourche par contre ce cheval de bataille lorsqu'elle s'exprime en public. « Laissez-nous espérer qu'avec le nouveau gouvernement, nous n'aurons pas de prisonniers politiques, d'étudiants emprisonnés et que la fin de la discrimination contre les femmes ne sera pas juste un espoir », a-t-elle notamment déclaré.
Le porte-étendard des réformateurs, Mohamed Khatami, qui s'est désisté de la présidentielle en faveur de M. Mousavi, appelle aussi ses partisans à voter pour lui. « Je sais que les restrictions en matière de liberté ont augmenté [...] et que les ingérences en période électorale ont augmenté pour empêcher que la volonté des gens soit matérialisée », a récemment déclaré M. Khatami.
Le candidat Karoubi propose pour sa part sans détour de mettre un terme aux patrouilles censées s'assurer du respect du code vestimentaire islamique. « Si je deviens président, je retirerai complètement les véhicules de la police de la moralité des rues », a-t-il déclaré.