Trois candidats contre Ahmadinejad

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Le Monde, New York Times, BBC, RFI et Newsweek



Pas moins de 475 candidats, dont 42 femmes, ont officiellement déposé leur bulletin de candidature en vue de la présidentielle du 12 juin 2009. Seuls quatre d'entre eux ont toutefois reçu le feu vert du Conseil des gardiens de la constitution et seront sur les rangs.

Parmi eux figure l'actuel président Mahmoud Ahmadinejad, qui brigue un second mandat. Trois adversaires tentent de le déloger, dont Mir Hossein Moussavi, qui est son plus sérieux rival. Les deux autres candidats sont le conservateur et ex-chef des Gardiens de la révolution, Moshen Rezai, et un ex-président du Parlement, le réformateur Mehdi Karroubi.

Les trois opposants d'Ahmadinejad sont tous des membres influents de l'appareil d'État iranien et souscrivent aux principes de la révolution islamique. Leur approche, différente dans le ton, est similaire. Elle consiste à attaquer Ahmadinejad sur son bilan économique (chômage à 13 %, inflation à 25 %, gestion de la lucrative rente pétrolière).

Un partisan de Mir Hossein Moussavi pose des affiches à Téhéran. Un partisan de Mir Hossein Moussavi pose des affiches à Téhéran.   © AFP/Behrouz Mehri

La gestion du dossier nucléaire et les relations de l'Iran avec l'Occident sont les autres grands thèmes de la campagne. Tous les opposants en lice sont résolument en faveur du développement de la filière nucléaire civile, mais ils déplorent le ton contre-productif emprunté par le président Ahmadinejad dans ce dossier.


Le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad

Le président Mahmoud Ahmadinejad Le président Mahmoud Ahmadinejad   © AFP/Behrouz Mehri

Le président sortant, âgé de 52 ans, est un conservateur fondamentaliste, qui est réputé avoir l'appui tacite du Guide suprême, Ali Khamenei. Au pouvoir depuis 2005, il est généralement honni par les Occidentaux en raison de ses virulentes diatribes antiisraéliennes, et aussi par certains de ses compatriotes, en raison de son style populiste.

M. Ahmadinejad est un partisan de la première heure de l'ayatollah Khomeiny. Il a milité en sa faveur rapidement après avoir été admis à l'université de science et de technologie, en 1976. Après la révolution islamique de 1979, il devient membre des bassidjis, une milice islamiste qui relève des Gardiens de la révolution, le corps militaire d'élite placé sous l'autorité du Guide suprême.

Au terme de la guerre Irak-Iran, il occupe diverses fonctions politiques, dont celle de maire de la capitale Téhéran. Appuyé par les forces conservatrices et religieuses, il se présente à la présidence. Préconisant un style populiste, se réclamant des petites gens, il fait campagne sur la promesse de redistribuer les profits de l'industrie pétrolière aux plus pauvres du pays.

Le 24 juin 2005, il défait contre toute attente l'ex-président de la République, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, au second tour de la présidentielle et devient le premier président non religieux de la République islamique. Il succède à Mohamed Khatami, président réformateur porté au pouvoir huit ans plus tôt par la jeunesse iranienne, mais dont la gestion du pays, minée par les conservateurs, a entraîné une profonde désaffection au sein de l'opinion publique.

Dès son arrivée au pouvoir, Ahmadinejad redémarre le programme nucléaire iranien, au désespoir d'Israël et des Occidentaux, et particulièrement de l'administration américaine du président George W. Bush, qui le soupçonnent d'avoir des visées militaires. Sa défense farouche du droit des Iraniens à développer un programme nucléaire civil lui vaut la reconnaissance des Iraniens, mais sa gestion de l'économie, jugée désastreuse, lui vaut de sévères critiques.

Mir Hossein Mousavi

Mir Hossein Moussavi Mir Hossein Moussavi   © AFP/Atta Kenare

Âgé de 68, cet architecte de formation et actuel président de l'Académie iranienne des arts est considéré comme le principal adversaire du président Ahmadinejad.

Sa notoriété a été acquise lors de ses années comme premier ministre de 1981 à 1989 (le poste a ensuite été aboli et ses fonctions redistribuées dans le système politique). Il est largement respecté pour sa gestion de l'économie au cours de cette période difficile, marquée par la guerre avec l'Irak.

À cette époque, Mousavi avait implanté un système de rationnement des denrées alimentaires et un contrôle des prix. Il a ensuite continué d'occuper un rôle prépondérant dans la politique iranienne à titre de conseiller des présidents Ali Akbar Hachemi Rafsandjani (1989-1997) et Mohamed Khatami (1997-2005). Khatami, qui a été ministre de la Culture sous Mousavi, s'était d'ailleurs présenté après que son mentor eut renoncé à briguer la présidence.

Cette fois encore, Khatami, considéré comme le porte-étendard des réformateurs iraniens, aurait plongé dans la course, mais seulement après avoir tenté de persuader Mousavi de se présenter. Il a fait campagne pendant un mois avant d'apprendre que Mousavi avait finalement décidé de faire le saut. Il s'est alors désisté en sa faveur et a appelé les réformateurs à se rallier derrière lui.

Mousavi fait essentiellement campagne sur le bilan économique du président Ahmadinejad et sur la promesse de permettre de plus grandes libertés individuelles, notamment la liberté d'expression et la liberté de la presse. Au sujet de la question nucléaire, il est catégorique: l'Iran ne renoncera pas à son projet de nucléaire civil, auquel il a droit. Il pourfend par contre les propos extrémistes du président Ahmadinejad, qu'il juge contre-productifs pour les relations que l'Iran entretient avec le reste de la communauté internationale.

Sa femme, Zahra Rahnavard, fait régulièrement campagne à ses côtés, un fait inusité dans le paysage politique iranien. Diplômée de sciences politiques, artiste et auteure, elle a été chancelière de l'université pour femmes Al-Zahra de Téhéran de 1998 à 2005. Il s'agissait d'une première pour une femme depuis la révolution islamique. Elle a aussi conseillé l'ex-président Khatami. Elle milite notamment pour de plus grandes libertés pour les femmes iraniennes, préconise la monogamie dans un pays où la polygamie est permise, et dénonce les campagnes de surveillance du code vestimentaire dont les femmes ont fait les frais pendant le mandat du président Ahmadinejad. Sa présence pourrait jouer un rôle dans le vote des femmes.

L'ex-chef des Pasdarans, Mohsen Rezai

Mohsen Rezai Mohsen Rezai   © AFP/Behrouz Mehri

Âgé de 54 ans, ce candidat conservateur en est à sa deuxième tentative à la présidentielle. En 2005, il s'était finalement désisté à quelques jours du vote.

Dès le début de sa campagne, il a attaqué de façon virulente le bilan du président Ahmadinejad, tant pour sa gestion de l'économie que pour ses discours extrémistes.

M. Rezai a été nommé à la tête des Gardiens de la révolution (Pasdarans) en 1981, alors qu'il n'avait que 27 ans, et a dirigé l'organisation pendant toute la durée de la guerre contre l'Irak. Il y est en fait demeuré jusqu'en 1997. Il est alors devenu le secrétaire du Conseil de discernement, un organisme qui arbitre les différends opposant le Parlement au Conseil des gardiens de la constitution, qui doit approuver toutes les lois du pays.

Son élection causerait des maux de tête à la communauté internationale, puisqu'il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international lancé par l'Argentine, qui le soupçonne d'avoir participé à l'attentat à la bombe commis en 1994 contre le siège d'une organisation juive et qui a fait 85 morts et environ 200 blessés.

Mehdi Karoubi

Mehdi Karroubi Mehdi Karroubi   © AFP/Atta Kenare

Âgé de 72 ans, Karroubi se campe dans le camp des réformateurs. Religieux de rang intermédiaire (hodjatoleslam), il a été président du Parlement iranien à deux reprises, soit de 1990 à 1992, et de 2000 à 2004.

Il a terminé troisième lors du premier tour de la présidentielle de 2005, ce qui l'avait exclu du second tour. Il avait alors appuyé l'ex-président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani.

Il avait alors dénoncé des irrégularités dans le système électoral, en laissant entendre que des membres des Gardiens de la révolution avaient agi illégalement au profit de Mahmoud Ahmadinejad. Après avoir fait une sortie publique à ce sujet, il s'est fait rabrouer par l'ayatollah Khamenei. Karoubi a alors démissionné des ses fonctions de conseiller du Guide suprême et de membre du Conseil de discernement.

Mehdi Karoubi est un critique de longue date du président Ahmadinejhad. Il l'a notamment vilipendé après qu'il eut déclaré que l'Holocauste n'était qu'un mythe. Il fait campagne sur le thème du changement et de la détente avec la communauté internationale. Il est cependant, comme tous les autres candidats, en faveur du développement du nucléaire civil.

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