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Journaliste:François Messier Mise à jour le lundi 8 juin 2009 à 12 h 39 Un système électoral complexe
Les élections législatives du 7 juin au Liban étaient déterminantes pour l'avenir du pays. Il s'agissait des premières à se tenir depuis qu'un coup de force du Hezbollah a contraint la classe politique libanaise à accepter un redécoupage de la carte électorale. Ce redécoupage, accepté par toutes les parties lors de négociations organisées à Doha, au Qatar, au terme de plusieurs jours d'affrontements armés entre partisans et opposants de la majorité gouvernementale, constitue en somme un retour au système électoral en vigueur en 1960. Le Liban est divisé en deux camps, qui se sont cristallisés dans les semaines qui ont suivi l'assassinat de l'ex-premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Cet assassinat a entraîné le départ des troupes syriennes au Liban. Le courant majoritaire, antisyrien, porte le nom de 14-mars (67 députés). Il est mené par le Courant du futur, le parti de Saad Hariri, fils de Rafic. Il a l'appui des Occidentaux, des États-Unis en particulier, ainsi que de l'Égypte et de l'Arabie saoudite. L'opposition, dite prosyrienne, est regroupée dans le mouvement du 8-mars (56 députés), mené par les deux partis chiites, Hezbollah et Amal, et le Courant patriotique libre (chrétien) du général Michel Aoun. Ce mouvement du 8-mars a l'appui de l'Iran et de la Syrie. La perspective que le Hezbollah accède au pouvoir constituait un cauchemar pour les États-Unis, le Canada et Israël, qui considèrent le parti comme un groupe terroriste. De la complexité du système électoral libanais Le Parlement libanais est composé d'une seule chambre comprenant 128 députés. La Constitution prévoit que la moitié d'entre eux soient chrétiens, l'autre, musulmans. Ces deux blocs égaux se divisent de manière à ce que tous les groupes confessionnels soient représentés.
Parmi les candidats musulmans, les Libanais doivent élire 27 sunnites, 27 chiites, 8 druzes et 2 alaouites. Pour les chrétiens, ils choisissent 34 maronites, 14 grecs orthodoxes, 8 grecs catholiques, 5 arméniens orthodoxes, 1 arménien catholique, 1 évangéliste, et 1 député représentant le reste des minorités chrétiennes. Pour la première fois depuis 1960, ces sièges confessionnels ont été répartis dans 26 districts électoraux appelés cazas. Les cazas les plus populeux, soit Beyrouth-3 et Baalbeck-Hermel, élisent 10 députés; les plus petits, comme Becharreh, Batroun et Saïda, n'en élisent que 2. Avant l'accord de Doha, le vote se répartissait dans 14 districts électoraux. La répartition confessionnelle de ces 128 sièges est décidée à l'avance pour chacun des cazas. À Batroun, par exemple, les électeurs doivent choisir 2 députés maronites. À Beyrouth-3, la situation est autrement plus complexe: les électeurs qui se présentent aux urnes doivent choisir 5 sunnites, 1 chiite, 1 druze, 1 grec orthodoxe, 1 évangéliste et 1 chrétien représentant l'ensemble des minorités.
Sans recensement depuis 77 ansComme c'est toujours le cas au pays du Cèdre, la répartition des sièges est le résultat d'un compromis politique entre les différentes communautés. Aucun recensement officiel n'a eu lieu dans le pays depuis 1932. Cet exercice avait conclu qu'il y avait 55 % de chrétiens et 45 % de musulmans dans le pays. Les électeurs votent non pas en fonction de leur lieu de résidence, comme au Canada, mais en fonction de leur lieu d'origine. Nombreux sont ceux qui doivent donc voyager pour voter. Tous peuvent voter pour l'ensemble des députés qui briguent les suffrages dans leur district électoral, peu importe leur confession. À Beyrouth-3, par exemple, un chrétien a le droit de voter pour les représentants sunnites de son choix. Les députés sont donc élus en fonction du scrutin uninominal majoritaire à un tour, mais à l'intérieur de leur bloc confessionnel. À Beyrouth-3, par exemple, les 5 sunnites élus sont ceux qui obtiennent le plus de voix au total. Celui qui arrive sixième est laissé pour compte, même s'il s'avère qu'il a reçu davantage de voix que le plus populaire des candidats druzes. Ce dernier est élu à titre de premier choix parmi les candidats druzes. Sans bulletin de vote normalisé Les électeurs enregistrent leur préférence de deux façons. Ils peuvent écrire les noms des candidats de leur choix sur un bulletin blanc remis au bureau de vote. Le plus souvent, par contre, ils votent sur des bulletins préparés d'avance et remis aux électeurs par des membres de leur communauté, voire par des militants des partis à l'extérieur des bureaux de scrutin.
Cette façon de faire engendre un jeu complexe d'alliance entre partis. Un candidat chrétien peut ainsi s'allier à des candidats locaux du Hezbollah, de manière à ce que tous les électeurs chiites venus voter pour ces derniers déposent dans l'urne un bulletin de vote préparé sur lequel figure aussi le nom du candidat chrétien. Ce même candidat chrétien préparera des bulletins de vote sur lesquels figure le nom de ses alliés du Hezbollah, afin qu'ils bénéficient à leur tour des votes des électeurs chrétiens. Ce système fait l'objet de nombreuses critiques, car il verrouille le processus dans plusieurs districts, les candidats des partis établis faisant front commun. Les médias libanais s'entendaient d'ailleurs avant le scrutin pour dire que les élections ne seraient chaudement disputées que dans une poignée de cazas. Qui plus est, le système électoral permet de retracer l'origine des bulletins de vote des électeurs quand ils se présentent aux urnes. Au moment du déclenchement des élections, les principaux partis politiques représentés au Parlement étaient le Courant du Futur (sunnite, 27 députés). Suivaient le Hezbollah (chiite, 11 députés), Amal (chiite, 10 députés), le Courant patriotique libre (chrétien, 7 députés), le Parti socialiste progressiste (druze, 6 députés) et les Forces libanaises (chrétien, 5 députés). Plusieurs autres partis avaient deux sièges ou moins. Trois députés étaient totalement indépendants et deux sièges étaient vacants. Radio-Canada.ca avec International Foundation for Electoral Systems, L'Orient-Le Jour et NOW Lebanon
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