Le régime birman est l'un des plus fermés de la planète. Après une brève période dite constitutionnelle qui s'est ouverte après que le pays eut obtenu son indépendance du Royaume-Uni, en 1948, l'armée a saisi le pouvoir en 1962 et ne l'a jamais lâché. La dictature est considérée comme paranoïaque et bafoue sans vergogne les droits de la personne.
Des membres de la junte, lors d'une parade militaire à Naypyitaw, en mars 2007
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PC/AP/David Longstreath
La junte actuelle, composée de 12 généraux, fonctionne sous le nom sibyllin de Conseil d'État pour la paix et le développement. Le président du Conseil est le généralissime Than Shwe, qui gère le pays d'une main de fer depuis 1992. Cet homme de 76 ans est considéré comme le principal obstacle à une ouverture démocratique en Birmanie, que les généraux ont rebaptisé Myanmar.
Au fil des années, le système politique a été largement centralisé, donnant lieu à des tensions, voire des affrontements avec des minorités ethniques, notamment les Karens. Ces affrontements ont déplacé des centaines de milliers de personnes sur le territoire. Environ 150 000 autres, des Karens pour la plupart, sont réfugiées en Thaïlande.
Le chef de la junte, le général Than Shwe
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AFP/Pool/Stan Honda
Le système judiciaire n'est pas indépendant du pouvoir politique, et la liberté de la presse n'existe pas.
Les militaires ont instauré un régime qui se réclame du socialisme, mais dont les résultats pour les Birmans sont désastreux. Les rares industries lourdes du pays sont contrôlées par les généraux ou par des compagnies qui leur sont liées.
La population, elle, vit largement de l'agriculture et ne retire aucun bénéfice des nombreuses ressources naturelles dont regorge le pays (pétrole, gaz, bois, pierres précieuses, etc.). Le marché noir est toutefois d'une grande importance et fausse des statistiques économiques déjà considérées comme peu fiables.
Le taux de mortalité infantile reste élevé, et diverses maladies qui pourraient être éradiquées, comme la malaria, y font toujours des morts. Selon l'UNICEF, 25 % de la population n'a pas accès à l'eau potable, ce qui contribue d'ailleurs à la propagation de nombreuses maladies.
Le réseau électrique est déficient, comme une bonne partie des infrastructures du pays. Le développement de l'industrie touristique, qui a beaucoup de potentiel, est freiné par la mauvaise réputation du régime sur la scène internationale.
Le commerce de l'opium est par contre florissant: la Birmanie en est le deuxième producteur mondial en importance, derrière l'Afghanistan.
Le régime survit grâce à son écrasante supériorité militaire - l'opposition n'étant pas armée - et grâce aux revenus qu'elle tire de différentes sources, dont l'exportation du riz, mais aussi de plus en plus de l'exploitation de gisements de pétrole et de gaz naturel.
Son principal partenaire commercial est sans contredit la Chine, mais l'Inde et la Russie commercent aussi avec la Birmanie. Ces liens permettent au pays de continuer à fonctionner tant bien que mal et de ne pas trop souffrir des sanctions économiques que lui imposent de nombreux pays occidentaux, dont les États-Unis, l'Union européenne et le Canada. L'adoption de sanctions avait été réclamée par la principale figure de l'opposition, Aung San Suu Kyi.
Le régime n'a jamais fait d'ouverture démocratique réelle. Des élections organisées en mai 1990 se sont traduites par une victoire sans équivoque de la Ligue nationale pour la démocratie, dirigée par Aung San Suu Kyi. Le parti a récolté 82 % des sièges en jeu, mais la junte a refusé de céder le pouvoir. Mme Suu Kyi, fille d'un héros de l'indépendance, n'a pu briguer les suffrages, ayant été assignée à résidence l'année précédente. Elle aura été victime de ce régime pendant 14 des 20 dernières années.
Au lendemain des manifestations prodémocratiques de septembre 2007, les plus importantes depuis 1988, le régime a fait l'objet de nouvelles pressions des pays occidentaux. Le 10 mai 2008, il a organisé un référendum sur une nouvelle constitution, destinée à paver la voie à des élections législatives.
Lors de la révolte des moines birmans, à Rangoon, en septembre 2007
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PC/AP/Democratic Voice of Burma
Malgré le fait que le pays ait été dévasté par le cyclone Nargis quelques jours auparavant - la tragédie a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de sinistrés -, le régime a annoncé que 99 % des électeurs avaient voté, et que plus de 92 % d'entre eux avaient approuvé le projet.
La nouvelle Constitution comporte d'importants verrous pour la démocratie. Elle réserve 25 % des sièges aux militaires dans les deux chambres du Parlement. Qui plus est le chef de l'armée demeure plus important sur le plan hiérarchique que le premier ministre.
Des élections législatives ont finalement eu lieu le 7 novembre 2010. Sans surprise, deux partis pro-junte se sont taillé la part du lion. Le scrutin n'a pas été reconnu par les puissances occidentales, qui y ont vu un simulacre de démocratie.
Le scrutin s'est déroulé pendant qu'Aung San Suu Kyi demeurait assignée à résidence. Elle a été libérée une semaine après le scrutin. La Ligue nationale pour la démocratie, qui avait décidé de boycotter le scrutin, a été dissoute par la junte.