![]() Journaliste:François Messier Mise à jour le mardi 16 novembre 2010 à 11 h 57 La lutte pour la liberté du peuple birman
Aung San Suu Kyi naît le 19 juin 1945 dans la capitale birmane, Rangoon. Elle est la troisième enfant du général Aung San, fondateur et chef de l'armée de libération du pays et à ce titre héros de l'indépendance nationale, et de Daw Khin Kyi, infirmière à l'hôpital général de Rangoon. Son nom est un amalgame des noms de son père (Aung San), de sa grand-mère (Suu) et de sa mère (Kyi). La jeune Suu Kyi sera confrontée à la mort très tôt dans sa vie. Son père, devenu premier ministre d'un gouvernement de transition, est assassiné en juillet 1947, un an avant que la Birmanie ne devienne officiellement indépendante. Six ans plus tard, son frère cadet Aung San Lin, meurt noyé dans un petit lac situé près de la résidence familiale. En 1960, sa mère, Daw Khin Kyi, devenue elle aussi une figure publique depuis la mort de son mari, est nommée ambassadrice birmane en Inde. Aung San Suu Kyi étudie au Lady Shri Ram College de New Delhi jusqu'en 1964. À 20 ans, la jeune femme s'exile en Angleterre, où elle étudie la philosophie, la politique et l'économie à la prestigieuse université Oxford. Au cours de ses études, elle rencontre celui qui deviendra son mari, Michael Aris, étudiant en civilisation tibétaine. Après un bref séjour à New York, où elle travaillera brièvement aux Nations unies, Aung San Suu Kyi va rejoindre Michael Aris au Bhoutan, où il se trouve depuis cinq ans déjà, à titre de tuteur des enfants de la famille royale. Le couple se marie le 1er janvier 1972 et restera un an de plus Bhoutan. Ils rentrent ensuite en Angleterre, où Aung San Suu Kyi donne naissance à leurs deux fils, Alexander, né en 1973, et Kim, né en 1977. Aung San Suu Kyi consacre les années suivantes à élever sa famille, à aider son mari, devenu professeur d'études tibétaines à Oxford, mais aussi à effectuer diverses recherches. Elle écrit une biographie de son père en 1984, puis des livres d'initiation à l'histoire de la Birmanie, du Népal et du Bhoutan. Début de sa vie politique
Sa vie bascule au printemps 1988, lorsqu'elle apprend que sa mère est hospitalisée, gravement malade. Elle se rend alors à Rangoon et rapatrie sa mère dans la résidence familiale, située sur le bord du lac Inya. Daw Khin Kyi meurt neuf mois plus tard. Aung San Suu Kyi, elle, ne quittera plus jamais le pays. Le 23 juillet 1988, le général Ne Win, dictateur en poste depuis 1962, quitte ses fonctions, ouvrant la voie à des manifestations prodémocratiques. Le 8 août 1988, des milliers de Birmans réclamant une plus grande liberté sont tués par l'armée. La fille du héros de l'indépendance birmane entre en scène. Une semaine après le massacre, Aung San Suu Kyi écrit une lettre au gouvernement dans laquelle elle réclame la tenue d'élections libres. Le 26 août, entourée de son mari et de ses fils, elle donne un premier discours public devant la pagode Shwedagon devant des centaines de milliers de personnes. Elle réclame à nouveau des élections libres.
Le 18 septembre, la junte militaire réaffirme son pouvoir en créant le Conseil d'État pour la restauration de la Loi et de l'Ordre. Elle annonce la tenue d'élections, mais bannit du même coup les rassemblements politiques. Six jours plus tard, Aung San Suu Kyi crée néanmoins la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont elle prend la tête. Aung San Suu Kyi, alors âgée de 43 ans, défie immédiatement la junte en allant prononcer des discours dans toutes les grandes villes du pays. Le 5 avril 1989, dans la vallée de l'Irrawady, elle brave des soldats qui la tiennent en joue. Le 20 juillet, elle est finalement assignée à résidence, sans être accusée de quoi que ce soit et sans procès. Elle y passera 14 des 20 années suivantes. Reconnaissance internationale
Le 27 mai 1990, la LND remporte haut la main les élections avec plus de 82 % des sièges au Parlement, mais la junte refuse de reconnaître le résultat. Le sort d'Aung San Suu Kyi est maintenant connu partout dans le monde. Elle reçoit divers prix soulignant sa lutte pour les droits de la personne, dont le plus prestigieux, le prix Nobel de la paix, en 1991. Comme elle le fera à diverses reprises par la suite, Aung San Suu Kyi rejette une offre de la junte pour aller chercher son prix à Oslo. Elle dit craindre que le régime ne la laisse plus revenir au pays si elle devait le quitter. Ses fils accepteront le prix en son nom. La bourse associée de 1,3 million de dollars sera versée à un fond pour la santé et l'éducation des Birmans. En février 1994, toujours assignée à résidence, elle est autorisée pour une première fois à recevoir des visiteurs autres que les membres de sa famille. Elle accueille chez elle un émissaire des Nations unies, Jehan Raheem, le représentant américain Bill Richardson et un journaliste du New York Times. En septembre 1994, le chef de la junte, Than Shwe, la rencontre pour une première fois. Le 10 juillet 1995, elle est libérée après 6 ans de détention. Ses partisans sont euphoriques. Dès le lendemain, elle déclare à des journalistes qu'elle continuera de lutter pour la démocratie dans son pays et réclame un dialogue politique avec la junte. Elle demande au monde de ne pas investir en Birmanie tant que la démocratie n'y sera pas implantée. Dans la ligne de mire du régime
Débute alors une période de 5 ans au cours de laquelle elle sera en liberté étroitement surveillée. La junte lui met régulièrement des bâtons dans les roues, en l'empêchant à plusieurs reprises de quitter la capitale. Le harcèlement des membres de son parti se poursuit inlassablement. En 1999, la Dame de Rangoon, comme l'appellent les Birmans, refuse de se rendre au chevet de son mari, condamné par un cancer de la prostate, afin de pouvoir rester dans le pays. Michael Aris meurt à Londres, et sa femme lui rend hommage en recevant, tout de noir vêtue, 1000 convives à sa résidence de Rangoon. Elle l'aura vu une dernière fois en décembre 1995. En septembre 2000, après une nouvelle tentative avortée pour se rendre à l'extérieur de Rangoon, Aung San Suu Kyi est de nouveau arrêtée et assignée à résidence. Elle y restera cette fois jusqu'en mai 2002.
Au cours de cette période, son frère aîné U Aung San Oo, qui travaille comme ingénieur aux États-Unis, entreprend une poursuite pour mettre la main sur la maison familiale. U Aung San Oo, considéré comme proche de la junte, sera ultérieurement débouté par un tribunal birman. Cette seconde période de liberté surveillée d'Aung San Suu Kyi sera de courte durée. En mai 2003, la chef de la LND entreprend une tournée nationale pour souligner le 1er anniversaire de sa libération. Le 31 mai, après des affrontements entre des membres de son parti et des partisans du gouvernement, la junte annonce qu'elle a été placée en détention préventive. Les bureaux de son parti sont fermés. 6 ans d'assignation à résidence Elle sera hospitalisée en septembre 2003, puis renvoyée en convalescence chez elle, à Rangoon, assignée à résidence. Le lieu de sa détention entre mai et septembre n'a jamais été confirmé. Elle pourrait avoir été emprisonnée à la tristement célèbre prison d'Insein, lieu de prédilection pour la torture pratiquée contre les opposants par le régime. Elle n'a été que rarement vue depuis. Lors de la révolte des moines birmans, en septembre 2007, elle est apparue sur le seuil de la grille d'entrée de sa résidence, en pleurs, venue saluer les manifestants qui la réclamaient. Ces manifestations, les plus importantes depuis l'été 88, ont elles aussi été réprimées violemment et n'ont pas débouché sur des changements notables.
Cette assignation à résidence devait durer jusqu'à la fin du mois de mai 2009. À quelques jours de la date butoir, un Américain nage pour une raison inconnue jusqu'à sa résidence et y reste deux jours. Le régime accuse Aung San Suu Kyi d'avoir violé les conditions de son assignation à résidence. En août 2009, elle est reconnue coupable et condamnée à trois ans de prison, une peine commuée en 18 mois d'assignation à résidence. Cela suffit pour l'empêcher de prendre part à l'élection législative du 7 novembre, la première tenue au Myanmar en 20 ans. Aung San Suu Kyi a finalement été libérée une semaine plus tard, soit le 14 novembre 2010. Elle ne tarde pas à annoncer qu'elle compte poursuivre ses activités politiques. Reste à voir quelle latitude lui laissera la junte, qui continue de diriger le pays d'une main de fer. Radio-Canada.ca avecSite officiel d'Aung San Suu Kyi, Prix Nobel et CBC Fil international en continuMis à jour il y a 4 heures 14 minutesCorrespondants à l'étranger
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