![]() International UE - Embargo sur les produits du phoque Tollé au CanadaMise à jour le mercredi 6 mai 2009 à 9 h 43
Plus de peaux ni de produits dérivés du phoque sur les marchés européens. La décision a été votée mardi par 550 voix contre 49 par les députés européens, et 41 abstentions. Le règlement interdit toute commercialisation ou importation des produits du phoque dans les 27 pays membres de l'Union européenne dès 2010. Une dérogation est cependant prévue pour les produits du phoque issus de la chasse traditionnelle menée par les Inuits et d'autres communautés autochtones qui s'adonnent à cette activité pour leur subsistance. Neuf pays européens, soit la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Italie, l'Autriche, l'Allemagne, la France, la Slovénie et la République tchèque, ont déjà interdit ou annoncé leur intention d'interdire l'importation et la commercialisation des peaux et produits dérivés du phoque. Produits dérivés du phoque:
La part des échanges entre l'Union européenne (UE) et le Canada provenant des produits dérivés du phoque représente 6,6 millions de dollars, alors que le montant global des échanges est de 39 milliards de dollars. Le Canada et la Norvège ont déjà annoncé qu'ils allaient contester cette interdiction devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC). L'embargo de l'UE s'ajoute aux embargos décrétés par les États-Unis et le Mexique, deux des principaux partenaires commerciaux du Canada. La décision de l'Union européenne survient alors que le premier ministre Stephen Harper est arrivé à Prague pour participer au lancement des négociations sur un partenariat économique avec l'UE. Ottawa prêt à saisir l'OMC « Si l'UE impose une interdiction sur les produits du phoque, celle-ci doit comporter une exemption pour tout pays, comme le Canada, où il existe des lignes de conduite strictes visant des pratiques de chasse au phoque sans cruauté et durables », a déclaré le ministre fédéral du Commerce international, Stockwell Day.
« Si aucune exemption acceptable n'est intégrée, le Canada contestera l'interdiction devant l'Organisme mondial du commerce (sic) », a ajouté M. Day. Ottawa compte par ailleurs poursuivre ses efforts pour « contrer la campagne de désinformation menée par des groupes de pression professionnels engagés contre la chasse au phoque ». Pour sa part, la ministre fédérale des Pêches et Océans, Gail Shea, a souligné que cet embargo aurait « des effets dévastateurs pour des milliers de familles canadiennes des collectivités côtières, qui tirent de 25 à 35 % de leurs revenus annuels de la chasse au phoque ». Elle a ajouté que les impacts risquent d'être d'autant plus graves en cette période économique difficile. Québec: l'Assemblée nationale condamne Au Québec, à l'exception d'Amir Khadir, tous les députés de l'Assemblée nationale ont condamné, dans une motion, l'embargo européen sur les produits du phoque canadiens. Ils ont aussi demandé à Ottawa de contester cette décision devant l'OMC. Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard, a indiqué que cet embargo risque de priver les chasseurs des Îles-de-la-Madeleine de 30 % leurs revenus. Selon lui, la décision des parlementaires européens est basée sur le prétexte « fallacieux » de l'abattage inhumain des bêtes. « Il faut que le rationnel retrouve sa place dans le débat. Si ça continue, ils vont nous empêcher de pêcher à la ligne », a ironisé le ministre Lessard. Seul le député de Québec solidaire s'est abstenu de voter pour la motion, estimant que son parti ne reconnaît pas l'OMC comme cadre de résolution des conflits commerciaux. Il a toutefois précisé qu'il ne partageait pas le malaise européen face à cette chasse. Déception et inquiétude « Le Canada n'a d'autre choix que de réagir très fermement cette fois-ci », a déclaré Mary Simon, présidente de l'Inuit Tapiriit Kanatami, principale organisation inuite canadienne. Tout en se déclarant « atterrée », elle a demandé à Stephen Harper de tenir son engagement de porter l'affaire devant l'OMC.
Au sujet de la dérogation prévue pour la chasse traditionnelle des Inuits, Mme Simon a estimé que cela n'aiderait pas les communautés inuites, car les marchés pour ce produit auront été détruits. « Comme les chefs inuits l'ont souligné à travers l'Arctique, quand on détruit un marché pour un groupe, il est détruit pour tous », a ajouté Mary Simon. Joël Arseneau, maire des Îles-de-la-Madeleine, a déploré la décision de l'Union européenne. Il a indiqué que cette interdiction représentait un défi pour l'industrie, qui devra trouver d'autres marchés. M. Arseneau a déclaré qu'il ne pouvait pas, dans l'immédiat, chiffrer l'impact économique de cette décision. Le maire des Îles-de-la-Madeleine a précisé que des entreprises ont déjà commencé à explorer d'autres secteurs, comme ceux de la médecine et de la pharmacie. Selon la sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette, la campagne menée par le Canada pour prévenir l'interdiction européenne a été menée « en retard et n'était pas assez vigoureuse ». Mme Hervieux-Payette croit que les députés européens ont été influencés par des campagnes de communication très efficaces. Les députés « ont cédé au chantage » des lobbies, selon elle. Même si elle croit que le Canada doit déposer une plainte au niveau de l'OMC, Mme Hervieux-Payette est convaincue que la procédure de règlement prendra plusieurs années et les compensations, dans le cas où elles seraient accordées au Canada, seraient dérisoires en comparaison avec les pertes subies. Les lobbys sont satisfaits Brigitte Bardot, l'ancienne actrice française reconvertie à la cause animale, a été très émue de cette décision, qui est l'aboutissement d'un « combat sans répit de 32 ans ». « Je suis dans cet état un peu magique, sur un petit nuage, un peu comme si l'on était atteint d'une maladie incurable et qu'on vous annonçait tout à coup que, par miracle, vous êtes guérie », a-t-elle déclaré. L'organisation Humane Society International s'est réjouie de la décision de l'UE, qualifiée d'historique. « Cette interdiction marque le début de la fin du massacre des phoques au Canada, un massacre que le monde entier réprouve », a déclaré Rebecca Aldworth, directrice de Humane Society International/Canada. Dès lundi, un phoque géant avait été gonflé devant l'entrée du Parlement européen par les militants du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Et un écran diffusait des images de chasseurs glissant sur la banquise à la poursuite de jeunes phoques (blanchons) assommés d'un coup de massue et éventrés alors qu'ils étaient encore vivants. La chasse aux blanchons est interdite au Canada depuis 1987. Le Canada au premier rang Au Canada, le quota de phoques tués est de 338 000 phoques pour 2009. Et il y a environ 6000 chasseurs de phoque au pays. La Norvège a de son côté autorisé l'abattage de 47 000 phoques adultes cette année. Selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), près de 750 000 phoques d'au moins 15 espèces sont abattus et dépecés chaque année à des fins commerciales. Le Canada, le Groenland et la Namibie comptent pour environ 60 % de la totalité des phoques abattus en 2006. Radio-Canada.ca avec Presse canadienne et Agence France Presse
En profondeur
Sommet Canada-Union européenne
audio-vidéo
Le Canada et l'Union européenne se réunissent à Prague pour discuter de la libération de leurs échanges commerciaux. Chasse au phoque : désastre écologique ou économique?Depuis la diffusion d'un film à Radio-Canada en 1964, la chasse au phoque soulève des passions et des questions.
Denis Ferland rapporte la réaction de Stockwell Day, ministre du Commerce international.
La réaction de la Fondation Brigitte-Bardot
Les chasseurs de phoque des Îles-de-la-Madeleine critiquent Ottawa suite à la décision européenne, rapporte Réjean Sirois.
L'entrevue avec Bernard Guimond, président de Produits du loup-marin Tamasu
Daniel Thibeault résume les réactions à Ottawa.
Manon Globensky est à Prague à la veille de la rencontre Canada-Union européenne.
Le Canada prépare sa réplique, explique Julien Lafille.
Le ministre Christian Paradis réagit à la décision européenne.
Le reportage de Maxence Bilodeau sur la campagne qui a mené au boycott européen.
Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneault, réagit à l'interdiction de la vente de produits du phoque en Europe.
Réactions de Richard Vigneault, vice-président de l'Association des chasseurs de loups-marins des Îles-de-la-Madeleine
Réactions de la sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette à l'interdiction de la vente de produits du phoque en Europe.
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