Robert Gates
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AP/Gerry Broome
Condoleeza Rice a été le premier membre de l'administration Bush à donner son feu vert aux techniques d'interrogatoires controversées, en 2002. Et malgré des appels en ce sens, le président Obama ne souhaite pas tenir de commision d'enquête indépendante sur la question.
Après Barack Obama, c'est au tour du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, de voler au secours des agents de la CIA qui ont pratiqué des techniques d'interrogatoire musclées et controversées contre des terroristes présumés.
Le chef du Pentagone estime que ces agents ne devraient pas être poursuivis en justice, même si les pratiques dont ils ont été les auteurs sont assimilées à de la torture.
« La chose qui m'a le plus inquiété, c'était en premier lieu la protection des agents de la CIA impliqués dans ces interrogatoires, et qui ont agi en conformité avec les directives juridiques du département de la Justice », a souligné M. Gates
Celui qui a dirigé la CIA de 1991 à 1993 a ajouté avoir « senti qu'il était important de les protéger contre tout type de poursuite ».
Des notes secrètes du département de la Justice, rendues publiques récemment après le consentement du président Obama, font état du recours des agents de la CIA à des méthodes musclées lors d'interrogatoires de terroristes présumés. Barack Obama a ordonné l'abandon de ces techniques mises en place sous l'administration Bush.
Ces documents offraient en fait à la CIA la couverture juridique pour infliger à des terroristes présumés des traitements censés les faire parler, comme la simulation de noyade.
Mardi, le président Obama avait laissé la porte ouverte à des poursuites contre d'anciens membres de l'administration Bush ayant fourni cet argumentaire juridique. Il a néanmoins répété qu'il serait « inapproprié » d'engager des poursuites contre les agents de la CIA qui auraient conduit les interrogatoires.
Les hauts responsables de l'administration Bush en cause
Un rapport de la commission du renseignement du Sénat américain, publié mercredi, révèle que la CIA a demandé dès mai 2002 de pouvoir utiliser des méthodes musclées d'interrogatoire de suspects de terrorisme.
Condoleezza Rice, à l'époque conseillère à la sécurité nationale, a été la première haut responsable de l'administration Bush à approuver ces techniques largement considérées comme de la torture.
Condoleezza Rice (Archives)
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PC/AP Photo/Gerald Herbert
Selon des documents de la CIA cités dans le rapport du Sénat, Mme Rice avait donné un avis positif « pour que la CIA puisse procéder à l'interrogatoire prévu d'Abou Zoubaydah », soupçonné d'être un haut responsable d'Al-Qaïda, au terme d'une rencontre, à la mi-juillet 2002, avec George Tenet, alors directeur de l'agence de renseignement.
La CIA a finalement eu l'autorisation du ministère de la Justice, alors dirigé par John Ashcroft, d'utiliser des méthodes musclées d'interrogatoire neuf jours plus tard, soit le 26 juillet 2002.
D'autres hauts responsables de l'administration Bush sont en cause. Toujours selon le rapport du Sénat, outre Mme Rice et M. Ashcroft, le vice-président de l'époque, Dick Cheney, et Alberto Gonzales, alors conseiller juridique à la Maison-Blanche, « ont réaffirmé que le programme de la CIA était légal et reflétait la politique de l'administration de l'utilisation de la simulation de noyade, entre autres » après une réunion avec George Tenet en juillet 2003.
L'ex-vice-président Cheney continue encore aujourd'hui de défendre ces politiques. « Sachez que nous avons obtenu des informations précieuses grâce à ces méthodes », a-t-il récemment déclaré à la télévision américaine.
La CIA a soumis 183 fois celui qui est considéré comme le cerveau des attentats du 11 septembre 2001, Khaled Cheikh Mohammed, à la méthode de la simulation de noyade et au moins 83 fois Abou Zoubaydah, indique un mémo du département de la Justice datant de 2005 rendu public lundi dernier.
La boîte de Pandore
L'éventualité de poursuites contre les responsables de ces techniques d'interrogatoire musclées est loin de faire l'unanimité. « Lancer de telles procédures aura, nous le croyons, des effets négatifs sur la franchise avec laquelle les responsables de toute administration offrent leurs meilleurs avis », ont déclaré trois sénateurs de renom, parmi lesquels l'adversaire d'Obama à la présidentielle, le républicain John McCain.
De son côté, le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid, s'est dit opposé pour le moment à la création d'une commission d'enquête indépendante sur les méthodes d'interrogatoires de l'ère Bush. « Je pense qu'il serait tout à fait contre-indiqué de commencer à avoir des commissions, comités et tribunaux, avant de connaître les faits », a-t-il dit.
Les parlementaires démocrates ont quant à eux renouvelé leur souhait de créer dans un premier temps une commission d'enquête parlementaire. La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a espéré qu'une « commission vérité » pourrait « lever tous les doutes sur les valeurs qui dictent la façon dont nous protégeons le peuple américain ».