Quand Washington se rapproche de Caracas

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Hugo Chavez offre un livre sur l'Amérique latine à Barack Obama Hugo Chavez offre un livre sur l'Amérique latine à Barack Obama   © AFP/AFP

Après avoir échangé vendredi une poignée de main qui a fait le tour du monde et la une de tous les quotidiens d'Amérique latine, le rapprochement entre le président vénézuélien Hugo Chavez et Barack Obama s'est poursuivi dans le cadre du Sommet des Amériques, à Trinité-et-Tobago.

Les États-Unis et le Venezuela évoquent le retour en poste de leurs ambassadeurs respectifs. L'approche « d'égal à égal » annoncée par le président américain dans ses rapports avec l'Amérique latine semble donner ses premiers fruits.

Dans un communiqué publié samedi soir, le département d'État américain a confirmé que le président Chavez et la secrétaire d'État Hillary Clinton avaient discuté du retour en poste de leurs ambassadeurs respectifs. « C'est un développement positif qui aidera à faire avancer les intérêts américains et le département d'État va maintenant oeuvrer dans ce but », a déclaré le porte-parole Robert Wood.

Hugo Chavez a proposé de nommer un ancien ministre des Affaires étrangères, Roy Chaderton, au poste d'ambassadeur à Washington. M. Chaderton est l'actuel représentant du Venezuela au sein de l'Organisation des États américains (OEA).

Les relations diplomatiques entre Caracas et Washington sont suspendues depuis septembre 2008. Le président Chavez avait expulsé l'ambassadeur américain, en raison d'une présumée tentative de coup d'État à son endroit. Les États-Unis avaient expulsé l'ambassadeur vénézuélien à Washington en guise de représailles.

Le président Chavez s'est permis samedi d'offrir à son homologue américain Les Veines ouvertes de l'Amérique latine, un livre de l'Uruguayen Eduardo Galeano, qui traite du pillage des ressources de l'Amérique latine du 15e au 20e siècle.

« J'ai cru que c'était un livre de Chavez lui-même [...]J'étais sur le point de lui donner l'un des miens », a commenté plaisamment Barack Obama.

« Ce livre est un monument de notre histoire latino-américaine [...]Il nous permet de tirer des leçons de l'histoire, de cette histoire que nous devons construire », a commenté pour sa part Hugo Chavez, qui signe Pour Obama, affectueusement.

Une ère de conciliation

Hugo Chavez s'adresse à Barack Obama lors du Sommet des Amériques. Hugo Chavez (à droite) s'adresse à Barack Obama lors du Sommet des Amériques.   © AP/Andres Leighton

Le président américain semble avoir réussi à mettre en pratique cette approche « d'égal à égal » promise vendredi dans son discours d'ouverture au Sommet des Amériques.

Tant les présidentes du Chili et de l'Argentine que le président de l'Équateur, pourtant un des plus critiques de Washington, ont eu de bons mots pour Barack Obama, au sortir d'une réunion, samedi en matinée.

« C'est le début d'une nouvelle ère très intéressante dans la relation entre l'Amérique du Sud et les États-Unis », a déclaré à la presse le président équatorien Rafael Correa, son homologue argentin ajoutant « qu'un dialogue différent a été ouvert, plus horizontal, entre les pays des Amériques ».

Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, a pour sa part prédit un résultat « très positif » pour le sommet.

Le président américain participait toute la journée à des séances plénières et des groupes de travail, et a inséré ça et là des rencontres bilatérales. Barack Obama a rencontré brièvement à midi le premier ministre canadien. Un porte-parole de Stephen Harper a indiqué que les deux hommes avaient parlé de leurs plans respectifs de relance de l'économie et de création d'emploi.

Le président bolivien a pour sa part profité des bonnes dispositions du président américain pour réclamer qu'il condamne les complots qu'orchestrerait à son encontre l'opposition, un geste que l'ex-président George W. Bush s'était abstenu de faire. Evo Morales accuse régulièrement la Maison-Blanche de soutenir ses adversaires. Il a expulsé l'an dernier l'ambassadeur américain à La Paz.

Vendredi, le président américain avait dit vouloir donner une nouvelle orientation aux relations cubano-américaines, une annonce bien accueillie par les leaders latino-américains, qui réclament tous, certains plus vite que d'autres, la levée à terme de l'embargo américain.

Stephen Harper délie les cordons de la bourseLe premier ministre du Canada a annoncé l'octroi d'une enveloppe de 4 milliards de dollars à la Banque Interaméricaine de développement. Cette organisation prête ou donne de l'argent à 26 pays d'Amérique latine et des Caraïbes, afin de leur permettre de se développer.

Il a aussi rencontré samedi les dirigeants de 15 pays des Caraïbes au sujet d'un accord de libre-échange. Mais plusieurs d'entre eux expriment des doutes quant aux éventuels bénéfices d'un tel accord, alors que les inégalités entre riches et pauvres demeurent importantes dans leurs pays. Stephen Harper estime toutefois que très peu de pays remettent en cause le bien-fondé des accords commerciaux.

D'autre part, le premier ministre s'est entretenu en privé avec son homologue américain Barack Obama. Stephen Harper estime que la tentative de rapprochement des États-Unis avec l'Amérique latine aidera la stratégie du Canada dans la région, qui consiste aussi à resserrer les liens avec ces pays, selon lui.

Quant à l'embargo des États-Unis sur Cuba, M. Harper estime qu'il est inefficace. « Si l'on veut voir un développement positif à Cuba, [...] si l'on veut briser le modèle économique socialiste étatique, je ne pense pas qu'un embargo commercial soit la façon d'y parvenir. Nous serions évidemment favorables à une autre méthode », a-t-il déclaré.

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