Tollé. La divulgation des techniques d'interrogatoire de la CIA a placé l'administration présidentielle sous un feu croisé de critiques, tant de la part d'associations de droits de l'homme que de conservateurs mécontents.
Leurs raisons diffèrent, mais leurs réactions sont similaires: des associations des droits de l'Homme et des républicains tancent l'administration Obama suite à la divulgation des techniques d'interrogatoire de la CIA.
©
AFP/Saul Loeb
Jeudi, le président américain Barack Obama avait autorisé le département de la Justice à publier quatre documents secrets détaillant certaines techniques d'interrogatoire utilisées par des agents de la CIA à l'endroit de membres d'Al-Qaïda, entre 2002 et 2005.
« Nous n'utiliserons plus ces techniques à l'avenir. Mais nous défendrons absolument ceux qui se sont conformés à ces notes internes et ces directives », a expliqué Dennis Blair, le directeur du renseignement américain (DNI) de Barack Obama, dans un communiqué. Le président lui-même a affirmé que les agents de la CIA chargés des interrogatoires « ont fait leur devoir ».
« Une des plus grandes déceptions de cette administration »
De quoi irriter les associations de droits de l'homme, qui réclament des comptes depuis des mois. « Le département de la Justice semble offrir un sauf-conduit de sortie de prison à des individus qui, selon le ministre de la Justice Eric Holder lui-même, étaient impliqués dans des actes de torture », s'insurge le directeur général d'Amnesty International, Larry Cox.
L'un des porte-parole de l'organisation, Daniel Gorevan, a assuré à l'Agence France Presse qu'Amnistie espérait toujours des poursuites.
Les deux associations à l'origine du recours juridique qui a provoqué cette divulgation, le CCR et l'ACLU, se montrent tout autant critiques. Le CCR estime que « c'est une des plus grandes déceptions de cette administration qui semble réticente à faire respecter la loi là où des crimes ont été commis par d'anciens responsables ».
Quant à l'ACLU, elle a qualifié d'« intenable » la position du président Obama sur l'absence de poursuites. « Appliquer les lois du pays ne devrait pas être une décision politique », ajoute l'organisme dans un communiqué.
Les républicains sautent dans l'arène
De leur côté, les anciens du camp Bush écorchent M. Obama, mais pour des raisons bien différentes. Deux hauts responsables de l'ancienne administration ont dénoncé vendredi la publication des notes internes, affirmant qu'elle informe les terroristes et affaiblit l'espionnage américain.
« La publication de ces notes n'était pas nécessaire en termes de droit et n'est pas saine en termes de politique », affirment l'ancien directeur de la CIA, le général Michael Hayden, et l'ancien ministre de la Justice Michael Mukasey dans le Wall Street Journal.
Même son de cloche du côté du sénateur républicain Christopher Bond, membre de la commission du renseignement: « Nul besoin d'un analyste du renseignement pour se rendre compte que livrer à Al-Qaïda les techniques exactes utilisées lors d'un interrogatoire est une bien mauvaise idée ».
Certains démocrates ont toutefois soutenu le président, notamment le représentant Jerrold Nadler, qui préside la commission sur la Constitution, les droits et les libertés civiles. Mais M. Nadler a appelé à une enquête indépendante, avant d'ajouter que « cette enquête ne doit pas être une chasse aux sorcières ».