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AFP/Alex Wong/Getty Images
Le président américain Barack Obama a autorisé jeudi le département de la Justice à publier quatre documents secrets détaillant certaines techniques d'interrogatoire utilisées par des agents de la CIA à l'endroit de membres d'Al-Qaïda entre 2002 et 2005. Il a pris soin de préciser qu'aucun agent ne serait poursuivi pour avoir utilisé ces techniques, approuvées par une division du département de la Justice, l'Office of Legal Counsel (Bureau du conseiller juridique).
La Maison-Blanche publie des documents détaillant les méthodes d'interrogatoire utilisées par la CIA avec l'approbation du département de la Justice lors des années Bush.
Le premier document, datant d'août 2002, a donné le feu vert à la CIA pour utiliser une dizaine de techniques différentes à l'endroit d'Abu Zubaydah. Il détaille la façon de faire préconisée par le département de la Justice. Les trois autres documents visaient à rassurer la CIA sur le fait que ces techniques étaient toujours légales, malgré les lois et les traités internationaux.
Du waterboarding aux insectes
Les documents, dévoilés malgré la vive opposition des services américains de renseignements, offrent les détails les plus crus sur ces techniques, dont certaines sont considérées comme de la torture par les Nations unies, voire par des membres de l'administration Obama dans le cas de la simulation de noyade.
L'utilisation recommandée de cette technique, connue sous le nom anglais de waterboarding, est d'ailleurs bien encadrée dans le document d'août 2002. On y précise ainsi que le détenu, couché sur une planche inclinée à 10 ou 15 degrés, doit avoir le visage couvert, avant qu'on ne lui verse de l'eau sur le visage, à une hauteur de 12 à 18 pouces, pour des périodes de 20 à 40 secondes à la fois.
Les documents permettent d'en apprendre davantage sur ces techniques, dites « de base », « coercitives » ou « correctrices », dont l'utilisation visait à obtenir des renseignements de la part de détenus qui ne collaboraient pas avec les autorités. Ils permettent également d'apprécier les arguments légaux utilisés par l'Office of Legal Counsel pour justifier le recours à ces méthodes.
On y apprend notamment que la CIA voulait profiter de l'entomophobie d'Abu Zubaydah pour l'enfermer dans un espace restreint avec un insecte. Le département de la Justice soutient que les enquêteurs ne peuvent aller de l'avant que s'ils informent le détenu que la morsure ou la piqûre de l'insecte ne peut entraîner la mort ou de graves douleurs. La technique n'a finalement pas été utilisée.
Un arsenal de techniques
Au total, les documents sanctionnent l'autorisation de 12 autres techniques, selon une recension faite par le New York Times: recours à la nudité pour humilier les prisonniers, privation de sommeil, altération de l'alimentation, coups au visage ou au ventre, confinement dans des espaces restreints, douches d'eau glacée, etc.
Ils précisent aussi la simultanéité possible de différentes techniques. La simulation de noyade, expliquait-on, ne peut ainsi être utilisée qu'avec les techniques d'altération de l'alimentation et de privation de sommeil. La privation de sommeil ne devait pour sa part être utilisée que sous supervision médicale.
Impunité pour les agents de la CIA
La publication de ces documents s'est heurtée à une vive opposition de la CIA. L'agence américaine du renseignement craint que leur dévoilement n'ouvre la voie à d'autres enquêtes sur cette époque, voire à des accusations en bonne et due forme. Le président Obama a précisé jeudi que les agents qui se sont conformés aux règles du département de la Justice ne seront pas poursuivis.
Le président Obama, qui publie les documents en raison d'un recours juridique intenté par l'American Civil Liberties Union (ACLU) et le Center for Constitutional Rights (CCR), n'a pas explicitement abordé la question de la responsabilité juridique des avocats qui ont autorisé l'utilisation de ces techniques ou des agents qui auraient dépassé les limites établies.
Toutes ces méthodes d'interrogation ont été bannies par Barack Obama au surlendemain de son assermentation. Le président américain a sommé tout le personnel américain de s'en tenir aux méthodes d'interrogations décrites dans le Manuel de terrain de l'armée, qui interdit le recours à la coercition.