Violents affrontements

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press, Reuters et BBC
Une manifestante à genou devant un soldat à Bangkok en Thaïlande   © AFP/Christophe Archambault

Une première véritable intervention de l'armée contre les manifestants dans la capitale thaïlandaise, Bangkok, a fait au moins 2 morts et une centaine de blessés, lundi.

Une intervention de l'armée pour disperser des partisans de l'ex-premier ministre à Bangkok se solde par un bilan d'au moins 2 morts et 100 blessés. Quelque 4000 manifestants entourent toujours le siège du gouvernement.

Un affrontement a d'abord éclaté au carrefour stratégique Din Daeng. Les membres des « chemises rouges », partisans de l'ancien premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra, ont attaqué les soldats à coup de pavés et de cocktail Molotov. Ils ont aussi brûlé des autobus et des pneus au milieu de la voie. Des groupes ont même réussi à encercler et à s'emparer de blindés.

L'armée a riposté avec des gaz lacrymogènes et des tirs de semonce, à l'aide de balles réelles. Certains de ces tirs ont toutefois atteint des manifestants, dont deux en sont morts.

Les militaires s'étaient montrés très réticents ces derniers mois à sévir contre les manifestants. Leur intervention restait encore mesurée, lundi.

Environ 4000 opposants se trouvent toujours autour du siège du gouvernement, et n'ont pas encore été délogés. La loi d'urgence en vigueur prohibe les rassemblements de plus de cinq personnes.

Des militaires se déplaçant en camion se sont déployés près de l'édifice gouvernemental. Les manifestants ont incendié un bâtiment du ministère de l'Éducation et sept autobus dans les environs. On rapporte que d'épaisses colonnes de fumée noire sont visibles au-dessus de la ville.

Dans une allocution télévisée, le commandant suprême des forces armées, Songkitti Jaggabatara, a soutenu que les militaires utiliseraient tous les moyens possibles pour rétablir l'ordre. « Nous n'utiliserons pas la force pour réprimer notre propre peuple, car nous sommes pleinement conscients qu'ils sont tous Thaïlandais, a déclaré le commandant. Mais nous nous réservons le droit de faire usage des armes en état de légitime défense. »

Un porte-parole du gouvernement a indiqué que la sécurité avait été rétablie dans les ports, les aéroports et les infrastructures majeures.

Des journalistes sur place ont pu constater que de nombreux touristes étrangers tentent de fuir Bangkok.

Le ministère canadien des Affaires étrangères a recommandé à ses ressortissants d'éviter la capitale thaïlandaise.

Selon Ottawa, les voyageurs doivent éviter les endroits où se tiennent les manifestations, en raison de l'instabilité de la situation. Le ministère canadien recommande de suivre l'évolution de la situation dans les médias thaïlandais, en raison d'une menace d'attentats toujours réelle.

L'armée thaïlandaise intervient pour disperser les manifestants. L'armée thaïlandaise intervient pour disperser les manifestants.   © AFP/Nicolas Asfouri

État d'urgence

Le gouvernement a décrété l'état d'urgence dans la capitale et dans les environs, au lendemain d'une manifestation d'opposants qui a fait dérailler un important sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), qui se tenait dans une station balnéaire du pays.

Le premier ministre Abhisit Vejajjiva Le premier ministre Abhisit Vejajjiva.   © AFP/POOL

Le premier ministre Abhisit Vejajjiva, qui fait face depuis des mois à la grogne des « chemises rouges », a avancé avoir fait jusqu'ici preuve de tolérance, mais que ces derniers avaient été trop loin.

L'annulation du sommet est une gifle pour le premier ministre qui avait présenté la tenue de cet événement comme une preuve du retour à la normale en Thaïlande. Il a présenté les prochains jours comme un test crucial sur la capacité de son gouvernement à ramener l'ordre et la paix au pays.

Les ardeurs des « chemises rouges » ont été alimentées par l'interpellation du chanteur populaire Arismun Pongreungrong, une figure de leur mouvement.

L'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra L'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra (archives)   © AFP/Pornchai KITTIWONGSAKUL

Le leader des opposants en exil, Thaksin Shinawatra, a remercié les militaires qui avaient observé jusque-là une retenue, dans une intervention téléphonique retransmise en direct devant ses partisans.

« [Les soldats ] peuvent venir rejoindre les chemises rouges pour nous aider à obtenir la démocratie pour le peuple », a ajouté l'ancien magnat des télécommunications, encourageant ses partisans à poursuivre les manifestations. Rappelons que M. Thaksin, renversé par des généraux royalistes en 2006 et condamné pour corruption, est en exil depuis ce temps.

Les « chemises rouges » multiplient les gestes de protestations depuis des mois en vue d'obtenir la démission du premier ministre. Abhisit Vejjajiva a pris la tête du gouvernement le 15 décembre dernier, à l'issue de manifestations royalistes qui avaient entraîné le renversement du gouvernement pro-Thaksin d'alors.

C'est la troisième fois en moins de huit mois que les autorités imposent l'état d'urgence dans la région de Bangkok.

Un manifestant brandit un drapeau thaïlandais derrière un pneu qui brûle à Bangkok, en Thaïlande   © AFP/Christophe Archambault
Des « chemises rouges » manifestent devant le ministère de l'Intérieur. Des « chemises rouges » manifestent devant le ministère de l'Intérieur.   © AFP/Christophe Archambault

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