L'ONU inquiète, mais pas unie

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et BBC
Émission de télévision à Séoul, en Corée du Sud, sur le lancement d'un missile en Corée du Nord Une émission spéciale a été diffusée en Corée du Sud sur le tir nord-coréen.   © AFP/Kim Jae-hwan/Topshots

Une rencontre d'urgence du Conseil de sécurité, à la suite du lancement d'une fusée par la Corée du Nord, mais qui pourrait être en réalité un missile longue portée, n'a finalement donné aucun résultat concret, dimanche.

Le Conseil de sécurité de l'ONU est divisé sur la réaction au tir nord-coréen d'une fusée qui pourrait être un test de missile balistique. Les Occidentaux prônent la fermeté, tandis que la Chine et la Russie plaident pour la retenue.

Le président du Conseil en avril, l'ambassadeur du Mexique à l'ONU, Claude Heller, a indiqué, dans un communiqué laconique lu à la presse, que les 15 membres étaient « d'accord pour poursuivre leurs consultations sur la réponse appropriée à apporter par le Conseil, conformément à ses responsabilités, étant donné la gravité de la question ».

Si le lancement était en réalité un test d'un missile balistique Taepodong-2, comme le pensent les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, il s'agirait d'une violation de la résolution 1718 du Conseil de sécurité. Celle-ci interdit à la Corée du Nord de mener des activités liées aux missiles balistiques.

Les avis se polarisent en deux camps

Deux groupes de pays s'affrontaient dimanche à l'ONU au sujet de la réponse à donner au geste de Pyongyang.

D'un côté, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, des membres permanents du Conseil disposant d'un droit de veto, ainsi que le Japon, préconisent une condamnation ferme et claire du tir nord-coréen. La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a jugé évoqué une initiative « provocatrice », qui aurait de « graves implications ».

« La Corée du Nord a ignoré ses obligations internationales, rejeté les appels sans équivoque à la retenue et s'est isolée davantage encore de la communauté des nations. » — Hillary Clinton

De l'autre côté, la Chine et la Russie, qui disposent aussi d'un droit de veto, ainsi que la Libye, l'Ouganda et le Vietnam prônent la retenue. Ils craignent qu'une réaction trop vive compromette les pourparlers en cours sur le démantèlement des capacités nucléaires de la Corée du Nord, qu'on appelle aussi les Pourparlers à six (Corées du Nord et du Sud, Chine, Russie, États-Unis, Japon).

Par ailleurs, le gouvernement japonais a annoncé qu'il tiendrait une réunion vendredi prochain pour décider de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord.

Secousse diplomatique

Le leader nord-coréen Kim Jong-il, le 24 mars 2009 Le leader nord-coréen Kim Jong-il, le 24 mars 2009   © AFP/KCNA via KNS

Tant Séoul que Washington jugent sans fondement les prétentions de Pyongyang, qui soutient avoir réussi à mettre en orbite un satellite de communication. Un média officiel nord-coréen a annoncé que le satellite transmettait déjà des données et des odes patriotiques aux dirigeants Kim Jong-il et Kim Il-sung, mais l'armée américaine affirme qu'aucun satellite n'a été placé en orbite.

De passage à Prague, d'où il a renouvelé le plaidoyer bushien en faveur du bouclier antimissile, le président Barack Obama a fustigé le geste nord-coréen.

« Je pense qu'ils ont agi de manière provocatrice, et cela favorise l'instabilité dans la région et dans le monde. Cette provocation souligne la nécessité d'agir, en plus de la réunion de cet après-midi du Conseil de sécurité, pour enrayer la propagation de ces armes. » — Barack Obama

L'Europe, par la voie de la République tchèque, qui assure la présidence tournante, a « fermement condamné » ce tir et appelé Pyongyang à « suspendre immédiatement toutes les activités liées au programme de développement de missiles balistiques et à renoncer de manière définitive aux armes nucléaires ainsi qu'à son programme nucléaire ». Elle rejoint ainsi les condamnations japonaises et sud-coréennes, ainsi que les inquiétudes canadiennes.

Selon l'Américain Gary Samore, coordinateur de la présidence responsable du contrôle des armements, l'essai pratiqué par Pyongyang constitue une menace pour la Corée du Sud et pour le Japon, mais également pour la Russie et la Chine.

La Corée du Nord avait provoqué deux crises internationales en 1998 puis en 2006 en procédant à des tirs de missiles à longue portée. Le tir de 2006 avait été unanimement condamné à l'ONU, entraînant le vote de résolutions.

Puissance nucléaire depuis 2006, la Corée du Nord a proclamé son droit de développer un programme spatial à des fins pacifiques, au même titre que l'Iran qui a placé en orbite, début février, son premier satellite.

De nombreux pays occidentaux, au premier chef les États-Unis, estiment que la Corée du Nord, à l'instar d'ailleurs de l'Iran, cherche à développer une capacité militaire nucléaire, sous couvert d'activités civiles.

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