À quelques heures de l'ouverture du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), le président Obama a livré vendredi, à Strasbourg, un plaidoyer en faveur d'un renouvellement de l'alliance historique entre les États-Unis et l'Europe.
De passage en France pour le 60e anniversaire de l'Alliance Atlantique, le président Barack Obama tente de restaurer le prestige des États-Unis en Europe et plaide pour une coopération accrue entre alliés, en particulier en Afghanistan.
Poignée de main entre Barack Obama et Nicolas Sarkozy
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PC/AP/Christophe Ena
Lors d'une conférence de presse conjointe donnée avec le président français Nicolas Sarkozy, puis lors d'un discours prononcé devant des milliers de personnes rassemblées dans un gymnase de Strasbourg, le président Obama a poursuivi l'un de ses objectifs déclarés: restaurer le prestige des États-Unis dans le monde, de manière à renforcer ses alliances stratégiques.
M. Obama a abordé différents sujets d'intérêt multilatéral depuis le début de son séjour en sol français, dont l'économie mondiale, les armes nucléaires et la lutte contre les changements climatiques. Plusieurs de ses commentaires ont toutefois porté sur la guerre en Afghanistan, pour laquelle il a dévoilé la semaine dernière une nouvelle stratégie.
Cette stratégie, a-t-il rappelé devant un public chaleureux, « aura une composante militaire et l'Europe ne devrait pas s'attendre à ce que les États-Unis portent seuls ce fardeau. Parce que c'est un problème qui nous est commun. Et il nécessite un effort conjoint ».
La nouvelle stratégie du président Obama établit clairement que l'objectif des États-Unis dans la région consiste à vaincre Al-Qaïda. Elle préconise un renforcement de l'armée et de la police afghanes, la reconstruction des institutions civiles, une meilleure gouvernance de la part du gouvernement et une concertation internationale accrue.
Depuis le début de la guerre, en 2001, les pays qui se battent contre les talibans dans le sud-est du pays - les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et les Pays-Bas - demandent que les autres pays européens de l'OTAN contribuent davantage à l'effort de guerre, mais en vain. Le sommet de l'OTAN, qui s'est ouvert vendredi soir avec un dîner officiel, constituera une nouvelle occasion pour les Américains de revenir à la charge à ce sujet.
Plus tôt dans la journée, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, avait lui-même évoqué le sujet lors d'une entrevue accordée au réseau américain CNN. « L'Afghanistan, a-t-il dit, ne devrait pas être ou devenir la guerre du président Obama, mais l'objet d'un effort conjoint de tous les alliés. Tous les alliés devraient répondre à son appel, si ce n'est sur le plan militaire au moins dans le domaine civil. »
Rencontre Sarkozy-Obama
Barack Obama et Nicolas Sarkozy
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AFP/Saul Loeb
Le président américain a également appelé à un renforcement de la coopération entre les États-Unis et l'Europe lors d'une conférence de presse conjointe donnée un peu plus tôt aux côtés de son homologue français Nicolas Sarkozy.
Barack Obama a notamment souligné à cette occasion qu'il est « plus probable qu'Al-Qaïda soit en mesure de lancer une attaque terroriste d'envergure en Europe qu'aux États-Unis pour des raisons de proximité ». Il a aussi dit souhaiter que l'Europe développe « des capacités militaires renforcées » au sein de l'Alliance.
Le président Sarkozy a affirmé que « la France soutient complètement la stratégie américaine en Afghanistan ». Il a cependant réitéré que la France n'y enverra pas davantage de soldats, mais qu'elle est prête à accroître son effort en matière de police et d'aide au développement. Quelque 150 gendarmes seront ainsi envoyés pour contribuer à la formation de corps policiers afghans, actuellement incapables de faire respecter la loi et l'ordre.
M. Sarkozy a par ailleurs confirmé que la France est prête à accueillir sur son sol un détenu de la prison de Guantanamo Bay, que le président Obama fermera l'année prochaine. « Oui, on a parlé, oui, on s'est mis d'accord, et oui, c'est logique et cohérent et c'est honnête », a dit le président français. Selon le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, l'homme en question est un Algérien d'origine.
Le président Obama a souligné les liens historiques qui unissent la France et les États-Unis et a répété son désir de faire affaire avec des « alliés forts ». Il a aussi salué la décision du président Sarkozy de rejoindre le commandement intégré de l'OTAN et a vanté son leadership « courageux ».
60 ans d'histoire
Des soldats marchent devant un mur sur lequel figurent les drapeaux des pays membres.
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AFP/DDP/Michael Urban
Le sommet de l'OTAN marquera le 60e anniversaire de l'alliance militaire, née d'une volonté de faire contrepoids à l'Union soviétique au terme de la Seconde Guerre mondiale.
Il est symboliquement organisé de part et d'autre du Rhin, soit à Strasbourg, en France, et à Baden-Baden et Kehl, en Allemagne.
La rencontre sera la première à réunir 28 pays membres. L'Albanie et la Croatie, deux pays engagés dans la guerre des Balkans dans les années 90, ont été officiellement admises au sein de l'OTAN mercredi.
L'adhésion de deux ex-républiques soviétiques, l'Ukraine et la Géorgie, reste pour le moment en suspens, certains États européens étant réticents à braquer la Russie, qui s'y oppose fermement. La Macédoine frappe aussi aux portes de l'OTAN, mais reste sur le pas en raison d'un différend sur le nom du pays qui l'oppose à la Grèce.
La véritable rencontre au sommet, qui se tiendra samedi, au Palais de la musique et des congrès de Strasbourg, ne portera pas exclusivement sur le dossier afghan. Les relations avec la Russie, très tendues dans les derniers mois de la présidence de George W. Bush, seront aussi abordées, tout comme le dossier du Kosovo.
Le sommet de l'OTAN sera aussi l'occasion de discuter de la nomination de celui qui sera appelé à succéder à Jaap de Hoop Scheffer à titre de secrétaire général de l'organisation. Le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, est considéré dans la course, mais le favori serait l'actuel premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, dont la candidature a été officialisée vendredi matin.
Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a rapidement réagi en se disant « personnellement opposé » à la candidature de M. Rasmussen, à la tête de l'OTAN, selon des télévisions turques. Il a dit douter « de ses capacités à contribuer à la paix mondiale », en raison notamment de l'affaire des caricatures de Mahomet publiées dans un journal danois, qui avaient indigné le monde musulman.
Le premier ministre Stephen Harper est déjà arrivé à Strasbourg en vue de la rencontre. Il est accompagné du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, et le chef d'état-major de la Défense, le général Walter Natynczyk.
Le sommet de l'OTAN se déroule par ailleurs sous haute sécurité, de part et d'autre du Rhin. Des milliers de policiers sont à pied d'oeuvre. En France, pas moins de 300 personnes ont été arrêtées jeudi, et environ 100 d'entre elles sont toujours détenues vendredi matin.