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International Afghanistan

Islamabad appelé à dompter ses services secrets

Mise à jour le samedi 28 mars 2009 à 11 h 06

Le général David Petraeus en tournée à Islamabad

Photo: AFP/Aamir Qureshi

Le général David Petraeus en tournée à Islamabad

À visage découvert ou sous couvert de l'anonymat, des militaires américains hauts gradés et des membres de l'administration Obama dénoncent depuis quelques jours le double jeu des services secrets pakistanais avec les talibans et al-Qaïda, au moment où Washington annonce une nouvelle stratégie en Afghanistan.

Les critiques les plus cinglantes ont été portées de vive voix par l'amiral Mike Mullen, qui préside l'état-major interarmées, et le général David Petraeus, responsable des opérations militaires en Afghanistan.

Selon l'amiral Mullen, le renseignement militaire pakistanais, l'Inter-Services Intelligence (ISI), persiste à entretenir des liens avec les militants islamistes opérant tant à la frontière du Pakistan avec l'Afghanistan qu'à la frontière commune avec l'Inde.

« Il y a plusieurs signes que c'est le cas. [...] Il est fondamental que cet état de choses change », a-t-il fait valoir sur les ondes de CNN.

Plus loquace, le général Petraeus a dénoncé les agissements de l'ISI qui, soutient-il, aurait, à plusieurs reprises, fourni des renseignements aux islamistes leur ayant permis d'échapper à la traque américaine.

S'il est catégorique sur l'existence de cette collaboration entre l'ISI et les talibans, il estime qu'il est par ailleurs difficile de déterminer jusqu'à quels échelons dans la hiérarchie du renseignement militaire pakistanais elle remonte.

D'intenses relations occultes

Ces sorties publiques surviennent dans la foulée de la publication, jeudi, d'un article dans le New York Times dans lequel différents officiels américains et pakistanais, sous le couvert de l'anonymat, exposent la nature de ces liens. Ces renseignements, côté américain, proviendraient d'informateurs et d'écoute électronique et, côté pakistanais, de liens directs avec les individus impliqués.

Combattants talibans

Photo: La Presse Canadienne /Fraidoon Pooyaa

Des combattants talibans posent pour la postérité en Afghanistan.

L'ISI fournirait ainsi à la fois de l'argent, du matériel militaire et des conseils stratégiques aux talibans, ce qui, selon les Américains, expliquerait en partie la force des actions militaires islamistes dans le sud de l'Afghanistan.

Des rencontres régulières auraient notamment lieu entre des agents de l'ISI et des chefs talibans afin de discuter de l'opportunité d'intensifier ou non les combats alors qu'approchent les élections en Afghanistan.

Les liens entre l'ISI et les talibans sont connus par Washington et dénoncés depuis des années.

Le général Petraeus, dans son entrevue au réseau américain PBS, avait d'ailleurs rappelé que plusieurs des groupes islamistes actifs avaient été créés dans les années 1980 grâce à l'ISI, avec l'aide financière de Washington, qui voyait là une façon habile de lutter contre les Soviétiques en Afghanistan.

Certains de ces islamistes, qui deviendront les talibans, bénéficieront de l'appui d'Islamabad dans les années 1990.

La chute du régime taliban en 2001 devait ouvrir une ère de collaboration stratégique entre Washington et Islamabad, mais les liens occultes de l'ISI avec les talibans persisteront. Et, selon ces sources anonymes interrogées par le New York Times, leur ampleur et plus importante qu'on ne l'avait jusqu'ici estimée.

Le gouvernement pakistanais, bien au fait de ce double jeu, s'est engagé à y mettre fin depuis des mois, sous la pression accentuée des Américains, mais l'autorité du pouvoir civil sur le militaire a toujours été bien relative au Pakistan.

Des analystes pakistanais avancent par ailleurs que ces liens, bien moins dommageables que ce que soutiendraient les Américains, s'inscrivent dans une stratégie pour maintenir l'influence d'Islamabad en Afghanistan, une fois le retrait de la coalition internationale.

Le Pakistan craint notamment l'influence potentielle que pourrait acquérir l'Inde en Afghanistan. L'ISI est notamment accusé par les Américains d'avoir fourni des renseignements au groupe islamiste qui serait derrière l'attentat meurtrier contre l'ambassade indienne à Kaboul en juillet 2008.

L'envoyé spécial américain dans la région, Richard Holbrooke, qui doit se rendre au Pakistan la semaine prochaine, a exprimé son intention de soulever la question des activités de l'ISI.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, New York Times, Reuters et BBC

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