Quand Obama souhaite la bonne année

Barack Obama s'est adressé directement aux Iraniens. Barack Obama s'est adressé directement aux Iraniens.  Photo :  AFP/Maison-Blanche

Dans une vidéo diffusée à l'occasion du Nouvel An iranien, jeudi soir, le président américain Barack Obama tend à nouveau la main au peuple iranien et à ses dirigeants afin que les relations entre les deux pays, tendues depuis la Révolution islamique de 1979, puissent renaître sur de nouvelles bases.

À l'occasion du Nouvel An iranien, le président américain diffuse une vidéo dans laquelle il invite le peuple et les dirigeants de la République islamique à s'engager résolument dans la voie diplomatique.

Dans ce message, diffusé sur le site de la Maison-Blanche avec sous-titres en persan, le président Obama plaide une fois de plus que son administration est résolue à poursuivre la voie diplomatique pour trouver des solutions aux différends qui l'opposent à Téhéran.

Tranchant avec le ton belliqueux employé le plus souvent par l'administration Bush, le président Obama invite la République islamique à abandonner ses menaces au profit d'un engagement « honnête et fondé sur le respect mutuel ».

« Vous aussi avez un choix. Les États-Unis veulent que la République islamique d'Iran prenne la place qui lui revient dans la communauté des nations. Vous avez ce droit. Mais on ne peut obtenir cette place par la terreur ni par les armes, mais par les agissements pacifiques qui démontrent la véritable grandeur du peuple et de la civilisation iraniennes. »

Le président Obama dit entrevoir un avenir fait « d'échanges renouvelés entre nos peuples, et de plus grandes occasions pour des partenariats et des relations commerciales », où les « vieilles querelles sont surmontées et où vous et vos voisins et le monde en général pouvez vivre davantage en sécurité et en paix ».

À aucun moment, le président n'évoque directement la question du soutien de l'Iran à des groupes présentés comme terroristes aux États-Unis ou de leur volonté présumée d'obtenir l'arme nucléaire. Il s'adresse d'ailleurs aux dirigeants iraniens en général, et non directement au Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, ou au président Mahmoud Ahmadinejad.

Comme il l'a déjà fait dans le passé, le président souligne avec insistance la grandeur de la civilisation iranienne. « Nowruz [le Nouvel An iranien] n'est qu'un des aspects de votre grande et respectée culture. Au-delà des siècles, vos arts, votre musique, votre littérature et vos innovations ont contribué à améliorer et embellir le monde », invoque-t-il d'entrée de jeu.

Le président Obama conclut en outre son court message par une citation du poète persan Saadi, réputé pour ses contes moraux et spirituels: « Les enfants d'Adam font partie d'un corps. Ils sont créés tous d'une même essence. »

Pas à n'importe quel prix

Femmes iraniennes à Téhéran Femmes iraniennes à Téhéran  Photo :  AFP/Atta Kenare

Dans une entrevue accordée à l'AFP, le conseiller de presse du président Mahmoud Ahmadinejad, Ali Akbar Javanfekr, a répondu que l'Iran « accueille favorablement » le message du président Obama, et « qu'il doit être une leçon pour nous tous [qui devons] profiter de cette occasion pour apporter des changements fondamentaux ».

Il souligne toutefois que le meilleur moyen de mettre de côté les différences passées « n'est pas de demander à l'Iran d'oublier unilatéralement l'attitude agressive des États-Unis par le passé ».

« Jusque-là, M. Obama a parlé et n'a pas fait de pas concret pour réparer les erreurs passées à l'égard de l'Iran, mais si la bonne volonté du président Obama va au-delà des mots et qu'il fait des actes concrets, le gouvernement et les responsables iraniens ne vont pas lui tourner le dos », a déclaré M. Javanfekr.

Le conseiller du président Ahmadinejad cite notamment le rôle des États-Unis dans le « coup d'État contre le gouvernement nationaliste de Mohammad Mossadegh en 1953 », « le soutien des États-Unis à Saddam Hussein » durant la guerre Iran-Irak (1980-88), mais aussi « les sanctions économiques contre l'Iran » et le soutien au principal groupe d'opposition armé iranien, les Moudjahedines du peuple.

M. Javanfekr a aussi déclaré que les problèmes ne pourraient pas être réglés si les États-Unis continuent « à apporter un soutien aveugle au régime usurpateur d'Israël, à commettre des actions violentes, notamment l'arrestation de musulmans ou le soutien à des groupes terroristes à travers le monde ».

Selon M. Javanfekr, la présence des troupes américaines en Iran et en Afghanistan est « la seule source d'insécurité dans la région ».

Pas une première

Le président iranien a prononcé un discours à Téhéran pour souligner le 30e anniversaire de la révolution islamique. Le président iranien a prononcé un discours à Téhéran pour souligner le 30e anniversaire de la révolution islamique.  Photo :  AFP/Behrouz Mehri

Le 9 février dernier, alors que l'Iran entreprenait les célébrations marquant le 30e anniversaire de la Révolution islamique, Barack Obama avait aussi tendu la main à Téhéran. Il avait notamment évoqué la possibilité de s'asseoir à une même table que les Iraniens pour dialoguer.

À cette occasion, il avait toutefois précisé que l'Iran, « doit comprendre que nous trouvons le financement d'organisations terroristes inacceptables, et nous croyons qu'un Iran nucléaire pourrait déclencher une course aux armements nucléaires dans la région qui serait profondément déstabilisante. »

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s'était dit prêt à entreprendre un dialogue avec les États-Unis, pourvu que le changement réel soit « fondamental et non tactique », et que le dialogue se fasse « dans un climat d'égalité et de respect mutuel ».

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