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International Pandémie de sida

Le pape cloué au pilori

Mise à jour le mercredi 18 mars 2009 à 11 h 32

« Consternants », « inacceptables », « gravissimes »: les qualificatifs utilisés par les gouvernements européens et par de nombreuses organisations non gouvernementales en réaction aux controversés propos du pape Benoît XVI sur l'utilisation du condom pleuvent.

Le pape Benoît XVI lors de la conférence de presse où il a tenu ses propos controversés.

Photo: AFP/Christophe Simon

Le pape Benoît XVI lors de la conférence de presse où il a tenu ses propos controversés.

Dans l'avion qui l'emmenait au Cameroun, première étape d'un périple africain, le chef de l'Église catholique romaine a déclaré mardi que l'on ne pouvait « pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs ». Au contraire, a-t-il ajouté, leur « utilisation aggrave le problème ». Selon Benoît XVI, la solution passe par « un réveil spirituel et humain » et par l'« amitié pour les souffrants ».

À Paris, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a exprimé la « très vive inquiétude » de la France devant les conséquences de ces propos. « S'il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la doctrine de l'Église, nous estimons que de tels propos mettent en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine », a déclaré Éric Chevallier.

Selon le Quai d'Orsay, « le préservatif est un élément fondamental des actions de prévention de la transmission du virus du sida », avec l'information, l'éducation et le dépistage. Il importe, ajoute M. Chevallier, de « faire preuve d'esprit de responsabilité et de solidarité » et de rendre hommage à ceux qui « mettent en oeuvre ces politiques de prévention et d'accès aux soins partout dans le monde ».

La classe politique française est d'ailleurs unanime à condamner les propos du Saint-Père. L'ancien premier ministre Alain Juppé (droite) a déclaré que le pape « commence à poser un vrai problème » et qu'il vit « dans une situation d'autisme total ». À gauche, la secrétaire nationale du Parti communiste, Marie-George Buffet, a critiqué des propos « irresponsables » et « criminels », tandis que Daniel Cohn-Bendit, coprésident des Verts au Parlement européen, a estimé qu'ils relevaient « presque du meurtre prémédité ».

En Belgique, la réponse est venue de la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, qui a exprimé sa « stupéfaction » et sa « consternation ». « Pour la ministre, de tels propos tenus par le chef de l'Église au 21e siècle, en dépit des recommandations unanimes du monde scientifique en la matière, sont le reflet d'une vision doctrinaire dangereuse », indique un communiqué du ministère. « Ses déclarations, ajoute-t-elle, pourraient anéantir des années de prévention et de sensibilisation et mettre en danger de nombreuses vies humaines ».

Négation de l'épidémie

Sur les ondes de France Inter, le directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Michel Kazatchkine, a exprimé sa « profonde indignation » et a demandé au pape qu'il retire ses propos. « Ces propos sont inacceptables. C'est une négation de l'épidémie. Et tenir ces propos dans un continent qui est malheureusement le continent où 70 % des personnes infectées par le sida vivent, c'est absolument incroyable », a-t-il déploré.

La responsable du dossier sur le sida au sein de Médecins sans frontières, Béatrice Luminet, a aussi vertement répliqué, dans une entrevue accordée à l'AFP. « Ce sont des paroles gravissimes quand on voit l'impact que ce type de message peut avoir en Afrique, où vivent les deux tiers des personnes séropositives. »

« C'est insupportable, cela contribue à mettre en péril les actions de prévention menées depuis des années par les ONG [...] Ces paroles seront relayées sur le terrain et auront évidemment un impact en terme de perturbation des messages [de prévention], notamment sur le continent africain, où le catholicisme est influent. »

« Nous sommes très en colère, car ce sont des années de travail qui sont remises en cause et, surtout, ce sont des millions de gens qui vont être contaminés à cause de ces déclarations, c'est totalement en contradiction avec l'un des messages principaux de l'Église: le respect de la vie », affirme Mme Luminet.

Réactions en Afrique

Les propos du pape ont aussi fait réagir en Afrique. « Le pape vit-il au 21e siècle? » a demandé un porte-parole du Mouvement camerounais pour l'accès aux traitements, Alain Fogue. Ce dernier a déploré que les propos du pape aillent « totalement à l'encontre des efforts faits par le gouvernement camerounais et les autres acteurs de la lutte contre le sida au Cameroun ». M. Fogue estime que les Camerounais ne suivront pas les recommandations du pape. « Qu'il le veuille ou non, 99 % des catholiques utilisent le condom aujourd'hui. »

Selon l'ONUSIDA, environ 540 000 des quelque 19 millions de Camerounais vivaient avec le VIH en 2007. Le programme onusien estimait que 22 millions d'Africains avaient contracté la maladie dans les pays d'Afrique subsaharienne, ce qui représente les deux tiers de toutes les personnes infectées dans le monde.

Encourager la fidélité

En entrevue à l'AFP, le vaticaniste italien Sandro Magister a expliqué que « la solution de l'Église, c'est la fidélité sexuelle. Le préservatif n'est pas une solution à ses yeux, car c'est une fausse sécurité qui continue à encourager la promiscuité sexuelle ». Selon lui, il faut « souligner que jamais l'Église n'a fait, sur le terrain, obstacle à la distribution de préservatifs et qu'elle n'obtient aucun résultat concret avec sa condamnation du préservatif qui continue à être utilisé dans le monde entier. Dire que l'Église a une responsabilité dans l'épidémie de sida est dénué de fondement. »

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse

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