Barack Obama explique sa position

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et The New York Times
Un militaire américian opère un système de surveillance de lancement de missiles.   © PC/Itsuo Inouye

Le président américain apporte des explications sur l'offre secrète qu'il aurait faite aux Russes de faire pression sur l'Iran en échange de la suspension du projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est.

Le président des États-Unis, Barack Obama, a apporté mardi des précisions sur la lettre secrète qu'il a adressée au président russe Dmitri Medvedev, le mois dernier.

Questionné par la presse sur un article du New York Times révélant qu'il avait proposé à Moscou de suspendre l'installation de missile en Europe de l'Est à la faveur d'une intervention du Kremlin pour que l'Iran d'abandonne le développement d'armes nucléaires à longue portée, Barack Obama a d'abord précisé qu'il ne s'agit pas d'un marchandage.

« Ce que j'ai dit dans cette lettre, c'est ce que j'ai dit publiquement, à savoir que le système de défense antimissile dont nous avons parlé en Europe est dirigé, non contre la Russie, mais contre l'Iran », a expliqué le président américain lors d'un point de presse à la Maison-Blanche en compagnie du premier ministre britannique Gordon Brown.

« Et ce que j'ai dit dans la lettre, c'est que, dans la mesure où nous réduisons la détermination de l'Iran à posséder des armes nucléaires, cela diminue aussi la pression ou la nécessité d'avoir un système de défense antimissile », a ajouté le président qui a nié qu'il s'agissait d'une offre du genre donnant-donnant, comme le laissait entendre le New York Times.

Le projet de bouclier antimissile proposé par l'administration de George W. Bush comprend notamment l'installation de puissants systèmes de détection radar en République tchèque et de batteries de missiles intercepteurs en Pologne. Ce dispositif sophistiqué, dans lequel Washington a englouti des milliards de dollars, est destiné à détecter et détruire d'éventuels missiles lancés de pays hostiles contre les États-Unis et ses alliés.

Ce « bouclier » est devenu l'une des principales pommes de discorde entre Washington et Moscou, qui s'oppose farouchement au déploiement de ces armes dans son ancienne zone d'influence. Vladimir Poutine, lorsqu'il était président, avait accusé les États-Unis de vouloir relancer la course aux armements et la guerre froide en Europe.

Pas de bouclier sans armes nucléaires iraniennes

Tirs de missiles en Iran Tirs de missiles lors d'un exercice militaire iranien (archives)   © PC/Sepah News

Selon des « sources officielles » citées par le New York Times, Barack Obama explique dans sa lettre au président russe que c'est la menace que représente le développement d'armes nucléaires à longue portée par l'Iran qui justifie le déploiement de ce système en Europe.

Selon les mêmes sources, le président américain aurait clairement laissé entendre au Kremlin que ce ne serait plus nécessaire d'installer de système d'interception en Europe si l'Iran abandonnait ses visées nucléaires militaires.

Or, la Russie est le premier collaborateur de l'Iran en matière de technologie nucléaire. La semaine dernière, des équipes russes et iraniennes ont célébré la fin de la construction de la première centrale nucléaire civile à Bouchehr, en Iran.

Medvedev prudent

Mardi, en visite à Madrid, le président russe Dmitri Medvedev s'est contenté de déclarer aux journalistes qu'il n'était pas « constructif » de lier le développement du bouclier antimissile américain et le programme nucléaire iranien.

Le chef d'État russe s'est toutefois dit heureux que la nouvelle administration américaine soit disposée à ouvrir le dialogue sur le controversé projet de bouclier antimissile de l'administration Bush. Sans rejeter l'idée d'un tel système de défense, Dmitri Medvedev s'est plutôt déclaré en faveur d'un projet de bouclier commun impliquant à la fois la Russie et les États-Unis.

Bien que Moscou n'ait pas répondu officiellement à la lettre de Barack Obama, la question du système de bouclier antimissile serait à l'ordre du jour de la prochaine rencontre entre le ministre des Affaires étrangères russe, Sergeï Lavrov, et la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, vendredi à Genève.

Israël émet des réserves

Cette nouvelle stratégie déployée par l'administration Obama face à la question iranienne ne concerne pas que Moscou et Washington, mais aussi Israël, principale cible avouée de Téhéran, qui a promis à plusieurs reprises de « rayer Israël de la carte ».

Lundi, à Jérusalem, où Hillary Clinton est de passage dans le cadre de sa première tournée au Proche-Orient, le président Shimon Peres a fait part à son invitée américaine des inquiétudes de son pays face à l'Iran.

Le président israélien a ajouté que le développement d'armes nucléaires en Iran « n'est pas seulement un problème israélien, mais un problème pour le monde entier ». Selon le quotidien Haarezt, le gouvernement israélien exprimerait d'ailleurs des réserves sur l'éventuel dialogue que compte engager la nouvelle administration américaine avec l'Iran.

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