©
AFP/POOL / Pablo Martinez Monsivais
Dans un discours important devant le Congrès, le président américain tire un trait sur l'ère Bush et invite ses concitoyens à se retrousser les manches, au prix de certains sacrifices.
C'est sur un ton résolument plus optimiste, mais toujours empreint de réalisme, que le président des États-Unis, Barack Obama, a prononcé mardi soir un discours très attendu devant les deux chambres du Congrès, à Washington. Ce discours se voulait une sorte de « bande-annonce » du premier budget Obama qui sera présenté jeudi.
M. Obama s'est éloigné d'un simple énoncé des grands axes de sa présidence pour articuler ses politiques de manière plus détaillée. Au passage, il a lancé des messages destinés à inciter les Américains à se retrousser les manches pour remettre leur économie et leur pays sur pieds.
« Notre économie est affaiblie et notre confiance, ébranlée; nous vivons des temps difficiles et incertains; mais ce soir, je veux que tous les Américains sachent ceci: nous allons reconstruire, nous allons nous rétablir, et les États-Unis d'Amérique en sortiront plus forts qu'auparavant », a dit le président américain.
Barack Obama a rappelé que les solutions aux problèmes économiques américains se trouvaient dans les universités, les laboratoires de recherche, les entreprises, les terres agricoles et la fierté du peuple américain. « Ce qu'il faut à présent, c'est que le pays se ressaisisse, affronte les défis auxquels il fait face et prenne ses responsabilités à nouveau pour notre avenir », a-t-il dit.
Des observateurs craignaient qu'en traçant un portrait réaliste de la crise économique, comme il l'a fait au cours des dernières semaines, le président Obama ébranle la confiance des Américains. D'aucuns, comme l'ex-président Bill Clinton, ont estimé qu'il fallait montrer plus d'optimisme.
Dans son discours, Barack Obama a réitéré sa promesse de réduire de moitié le déficit américain d'ici la fin de son mandat, en janvier 2013. Le trou budgétaire pourrait atteindre 1500 milliards de dollars cette année. M. Obama a dit avoir identifié 2000 milliards d'économies potentielles au cours des 10 prochaines années.
Le président Obama a vanté les avantages du plan de relance de 787 milliards de dollars qu'il a promulgué récemment, après son adoption par le Congrès. Mais il a averti les Américains qu'avec un plan d'une telle magnitude venait une grande responsabilité.
M. Obama a indiqué que le vice-président Joe Biden sera à la tête d'un comité chargé de surveiller la mise en application des mesures contenues dans le plan de relance. Le président a ajouté que le vérificateur général avait reçu un mandat clair et qu'un site web permettra à la population américaine d'être informée des dernières dépenses gouvernementales.
Barack Obama a rappelé certains des éléments du plan du secrétaire au Trésor Timothy Geithner pour le secteur financier. Il a demandé au Congrès d'adopter une réforme de la réglementation en matière de valeurs mobilières.
Le président Obama a aussi profité de son discours pour marquer un changement d'orientation par rapport à son prédécesseur George W. Bush. Par exemple, il a promis la création d'un système de quotas et d'échange de crédits d'émission de gaz à effet de serre.
Surtout, il a rappelé son engagement de mettre fin à la guerre en Irak pour plutôt se concentrer sur l'Afghanistan et le Pakistan. Il a rappelé aussi qu'il avait ordonné la fermeture de la prison de Guantanamo, affirmant que les Américains devaient vivre selon leurs valeurs, et que cela, loin de les affaiblir, leur donnait plus de sécurité et les rendait plus forts. « Les États-Unis ne pratiquent pas la torture », a-t-il martelé.
En plus des sénateurs et des représentants du Congrès, des invités triés sur le volet avaient pris place dans la loge de la première dame pour écouter le discours. Parmi eux, on retrouvait notamment de simples citoyens, des étudiants, des militaires, un policier, un pompier, le PDG de la City National Bank of Florida, qui a fait don d'un bonus à des centaines de personnes, le maire de Greensburg au Kansas, ville rasée par une tornade et rebâtie avec un souci de développement durable, ainsi que les gouverneurs du Vermont et de l'Ohio.
La réplique des républicains
©
PC/AP/APTN Pool
C'est le gouverneur de la Louisiane, Bobby Jindal, qui a donné la réplique du Parti républicain à ce discours, dans une allocution d'une dizaine de minutes en direct de Baton Rouge. Le politicien de 37 ans est déjà considéré comme l'un des favoris en vue de la course à l'investiture républicaine de 2012.
Le gouverneur Jindal a critiqué le plan de relance de 787 milliards de dollars du président Obama. Il a soutenu que le plan entraînerait des hausses d'impôt et une augmentation de la dette des États-Unis, tout cela pour des projets souvent inutiles.
Dans sa réplique, le gouverneur Jindal a martelé que les républicains préféraient les baisses d'impôt à l'interventionnisme et aux hausses de taxes. Il a affirmé qu'il fallait des gestes urgents pour réduire les coûts d'énergie. À propos de l'assurance maladie, il a déclaré que les décisions concernant la santé devaient être prises par des médecins et des patients, et non par des bureaucrates.
« Les démocrates fondent leurs espoirs dans le gouvernement. Nous les fondons en vous », a lancé Bobby Jindal.
Les observateurs s'attendaient tout de même à ce que M. Jindal montre un certain désir de collaborer avec l'administration Obama. Tout en comparant son propre parcours de fils d'immigrants indiens à celui de Barack Obama, le gouverneur de la Louisiane a déclaré que les républicains voulaient travailler avec M. Obama et appréciaient son message d'espoir.
Surtout, M. Jindal a déclaré que le Grand Old Party était déterminé à regagner la confiance des Américains. « Nous voulons revenir aux principes pour lesquels vous nous avez élus, et avec lesquels ce pays a été bâti », a-t-il conclu.