Pour une révolution diplomatique avec Cuba

Le sénateur républicain Richard Lugar lors d'une conférence de presse à Moscou en décembre 2008 Le sénateur Richard Lugar   © PC/AP/Sergey Ponomarev

Si la nouvelle politique de l'administration Obama à l'égard de la prison de Guantanamo, située en territoire cubain, a marqué un changement important par rapport à l'ère de George W. Bush, qu'en est-il de sa politique à l'égard de Cuba?

S'appuyant sur un rapport de la Commission des affaires étrangères, le sénateur républicain Richard Lugar affirme qu'il est temps pour Washington de songer à assouplir sa relation avec le régime cubain, dans son propre intérêt.

C'est la question que pose le sénateur Richard G. Lugar, le républicain le plus influent de la Commission des affaires étrangères, dans une lettre accompagnant un rapport préliminaire, publié récemment, au sujet de la politique d'embargo visant le régime communiste cubain. Ce sénateur très respecté par le président estime que cette approche est loin d'avoir favorisé l'évolution de Cuba vers la démocratie.

Il soutient que les sanctions économiques imposées par les États-Unis depuis 47 ans ont pu être utilisées par le régime cubain pour inciter la population, qui vit toujours dans des conditions précaires, à accepter les sacrifices qu'on lui a demandés.

Le sénateur Lugar rappelle que les relations des États-Unis avec Cuba ont un impact sur la sécurité dans le détroit de Floride, les relations avec le reste de l'Amérique latine et les perceptions à l'égard de la politique étrangère américaine. Le républicain croit qu'avec le retrait de Fidel Castro, et l'entrée en scène de son frère Raul en février 2008, il pourrait être temps de changer d'approche.

« Malgré un avenir politique incertain à moyen terme à Cuba, il est clair que les récents changements au sein du régime offrent une occasion pour les États-Unis de réévaluer leur relation complexe, marquée par l'incompréhension, la suspicion et une hostilité affichée. » — Le sénateur Richard Lugar
Raul Castro Cuba, dirigé par Raul Castro, a souligné le 50e anniversaire de la révolution communiste le 1er janvier dernier. (archives)   © AP/Ismael Francisco

Le rapport préparé par le représentant de la Commission sénatoriale des affaires étrangères pour l'Amérique latine, Carl Meacham, souligne par exemple que la politique américaine d'isolement à l'égard de Cuba n'est pas en phase avec celle d'autres acteurs sud-américains. Il donne les exemples de la récente visite de la présidente chilienne Michelle Bachelet à La Havane et de l'intégration de Cuba au sein du Groupe de Rio, comprenant une vingtaine de pays, en décembre 2008.

Le document indique aussi que l'embargo empêche les États-Unis et Cuba de collaborer en matière d'immigration et de lutte contre le trafic de drogue. L'équipe de diplomates américains rappelle aussi que certaines des réformes entreprises par Raul Castro depuis son arrivée au pouvoir ont permis à l'île d'améliorer en 2008 son résultat en matière de droits et libertés, tel qu'établi par l'organisme Freedom House.

Le rapport souligne qu'une collaboration existe déjà entre les États-Unis et Cuba en matière militaire, avec des rencontres mensuelles à la base de Guantanamo, et des échanges en matière de lutte contre les narcotrafiquants et dans le domaine météorologique, durant la saison des ouragans. Le document recommande de bâtir un dialogue avec le régime cubain à partir de certains de ces points de consensus, et d'autres qui pourraient être déterminés.

Un dialogue commercial pourrait aussi débuter dans les domaines des énergies renouvelables, de l'agriculture et de l'équipement médical, souligne le rapport. Il propose aussi au gouvernement américain d'implanter à Cuba le même type de structures d'échange diplomatique mises en place en Chine pour faire pression sur Pékin en matière de droits de la personne.

Le groupe mené par Carl Meacham recommande la mise en place d'une commission sénatoriale bipartite pour élaborer une nouvelle stratégie américaine quant aux relations avec l'Amérique latine et l'Europe. Il ajoute qu'une commission spécifique pour Cuba, comme celle créée pour l'Irak, pourrait donner des résultats.

Durant leur visite à Cuba, les diplomates américains ont rencontré des représentants du régime cubain, des diplomates, des membres du clergé, des journalistes étrangers, des entrepreneurs cubains et d'autres citoyens.

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