Obama s'adresse aux Américains

Barack Obama en conférence de presse à la Maison-Blanche   © AFP/Jim Watson

Le président américain cherche l'appui du Congrès et de la population pour son plan de relance de l'économie, lors de sa toute première conférence de presse depuis son investiture, le 20 janvier dernier.

À la veille d'un vote crucial du Sénat américain pour l'adoption de son plan de relance économique, Barack Obama a donné sa première conférence de presse télévisée en direct de la Maison-Blanche, lundi soir, pour convaincre les Américains de la nécessité pour son administration d'intervenir.

Plus tôt, le président s'était rendu à Elkhart, en Indiana, une ville qu'il a visitée à deux reprises au cours de la campagne présidentielle. Ce déplacement n'était pas innocent. La ville a vu son taux de chômage doubler, à 15,3 % récemment. Le président Obama a d'ailleurs cité en exemple la situation difficile à Elkhart pour décrire le sérieux de la crise économique actuelle.

Au cours de la conférence de presse, Barack Obama a répondu aux nombreuses critiques émanant surtout des milieux conservateurs américains, voulant qu'il dilapide des fonds publics et endette les générations futures.

M. Obama a déclaré que la récession avait tellement affaibli le secteur privé que l'économie ne pouvait s'en sortir sans le soutien de l'État. Il a précisé que la création d'emplois ne pouvait dépendre seulement du gouvernement, parce que c'est la responsabilité du secteur privé. Mais le président a dit qu'à l'heure actuelle, il fallait briser le cercle vicieux qui mène à des millions de pertes d'emplois.

« Tout ce que nous ferons sera une partie de la solution, et non toute la solution. » — Barack Obama

Le président Obama a rappelé que près de 2 millions d'emplois ont été perdus aux États-Unis au cours des trois derniers mois, et qu'il est donc urgent d'intervenir. Il a affirmé avoir consulté et écouté des économistes de toutes allégeances politiques pour élaborer son plan de relance.

Le plan de plus de 830 milliards de dollars comporte des baisses d'impôt ciblées pour la classe moyenne et des investissements publics en santé, en éducation, dans le développement énergétique et, surtout, dans les infrastructures. Les républicains du Congrès ont fait pression pour réduire les dépenses publiques prévues.

Barack Obama a déclaré lundi que les baisses d'impôt ne pouvaient tout régler en elle-même, et qu'une intervention gouvernementale était nécessaire. Il a donné l'exemple du Japon, qui peine encore à se remettre de la récession des années 1990, une « décennie perdue » en raison d'un manque de soutien gouvernemental, a soutenu le président américain.

« Ce que je ne ferai pas, c'est de revenir aux théories des huit dernières années, qui ont été un échec. » — Barack Obama

M. Obama a indiqué qu'il voyait plusieurs étapes d'application du plan de relance économique. D'abord, a-t-il dit, il faut que le gouvernement freine la décroissance économique en relançant la consommation et l'investissement. Ensuite, il faut normaliser tour à tour le marché du crédit et le secteur hypothécaire.

Pour ce qui est du marché du crédit, Barack Obama a déclaré qu'il laissera le soin au secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, d'expliquer mardi comment sera utilisée la seconde tranche du plan de sauvetage du système financier de 700 milliards, adopté l'automne dernier.

Le président américain affirme que son administration s'assurera que ces 350 milliards soient bien dépensés et servent à ceux qui en ont besoin. Pour Barack Obama, l'aide aux marchés du crédit est essentielle pour s'assurer de relancer les investissements du secteur privé.

Quand on lui a demandé si la coopération entre démocrates et républicains était nécessaire au Congrès pour faire adopter le plan de relance, le président Obama s'est défendu d'avoir surestimé sa capacité à changer le fonctionnement de Washington. Du même coup, il a toutefois affirmé qu'il ne pouvait laisser libre cours aux jeux politiques habituels au Congrès.

M. Obama a aussi rejeté les critiques quant à certains aspects du plan de relance, qui ne constituent pas de la création directe d'emplois, du moins selon les républicains. Le président a donné les exemples de l'informatisation des dossiers médicaux, ou encore de la construction d'écoles, des projets, selon lui, créateurs d'emplois.

Le président Obama a résumé ses priorités en deux questions: « Est-ce que nous créons 4 millions d'emplois? Est-ce que nous établissons les fondements d'une économie forte à long terme? ».

Barack Obama traverse le Cross Hall pour se rendre à une conférence de presse à la Maison-Blanche   © AFP/Saul Loeb

Un texte de compromis

Les sénateurs américains ont dû arriver à un texte de compromis pour pouvoir conclure une entente sur le plan de relance. Ce texte consiste en un plan dont le coût atteint 838 milliards de dollars. Élaboré par des sénateurs modérés, démocrates et républicains, ce plan remplacera le précédent, de 940 milliards.

Les votes des républicains Susan Collins, Olympia Snowe et Arlen Specter ont permis aux démocrates de remporter le vote de clôture des débats, lundi. L'appui d'au moins deux républicains sera aussi nécessaire mardi pour l'adoption du plan, puisque les démocrates comptent 58 sièges au Sénat, alors qu'ils ont besoin d'au moins 60 votes pour passer cette étape.

Si le nouveau plan est adopté mardi au Sénat, il sera ensuite retourné à la Chambre des représentants, qui avait adopté une première version du plan à la fin de janvier. Ensuite, le texte de compromis devra être soumis au vote dans les deux chambres. L'objectif serait de le livrer à la Maison-Blanche lundi prochain, pour promulgation.

Les textes du Sénat et de la Chambre des représentants comportent plusieurs différences. Le plan des sénateurs prévoit notamment des crédits supplémentaires pour l'achat d'une voiture ou d'une maison, en plus de modifications aux règles d'imposition des prestations d'assurance emploi.

Iran et Afghanistan

Au sujet de l'Iran, Barack Obama a déclaré que son administration était présentement à analyser les possibilités d'engager le dialogue avec Téhéran. Beaucoup de méfiance a toutefois été bâtie au fil des ans, en raison de leur soutien à des organisations comme le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Ce dialogue ne surviendra pas du jour au lendemain, a-t-il prévenu.

Il a néanmoins dit qu'il croyait qu'un dialogue dans le respect mutuel était possible entre Washington et Téhéran.

Au sujet de l'Afghanistan, Barack Obama a affirmé qu'il ne pouvait fixer d'échéancier précis comme pour l'Irak, surtout parce qu'il ne voyait pas la même évolution politique dans les deux pays. Il a donné l'exemple des récentes élections provinciales en Irak, qui se sont déroulées dans le calme.

M. Obama a affirmé que les États-Unis devaient cibler les zones où des réseaux terroristes opèrent impunément. Il a mentionné les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.

La fin de l'embargo sur les cercueils?

Le président Obama a brièvement répondu à la question d'un journaliste sur la politique instaurée en 2004 par l'administration Bush, interdisant la diffusion d'images de cercueils de soldats américains à leur retour aux États-Unis. M. Obama a affirmé que son administration révisait cette politique, mais qu'il ne pouvait en dire plus pour le moment. Il a profité de l'occasion pour offrir ses condoléances aux familles de quatre militaires tués lundi en Irak.

Enfin, un journaliste du blogue Huffington Post a demandé à Barack Obama ce qu'il pensait de la proposition du sénateur du Vermont, Patrick Leahy, de tenir une commission d'enquête sur les agissements de l'administration Bush. M. Obama a déclaré que personne n'est au-dessus des lois, surtout s'il y a des preuves de mauvaises actions.

Il a toutefois ajouté qu'il était plus enclin à regarder en avant qu'en arrière.

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