Le président des États-Unis a entrepris mardi une nouvelle opération de relations publiques destinée à convaincre l'opinion publique américaine que le plan de relance économique de plus de 800 milliards de dollars qu'il a soumis au Congrès est nécessaire au redressement de l'économie, ainsi qu'à la création et à la préservation d'emplois.
Sous le feu des critiques du Canada, des républicains, de l'Union européenne et de grandes firmes américaines, le président Obama reconnaît que les États-Unis ne peuvent pas envoyer un message protectionniste.
Barack Obama, lors d'un entretien avec le gouverneur du Vermont, Jim Douglas.
©
AFP/Mandel Ngan
Dans des entrevues aux cinq principales chaînes de télévision, mardi, Barack Obama a aussi tenté de rassurer ceux qui craignent un retour au protectionnisme, surtout en raison de la clause Buy American.
Cette clause prévoit que des deniers publics du projet de loi ne peuvent être alloués à un projet de construction ou de rénovation d'infrastructures que dans la mesure où tout le fer et l'acier nécessaires à leur mise en oeuvre auront été fabriqués aux États-Unis. Le Sénat envisage d'étendre cette disposition à l'ensemble des biens manufacturés utilisés dans un projet.
La disposition controversée prévoit des exemptions, notamment dans le cas où les produits américains ne suffisent pas à la demande et celui où le prix du projet se trouverait gonflé de plus de 25 %.
À l'écoute des critiques
Des sénateurs républicains, d'importants manufacturiers américains, ainsi que le Canada et l'Union européenne ont protesté contre cette mesure et la menace qu'elle pourrait représenter pour l'économie mondiale.
« Je suis d'accord pour dire que nous ne pouvons pas envoyer un message protectionniste », a déclaré le président Obama à la chaîne Fox News. « Je crois que cela pourrait être une erreur à l'heure actuelle. Il s'agit d'une source potentielle de conflits commerciaux que nous ne pouvons déclencher au moment où l'économie est en difficulté partout dans le monde », a-t-il ajouté sur les ondes d'ABC.
Barack Obama a déclaré qu'il pourrait revoir la formulation utilisée sur cette question dans le plan de relance. Selon lui, les États-Unis doivent montrer qu'ils ne se soucient pas que d'eux-mêmes, mais aussi du commerce mondial.
Selon ce qu'a affirmé un responsable canadien à la Presse canadienne, l'administration Obama pourrait tout de même se garder une marge de manoeuvre quant à l'application de la clause d'achat local.
Le président se trouvera rapidement à la croisée des chemins. Il devra trancher entre les démocrates du Congrès et les principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Sans compter qu'il aura besoin de l'appui d'au moins deux républicains pour faire adopter son plan de relance au Sénat.
Haro sur le protectionnisme
Ces mesures d'achat local, destinées à stimuler l'industrie américaine de l'acier, sont assimilées à du protectionnisme par le Canada (voir l'article: Ottawa plaide sa cause), par d'autres pays qui commercent avec les Américains, mais aussi par de grandes entreprises américaines comme Boeing, General Electric et Caterpillar, ainsi que des républicains du Congrès.
Mardi, la chancelière allemande Angela Merkel a à son tour lancé une mise en garde aux États-Unis. « Nous devons éviter le protectionnisme », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse, en précisant qu'il s'agissait d'une « mauvaise réponse » à la crise internationale. Mme Merkel dit avoir parlé au président Obama à ce sujet.
L'ambassadeur de l'Union européenne, John Bruton, a pour sa part écrit à divers hauts responsables américains, dont la secrétaire d'État, Hillary Clinton, et le secrétaire au Commerce, Timothy Geithner, pour leur rappeler que les pays membres du G20 se sont engagés en décembre à ne pas recourir au protectionnisme.
« Des mesures de cette nature violent les règles de l'Organisation mondiale du commerce et sont susceptibles d'entraîner des poursuites judiciaires. Il y a toujours la possibilité que des mesures de rétorsion soient adoptées », a-t-il prévenu lundi. M. Bruton argue, à l'instar des républicains, que ces mesures, si elles sont maintenues, ne stimuleront pas autant l'économie que voulu, puisqu'elles risquent de faire augmenter les coûts des projets retenus.
Lundi, le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a également ouvertement critiqué cette disposition du projet de loi. « Je ne crois pas que nous devrions adopter une mesure qui est censée être opportune, temporaire et ciblée pour déclencher une guerre commerciale au moment où le monde vit un ralentissement économique », a-t-il déclaré.
De grandes entreprises américaines, comme Caterpillar, General Electric ou Fed Ex, craignent également que leurs opérations à l'extérieur des États-Unis soient touchées par des mesures de rétorsion.
Le président de Fed Ex, Fred Smith, a aussi été clair à ce sujet lors d'une entrevue accordée à l'émission This Week, dimanche, sur les ondes d'ABC. « Si le Congrès approuve la disposition Buy American, je peux vous assurer - et nous avons des opérations dans quelque 220 pays à travers le monde [...] - que nous ferons l'objet de rétorsions, et ce sont des emplois américains qui seront à risque. »
Le gouverneur du Vermont, qui a eu un entretien avec le président Obama, lundi, à la Maison-Blanche, se montre lui aussi inquiet de cette mesure. « Le Vermont a une bonne relation commerciale avec le Canada en général et avec le Québec en particulier », a-t-il déclaré. Selon lui, 90 % des échanges internationaux du Vermont se font avec le Canada.