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International Proche-Orient

Israël presque au coeur de Gaza

Mise à jour le mercredi 14 janvier 2009 à 8 h 02

Une femme marche avec ses moutons devant un édifice détruit par les bombardements à Gaza

Photo: AFP/Mohammed Abed

Les combats entre l'armée israélienne et les miliciens du Hamas se sont transportés dans les rues de trois quartiers de Gaza, mardi. Les secteurs de Tal al-Hawa, Sheikh Ajlin et Zeitoun ont été le théâtre d'affrontements décrits par certaines sources comme féroces.

C'est la première fois que l'armée israélienne pénètre aussi profondément dans la principale ville de la bande de Gaza, où s'entassent quelque 500 000 habitants, dans des conditions de plus en plus précaires. Des combats se déroulaient toujours en soirée dans Zeitoun et dans le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de la ville.

L'aviation israélienne a aussi lancé une série de raids aériens dans le nord et le sud du territoire palestinien. Jabaliya a notamment été visé dans le nord, tandis que la ville de Rafah, à la frontière avec l'Égypte, a été la cible de nombreux obus de char et de tirs d'artillerie. Tsahal a affirmé que les raids aériens dans le Sud visaient surtout des dizaines de tunnels qui serviraient à la contrebande d'armes.

Selon le chef des services d'urgence palestiniens à Gaza, les combats de mardi ont fait au moins 70 morts de plus du côté palestinien, portant le bilan total à au moins 975 morts, dont plus du quart sont des enfants, et 4400 blessés.

Des activistes palestiniens ont tiré une vingtaine de roquettes et d'obus de mortier sur le territoire israélien durant la journée de mardi, sans faire de victime. Au total, 10 militaires et 3 civils israéliens sont morts depuis le lancement de l'offensive, le 27 décembre dernier.

Pas encore terminé

L'État hébreu maintient néanmoins qu'il n'a pas encore entrepris la troisième phase de son opération, qui prévoit des pénétrations plus en profondeur dans le territoire palestinien. Les tirs de roquettes palestiniennes démontrent toutefois que son objectif déclaré n'a pas encore été atteint.

La poursuite de l'offensive, déjà annoncée lundi par le premier ministre israélien Ehoud Olmert, a été confirmée de nouveau par le chef d'état-major de l'armée israélienne, le général Gabi Ashkenazi, lors d'une audience devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Parlement israélien, la Knesset.

« Nous avons encore du travail devant nous », a déclaré le général, au sujet de l'offensive contre le Hamas. « Nous travaillons à frapper encore plus durement son bras militaire, à réduire sa puissance de feu, à renforcer notre capacité de dissuasion et à améliorer la sécurité des résidents du sud d'Israël qui vivent sous la menace des attaques à la roquette. »

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui n'exerce plus son autorité que sur la Cisjordanie, a haussé le ton à l'endroit d'Israël mardi. « C'est le 18e jour de l'agression israélienne contre notre peuple et cette agression devient plus féroce chaque jour et le nombre de victimes augmente. Israël persiste dans cette agression pour anéantir notre peuple là-bas », a-t-il déclaré.

L'armée israélienne rapporte par ailleurs avoir essuyé des tirs en provenance de la Jordanie lors d'une patrouille en Cisjordanie, sans que personne soit blessé. L'incident a été aussitôt démenti par l'armée jordanienne. La Jordanie a signé un traité de paix avec Israël en 1994.

D'autre part, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, est arrivé mardi dans la région pour une visite de trois jours qui doit l'amener tant dans la bande de Gaza qu'en Israël. Après avoir visité l'hôpital al-Shifa, dans la ville de Gaza, il a déclaré: « Voir ce que je viens de voir est très douloureux ». M. Kellenberg dit qu'il est « absolument nécessaire et non négociable que les équipes médicales [...] soient protégées ».

Le directeur des opérations pour l'agence de l'ONU chargée des réfugiés palestiniens (UNRWA), John Ging, y est aussi allé d'une nouvelle sortie en faveur d'un cessez-le-feu. « Stoppez les combats pour que nous puissions prendre soin d'une population prise au piège, isolée. [...] Qu'il s'agisse d'un cessez-le-feu formel ou informel, peu importe! » a-t-il lancé. La protection des civils Gazaouis, dit-il, est un « test de notre humanité ».

Des troupes turques à Gaza?

Le quotidien britannique en langue arabe Al-Hayat rapporte mardi que le Hamas serait prêt à accepter le déploiement de troupes turques dans la bande de Gaza. Ce déploiement, dont les détails ne sont pas connus, serait toutefois conditionnel à une ouverture des points de passage entre Israël et la bande de Gaza. La Turquie a déjà fait savoir qu'elle était prête à jouer un rôle dans la région.

Israël nie utiliser des obus au phosphore blanc

Le général Gabi Ashkenazi a démenti, lors de sa comparution devant un comité de la Knesset, qu'Israël utilise des obus au phosphore blanc dans la bande de Gaza. Le Times de Londres a rapporté la semaine dernière avoir reconnu de tels obus sur des photos. Le quotidien britannique citait en outre du personnel médical travaillant dans la bande de Gaza qui s'interrogeait sur la nature des brûlures subies par des Palestiniens.

Un soldat israélien utilise un moment de répit pour prier.

Photo: AFP/Dmitry Kostyukov

Un soldat israélien utilise un moment de répit pour prier.

Selon le Times, les obus au phosphore blanc, de fabrication américaine, sont normalement utilisés pour créer des écrans de fumée, en préalable à une opération terrestre. L'utilisation de ces obus, qui entraînent de graves brûlures pour les victimes, est interdite contre les civils en vertu du droit international.

L'armée israélienne a déclaré au Times que les obus en question étaient vides et n'étaient utilisés que pour marquer une cible afin de mieux l'atteindre avec un véritable obus. Le général Ashkenazi a répété, lundi, que l'armée israélienne « agit conformément à ce qui est permis par le droit international et n'utilise pas de phosphore blanc ».

Les docteurs Mads Gilbert et Erik Fosse, qui ont travaillé plusieurs jours dans un hôpital de la ville de Gaza pour le compte de l'ONG norvégienne Norwac, soutiennent pour leur part que des Palestiniens sont blessés par de nouvelles bombes au carbone.

« À l'hôpital Al-Chifa, de Gaza, nous n'avons pas vu de brûlures au phosphore, ni de blessés par bombes à sous-munitions. Mais nous avons vu des victimes de ce que nous avons toutes les raisons de penser être le nouveau type d'armes, expérimenté par les militaires américains, connu sous l'acronyme DIME - pour Dense Inert Metal Explosive », ont-ils déclaré à la sortie du territoire palestinien, rapporte Le Monde.

Selon le quotidien français, ces bombes sont de petites boules de carbone contenant un alliage de tungstène, cobalt, nickel ou fer, et qui ont un énorme pouvoir d'explosion. « À 2 mètres, le corps est coupé en deux; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d'aiguilles. Nous n'avons pas vu les corps disséqués, mais nous avons vu beaucoup d'amputés. Il y a eu des cas semblables au Liban Sud en 2006 et nous en avons vu à Gaza la même année, durant l'opération israélienne "Pluie d'été". Des expériences sur des rats ont montré que ces particules qui restent dans le corps sont cancérigènes », affirment Mads Gilbert et Erik Fosse.

Ban Ki-moon au Proche-Orient

Ces plus récents affrontements se déroulent à 24 heures de la visite dans la région du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Ce dernier a exhorté l'armée israélienne et le mouvement islamiste Hamas a déposé les armes, lundi, trois jours après qu'un appel au cessez-le-feu lancé par le Conseil de sécurité fut resté lettre morte. Le Conseil se réunit à nouveau mardi matin.

Mercredi, M. Ban se rendra en Égypte, où il rencontrera le président égyptien Hosni Moubarak et le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, avant de s'envoler pour la Jordanie, pour un entretien avec le roi Abdallah II. Jeudi, il ira à Tel-Aviv et Jérusalem, où il rencontrera notamment le premier ministre Ehoud Olmert, avant de se rendre à Ramallah, en Cisjordanie, pour un entretien avec le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

De son côté, le Qatar propose d'accueillir les pays arabes à Doha, vendredi, pour discuter de la situation dans la bande de Gaza. Des invitations ont été envoyées aux 22 pays membres de la Ligue arabe, qui doivent normalement se réunir ce même jour au Koweït. L'initiative du Qatar, la troisième du genre depuis le début du conflit, selon l'AFP, se heurte à l'opposition de l'Égypte et de l'Arabie saoudite, alliés traditionnels des États-Unis dans la région. L'an dernier, le Qatar s'est interposé avec succès comme médiateur dans le conflit opposant les forces anti et pro-syriennes au Liban.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Reuters, Haaretz, Jerusalem Post, Al-Jazira, Al-Hayat et Le Monde

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