Sauver le sauvetage?

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Reuters, New York Times et Washington Post

La Maison-Blanche fait volte-face et envisage maintenant la possibilité d'utiliser les fonds du plan de sauvetage du secteur financier de 700 milliards de dollars américains pour venir en aide aux trois grands constructeurs automobiles américains.

Constatant le rejet du plan de sauvetage de l'industrie automobile par le Sénat, la Maison-Blanche fait volte-face et envisage maintenant la possibilité d'utiliser les 700 milliards de dollars du plan de sauvetage du secteur financier pour venir en aide à GM, Ford et Chrysler.

Des sénateurs s'adressent à la presse après l'échec du plan de sauvetage. Des sénateurs s'adressent à la presse après l'échec du plan de sauvetage.   © PC/AP/Haraz N. Ghanbari

C'est du moins ce qu'a affirmé la porte-parole du président George W. Bush, vendredi matin, au lendemain du rejet par le Sénat du plan de sauvetage destiné à venir en aide à General Motors, Chrysler et Ford.

« Dans des circonstances économiques normales, nous préférerions que les marchés déterminent le sort des firmes privées. Mais étant donné la faiblesse de l'économie américaine, nous allons examiner d'autres options si c'est nécessaire, y compris le recours au TARP [Troubled Assets Relief Program, ou plan de sauvetage des actifs à risques], pour empêcher l'effondrement des constructeurs automobiles actuellement en difficulté », a déclaré Dana Perino.

Quelques minutes plus tard, une porte-parole du Trésor américain a déclaré à l'agence Reuters que le département est prêt à agir pour empêcher un effondrement des grands constructeurs, « jusqu'à ce que le Congrès se réunisse à nouveau et agisse pour préserver la viabilité à long terme de l'industrie ».

Le président élu Barack Obama a également fait part de sa déception envers la décision du Sénat. « Mon espoir est que l'Administration [Bush] et le Congrès arriveront tout de même à trouver un moyen de donner à l'industrie l'aide temporaire dont elle a besoin, tout en demandant la restructuration à long terme qui est totalement nécessaire ».

Le rejet du plan de sauvetage de l'industrie automobile au Sénat ravive les craintes que l'industrie automobile s'effondre, aggravant du coup la crise économique qui frappe la première puissance mondiale. L'annonce de l'échec des négociations plombe d'ailleurs les Bourses mondiales vendredi.

Après de longues négociations, la Chambre des représentants avait approuvé mercredi un plan de sauvetage de 14 milliards de dollars destiné à GM, Ford et Chrysler, mais le projet a été rejeté par 52 voix contre 35 au Sénat. Son adoption exigeait 60 votes.

Les négociations ont achoppé sur la question des salaires des travailleurs des trois grands de l'automobile, une condition jugée essentielle par un groupe de sénateurs dirigé par le républicain Bob Corker. Ce dernier a déclaré jeudi soir qu'il ne manquait « que trois mots » pour que le plan soit approuvé.

L'absence d'un plan de sauvetage pourrait être fatidique pour Chrysler et pour General Motors, qui disent ne pas avoir suffisamment de liquidités pour terminer l'année. Ford serait en meilleure position.

Dans un communiqué, Chrysler a fait savoir qu'elle continuerait de travailler à une solution susceptible « d'assurer sa viabilité ». GM dit être « profondément déçu » de l'échec des négociations. « Nous étudierons toutes les options pour la poursuite de notre restructuration et pour obtenir les moyens de traverser la crise économique actuelle », dit la firme.

Selon le Wall Street Journal, GM considère déjà sérieusement se placer sous la protection de la loi sur les faillites. Au Canada, le président d'un syndicat local des Travailleurs canadiens de l'automobile, Chris Buckley, a déclaré sur les ondes de CTV Newsnet qu'un responsable de GM l'a prévenu que toutes les usines du constructeur en Amérique du Nord cesseraient de fonctionner au mois de janvier (voir notre autre article à ce sujet).

Les Bourses en chute

L'annonce de l'échec du plan de sauvetage entraîne les Bourses mondiales à la baisse. Moins de 30 minutes après l'ouverture de la séance, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York avait cédé plus de 1,5 % de sa valeur, tandis qu'à Toronto, le TSX avait dégringolé de plus de 2 %. Les deux indices se sont ensuite resaisis, perdant moins de 1 % de leur valeur.

À New York, le titre de General Motors a chuté de 15 % d'entrée de jeu. Celui de Ford a perdu plus de 7 %. Chrysler, détenu par le fonds Cerberus, n'est pas coté en Bourse.

Plus tôt dans la journée, la nouvelle avait plombé la Bourse de Tokyo, qui a perdu 5,5 % de sa valeur au cours de la journée. Les titres des constructeurs automobiles japonais Toyota et Honda ont tous perdu 10 % de leur valeur. Les fabricants de pièces essuient aussi le coup.

Les conséquences de l'échec du plan de sauvetage ont aussi été ressenties ailleurs en Asie: Hong Kong a perdu 5,5 %, Shanghai 3,8 % et Séoul 4,4 %. Les actions des constructeurs coréens Hyundai et Kia ont chuté de plus de 9 %.

Les bourses européennes sont aussi en forte baisse. À la mi-journée, le FTSE de Londres, le CAC-40 de Paris et le DAX de Francfort perdaient tous entre 2 % et 3 % de leur valeur.

Questions salariales

L'échec des négociations au Sénat est survenu après que des membres du Sénat, avec à leur tête le républicain Bob Corker, eurent formulé certaines conditions, dont celle de revoir à la baisse les salaires des syndiqués des Travailleurs unis de l'automobile.

Les sénateurs ont invité ces trois constructeurs, dont le taux horaire est d'environ 71 $, à s'aligner sur les rémunérations des constructeurs japonais, qui sont de 49 $ l'heure, selon le républicain Mitch McConnell.

« Je ne peux pas soutenir le plan de prêts tel qu'il a été rédigé par les démocrates et la Maison-Blanche, parce qu'il n'apporte pas de solutions aux problèmes principaux. » — Le sénateur républicain Bob Corker

Conséquemment, les parlementaires républicains refusent d'accorder l'aide à l'industrie automobile tant que le syndicat United Auto Workers n'accepte pas des réductions de salaire l'an prochain. Le syndicat proposait de renvoyer la question à 2011.

Pour John Ensign, sénateur républicain du Nevada, la création d'un « tsar » de l'automobile, qui superviserait les réformes des constructeurs, « n'est pas une solution sérieuse ». Il estime que ce haut responsable, qui n'est pas encore désigné, « n'aurait même pas les pouvoirs qu'un administrateur judiciaire ».

Loi sur le financement et la restructuration de l'industrie automobileLes constructeurs en déroute pourraient bénéficier de prêts gouvernementaux à court terme pour un montant allant jusqu'à 15 milliards de dollars américains. Il semblerait que la direction de Ford, qui prétend ne pas avoir besoin pour l'instant de liquidités, ne va pas piger immédiatement dans ce fonds d'urgence.

Le projet de loi prévoit aussi la mise sous tutelle par l'État des trois grands constructeurs, la direction de ceux-ci devant rendre des comptes à un administrateur du gouvernement nommé par la Maison-Blanche.

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