Entrevue réalisée par Sophie-Hélène Lebeuf
Internationaliste, ouvert à la diversité culturelle, plus porté « vers la diplomatie que vers le militarisme »: Barack Obama n'a pas une « perspective américano-américaine du monde », selon le politologue Louis Balthazar.
Opposé dès le départ à l'intervention militaire en Irak, Barack Obama veut retirer les troupes américaines qui y sont toujours présentes afin de replacer l'Afghanistan au coeur de la lutte antiterroriste menée par les États-Unis.
Au-delà de cet engagement électoral, parmi les plus médiatisés, quelle sera la politique étrangère américaine sous la gouverne de son 44e président? Le politologue Louis Balthazar se penche sur le monde d'Obama, tandis que l'économiste Christian Deblock expose les principaux défis des États-Unis en matière de relations commerciales.
Quelle est la vision du monde de Barack Obama et comment influencera-t-elle la politique étrangère américaine?
Louis Balthazar évoque le père kényan de Barack Obama et rappelle la jeunesse de Barack Obama, passée en partie en Indonésie, pour expliquer sa « sensibilité à l'endroit du tiers-monde ».
« Il part d'une perspective beaucoup plus internationale de la situation. Autrement dit, ce n'est pas une perspective américano-américaine du monde », juge-t-il. Le politologue le définit notamment comme un internationaliste ouvert à la diversité culturelle et plus porté « vers la diplomatie que vers l'utilisation des forces militaires ».
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Barack Obama livre son discours à Chicago.
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PC/AP Photo/Morry Gash
Quelles relations devraient avoir les États-Unis avec des pays comme la Chine ou la Russie, par exemple?
« Ce ne sera pas facile pour M. Obama, qui est un nouveau venu sur la scène internationale, qui est jeune, et qu'on aura envie un peu partout de tester, de mettre à l'épreuve », croit M. Balthazar. Mais Barack Obama, fait-il valoir, est beaucoup mieux perçu que son prédécesseur. « La façon dont un acteur politique est perçu, c'est déjà la moitié de la solution au problème », ajoute-t-il.
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Une solution au conflit israélo-palestinien reviendra-t-elle dans les priorités américaines?
Louis Balthazar voit en Barack Obama un « arbitre crédible » et croit qu'il y a aura de la part de l'administration Obama une volonté d'arbitrer les différends et de voir une solution au conflit israélo-palestinien fondée sur deux États distincts. Mais, en raison de la « partialité de M. Bush à l'endroit des Israéliens », « il faudra donc que M. Obama tâche de rebâtir la crédibilité des États-Unis auprès des Palestiniens ». Cela dit, admet-il, la crise économique pourrait occulter complètement cet enjeu.
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Quelle perception les autres pays auront-ils du nouveau président Obama?
« Au départ et pendant quelque temps, les États-Unis seront mieux perçus [...] M. Obama, c'est sûr, va bénéficier d'une lune de miel sur le plan international quant à la perception qu'on aura des États-Unis. [Mais], inévitablement, il va décevoir, cette lune de miel va se terminer. »
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Quelles devraient être les priorités des États-Unis dans leurs relations commerciales avec le reste du monde?
Selon l'économiste Christian Deblock, plusieurs dossiers devront être à l'avant-plan, notamment les liens économiques qu'ils entretiennent avec la Chine et, de façon plus générale, avec l'Asie, où « le président Bush a pratiqué une politique de la chaise vide ».
Selon lui, les États-Unis devraient aussi renouer les liens avec l'Amérique latine. Dénonçant « une prolifération d'accords bilatéraux qui minent le système », M. Deblock évoque également la question du multilatéralisme et du cycle de Doha, sur la libéralisation des échanges des pays membres de l'Organisation mondiale du commerce.
« Peut-on encore parler d'un avenir pour le cycle de Doha?, demande-t-il. Tout le monde semble dire que c'est mort. Mais, de toute façon, les États-Unis doivent reprendre leur bâton de pèlerin et rejouer le rôle de leader qu'ils ont joué dans le passé. » Mais il devra au préalable rétablir la confiance envers les États-Unis. « Le nouveau président aura du pain sur la planche », résume-t-il.
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