L'heure de gloire de Joe le plombier

  |  Radio-Canada avec Associated Press, New York Times, Politico, CNN et Washington Post

Le débat présidentiel entre Barack Obama et John McCain n'était pas encore terminé que le téléphone sonnait déjà chez Joe Wurzelbacher, un plombier de l'Ohio devenu instantanément célèbre lors du troisième débat télévisé entre les deux candidats.

Joe Wurzelbacher, un plombier de l'Ohio dont l'histoire a été récupérée par John McCain, mercredi, est passé de l'anonymat le plus complet à la célébrité en quatre jours. Retour sur un épiphénomène.

« Joe le plombier » ne cache pas qu'il est renversé par le fait que son prénom a été mentionné 25 fois lors de l'affrontement, soit à peu près quatre fois plus souvent que le mot « Irak » a été prononcé. Le débat, il est vrai, portait sur la politique intérieure.

N'empêche, le sort de Joe le plombier a capté l'attention de John McCain en fin de semaine, et le candidat républicain s'en est servi abondamment pour illustrer comment les propositions fiscales de son adversaire nuiront, à son avis, aux petites entreprises.

Barack Obama a discuté avec Joe Wurzelbacher pendant quelques minutes dimanche. Barack Obama a discuté avec Joe Wurzelbacher pendant quelques minutes dimanche.   © PC/AP/Jae C. Hong

Ces doléances sont bel et bien celles de Joe le plombier. C'est d'ailleurs ce qui l'a amené à interpeller Barack Obama, dimanche, lorsque ce dernier s'est joint à des bénévoles de sa campagne qui faisaient du porte-à-porte à Holland, en Ohio.

« Croyez-vous au rêve américain? », a-t-il crié à l'approche d'Obama. Le sénateur de l'Illinois s'est approché de lui et a entrepris la conversation. « Je me prépare à acheter une entreprise qui fait entre 250 000 $ et 280 000 $ par année. Votre régime fiscal fera en sorte que je paierai plus d'impôt, n'est-ce pas? », a demandé Joe Wurzelbacher, qui a dit travailler à la sueur de son front depuis 15 ans.

M. Obama a admis que c'était effectivement le cas, mais lui a néanmoins présenté une série d'arguments pour expliquer le bien-fondé de sa démarche. « Si mon plan avait été mis en oeuvre il y a 15 ans, a fait valoir le candidat démocrate, vous auriez reçu plus d'argent et auriez été en mesure d'acheter votre entreprise plus rapidement ».

Le sénateur de l'Illinois a aussi plaidé que son plan aiderait davantage les Américains de la classe moyenne, qui auraient ainsi plus d'argent, ce qui serait assurément une bonne chose pour M. Wurzelbacher. « Je crois que, quand on répartit la richesse, c'est bon pour tout le monde », lui a dit Barack Obama.

Joe Wurzelbacher n'a pas paru convaincu, mais M. Obama s'est montré bon joueur. « Écoutez, je respecte ce que vous faites, je respecte votre question, et même si je n'obtiens pas votre vote, je vais travailler fort pour vous parce que les petites entreprises créent de l'emploi dans ce pays et je veux les encourager ». Il s'est éloigné en lui lançant: « Je dois me préparer pour ce débat. Mais ce fut un bon entraînement! ».

Le lendemain, un quotidien local, le Toledo Blade, a repris l'histoire et l'affaire a pris de l'ampleur. Les médias électroniques ont pris le relais. Mercredi, Wurzelbacher a été interrogé sur les ondes de Fox News, où il a expliqué que la volonté de Barack Obama de répartir la richesse l'effrayait.

« Il dit qu'il veut redistribuer la richesse. Ce que je veux dire [...] c'est qu'il s'agit d'un point de vue socialiste. Vous savez, je travaille pour ça. Il me revient de déterminer à qui je veux donner mon argent. Ce n'est pas au gouvernement de décider que j'en gagne un peu trop et que je dois donc le partager avec d'autres. Ce n'est pas ça le rêve américain. »

La rançon de la gloire

M. Wurzelbacher s'est immédiatement rendu compte que son histoire avait été récupérée par John McCain, mercredi soir, parce qu'il écoutait le débat. S'il ne l'avait pas fait, il s'en serait rapidement rendu compte: selon le Toledo Blade, il a immédiatement reçu des appels de CNN, Fox News et de l'émission Good Morning America. Il a d'ailleurs refusé de parler, disant qu'il voulait écouter le débat jusqu'à la fin.

La résidence de Joe le plombier a été prise d'assaut par les journalistes. La résidence de Joe le plombier a été prise d'assaut par les journalistes.   © PC/AP/Madalyn Ruggiero

Confronté à une avalanche de demandes d'entrevue, Wurzelbacher s'est prêté au jeu, jeudi avant-midi, en tenant une courte conférence de presse devant chez lui. Malgré sa critique acerbe du plan fiscal de M. Obama, il a refusé de dire pour qui il votera le 4 novembre. Il s'est lui-même qualifié de feu de paille. « Si j'ai contribué à stimuler le débat, tant mieux, mais je pense qu'ils auraient dû parler des enjeux les plus importants », a-t-il laissé tomber.

Au fil de la conversation, l'homme s'est ouvert quelque peu. Il a fini par dire qu'il s'inquiétait de la dette fédérale dont son fils allait hériter et y est allé d'une sortie en règle contre le système de sécurité sociale. « C'est une blague. Je n'y ai jamais cru et je n'aime pas ça. [...] Je déteste que ce soit obligatoire ». Il s'est aussi montré très fier que les États-Unis aient « libéré » l'Irak.

Wurzelbacher devra maintenant apprendre à vivre avec la rançon d'une gloire qu'il ne semble pas avoir voulue. Les journalistes sur sa piste ont depuis révélé à la face du pays qu'il ne détient pas de licence de plombier, et qu'il doit 1183 $ au fisc de l'Ohio depuis janvier 2007. Qui plus est, il semble que Wurzelbacher ait voté lors de la primaire du parti républicain en mars dernier.

John McCain, désireux de se poser en défenseur des petites gens, n'a pas l'intention de lâcher le morceau. Lors d'un rassemblement politique en Pennsylvanie, jeudi, il a déclaré que Joe le plombier était le vrai vainqueur du débat de mercredi. Des gens dans la foule se sont mis à scander « Joe, Joe, Joe ».

De son côté, Barack Obama a tourné l'affaire en dérision. Le sénateur McCain, a-t-il dit lors d'un rassemblement au New Hampshire, « tente de suggérer qu'il se bat pour un plombier ». « Combien de plombiers font un quart de million par année? », a-t-il demandé à la foule. Son colistier, Joe Biden, a aussi soulevé la question.

Selon des documents judiciaires consultés par le Toledo Blade, Wurzelbacher a déclaré avoir gagné 40 000 $ par an en 2006.

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