L'opium dans la ligne de mire

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Culture du pavot d'opium en Afghanistan Culture du pavot d'opium en Afghanistan   © AFP/AFP

Les ministres de la Défense des 26 pays membres de l'OTAN, ont accepté, vendredi, à Budapest, que des troupes de l'alliance militaire participent à la lutte contre le trafic d'opium en Afghanistan, un lucratif commerce qui finance l'insurrection islamiste.

Les pays de l'OTAN répondent favorablement aux demandes de Kaboul et de Washington de s'attaquer au trafic de l'opium qui finance la rébellion afghane.

« En ce qui concerne la lutte antidrogue, la force internationale (FIAS) est autorisée à agir de concert avec les Afghans contre les installations et les individus soutenant l'insurrection, comme prévu par le plan d'opération existant », a déclaré James Appathurai, porte-parole de l'OTAN.

L'OTAN précise qu'elle pourra entreprendre cette lutte sans avoir à changer le « plan d'opération » de ses 50 700 soldats. Les troupes qui prendront part à ces opérations devront toutefois obtenir l'autorisation de leurs gouvernements respectifs.

L'alliance militaire indique que cette expansion de la mission de l'ISAF n'est que temporaire, et que la décision fera l'objet d'une réévaluation lors d'une prochaine rencontre des ministres de la Défense, en février, en Pologne.

Sept provinces viséesDans un rapport déposé en août, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime a estimé que 98 % de la production d'opium en 2008 était concentré dans sept provinces de sud-ouest du pays, dont celle Kandahar, où sont déployés les soldats canadiens.

Les autres sont les provinces d'Helmand, d'Uruzgan, de Daykundi, de Zabul, de Farah et de Nimroz. « Cela souligne clairement le fort lien entre la culture du pavot et le manque de sécurité », indiquaient les auteurs du rapport. La culture du pavot a été éradiquée dans 18 des 34 provinces du pays, soit 5 de plus qu'en 2007.

L'agence onusienne estime que 157 000 hectares de terre ont été consacrés à la culture du pavot l'an dernier, soit 19 % de moins qu'en 2007. Le rendement supérieur des plants a toutefois fait en sorte que la production totale n'a diminué que de 6 %.

Le rapport évaluait à 2,4 millions le nombre de personnes impliquées dans le trafic d'opium et à 732 millions de dollars américains les revenus totaux qu'en retirent les agriculteurs afghans.

Une réponse aux attentes de Kaboul

La décision des pays membres de l'OTAN répond à la demande du commandant suprême des forces de l'Alliance, John Craddock, et du ministre afghan de la Défense, Abdul Rahim Wardak. Ce dernier avait demandé à ses homologues de lancer les soldats de l'ISAF à l'assaut des grands trafiquants de drogue qui sévissent en Afghanistan.

Demande qui avait d'ailleurs été rapidement relayée par son homologue américain, Robert Gates, présent lui aussi à Budapest. Selon le responsable américain, « le trafic de drogue n'est pas seulement corrosif pour la bonne gouvernance, en raison de sa contribution à la corruption, il finance aussi directement les gens qui tuent des Afghans, des Américains et nos partenaires de la coalition ».

Malgré l'accord, plusieurs participants à la mission afghane craignent, en élargissant ainsi le mandat de l'OTAN, de faire courir encore plus de risques à leurs soldats.

Les responsables allemands, espagnols et italiens, entre autres, redoutent que cette nouvelle tâche n'entraîne un accroissement des victimes civiles. Des militaires de l'OTAN craignent aussi de se mettre à dos la population des régions rurales du sud du pays en s'en prenant au trafic d'opium qui fournit l'essentiel des revenus de ces gens.

On estime que l'Afghanistan produit 92 % de l'opium et de l'héroïne dans le monde et que le trafic de drogue constitue environ la moitié de toute l'activité économique de ce pays.

Le Pentagone évalue quant à lui à environ 80 millions de dollars par an les revenus que tirent les talibans de la culture du pavot. Ce montant atteint 100 millions de dollars, selon les données de l'Organisation des Nations unies.

Provinces ciblées   © AFP/SPENCER PLATT

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