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Vendredi 20 novembre 2009 18:06 HNE

En profondeur

Le siège social d'AIG à New York

Sauvetage d'AIG

Un problème épineux pour Obama et McCain

Mise à jour le mardi 23 septembre 2008 à 10 h 04
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Sauvetage d'AIG

Un problème épineux pour Obama et McCain

Les candidats à la présidence des États-Unis peinent à exposer une position économique claire face à la décision de la Maison-Blanche de faire volte-face et de renflouer American International Group (AIG)

Le siège social d'AIG à New York

Photo: AFP/Stan Honda

Le siège social d'AIG à New York

Mercredi, la Réserve fédérale (Fed) a annoncé, après consultation avec le secrétariat au Trésor, qu'elle prêtait 85 milliards de dollars à la plus importante compagnie d'assurances américaine afin de la sortir du pétrin et d'éviter ainsi une contamination des marchés. En échange, la Fed devient actionnaire majoritaire d'AIG.

Interrogés à ce sujet, MM. McCain et Obama rivalisent de circonvolutions visant à renforcer l'image qu'ils souhaitent projeter auprès des électeurs américains, mais en disent bien peu sur ce qu'ils auraient fait s'ils avaient dirigé le pays, comme ils y aspirent tous deux.

Les coupables sont pourtant bien identifiés. Le démocrate Barack Obama accuse la philosophie économique qui a régné à Washington au cours des huit dernières années, philosophie à laquelle il associe son adversaire républicain John McCain. Ce dernier montre plutôt Wall Street d'un doigt accusateur et soutient que les dirigeants d'entreprises doivent faire l'objet d'une enquête.

Tous deux se posent en protecteurs de la classe moyenne et en appellent à une meilleure réglementation. Cette volonté n'est pas nouvelle chez Barack Obama, qui se fait toutefois avare de commentaires sur les détails. Pour John McCain, il s'agit d'une position contre nature, lui qui se fait plutôt un chantre de la déréglementation.

En mars dernier, McCain a déclaré au Wall Street Journal: « Je suis toujours pour moins de réglementation, mais je suis conscient qu'il doit y avoir une surveillance gouvernementale » disait-il, en faisant référence à la récente débâcle des prêts hypothécaires à haut risque, cause première de la déconfiture actuelle à Wall Street. « Mais je suis fondamentalement pour moins de réglementation ».

Mais aucun des deux hommes ne condamne ni n'approuve ouvertement la décision de la Fed.

Extraits de la déclaration de John McCain

« Ce [plan de sauvetage] résulte d'une réglementation déficiente, d'une gestion imprudente et d'une culture du jeu (casino culture) à Wall Street [...]. Le but de ce geste est de protéger des millions d'Américains qui possèdent des polices d'assurance, des régimes de retraite et d'autres comptes avec AIG. Nous ne devons pas renflouer les gestionnaires et les spéculateurs qui ont créé cette pagaille. [...] Nous avons besoin d'une réglementation solide, d'un retour à une croissance de la création d'emplois et d'une restauration de l'éthique et du contrat social entre les milieux d'affaires et l'Amérique. [...] Nous devons enquêter pour déterminer s'il y a eu de fausses représentations de la part de dirigeants d'entreprises. Si c'est le cas, il doit y avoir des pénalités. »

Extraits de la déclaration de Barack Obama

« Bien que nous ne connaissions pas les détails de l'arrangement, la Banque centrale doit s'assurer de protéger les familles qui comptent sur les assurances. Elle doit stimuler la capacité de notre économie à créer des emplois bien rémunérés et aider les travailleurs américains à payer leurs factures et à faire des épargnes. Elle ne doit pas renflouer les actionnaires ou les gestionnaires d'AIG. Cette crise constitue un rappel douloureux des échecs d'un capitalisme de copinage et d'une philosophie économique qui perçoit toute réglementation comme étant mal avisée et non nécessaire. C'est une philosophie qui laisse les lobbyistes à Washington tailler en pièces les mesures de protection des consommateurs et qui crée une distorsion de l'économie afin qu'elle serve des intérêts particuliers plutôt que les travailleurs. [...] Malgré cette conversion de la dernière heure au langage de la réforme, le sénateur McCain a souscrit à cette philosophie pendant 26 ans à Washington et les évènements de cette semaine révèlent qu'il s'agit d'un échec colossal. »

Éviter le coeur du sujet

Barack Obama et John McCain font d'ailleurs régulièrement dévier le débat sur d'autres sujets d'ordre économique qui ne sont pas directement reliés à la débâcle de Wall Street. Le sénateur Obama, par exemple, rappelle que John McCain veut préserver les baisses d'impôts consentis aux plus riches par le président Bush; John McCain, lui, n'hésite pas à promouvoir son plan visant à encourager l'exploration pétrolière.

Lors d'un rassemblement politique organisé jeudi à Cedar Rapids, en Iowa, John McCain, a également accusé le président de la Commission des valeurs mobilières des États-Unis d'avoir « maintenu des règles permettant aux spéculateurs et aux fonds d'investissement de transformer les marchés en casino ». Il a ajouté: « Si j'étais président aujourd'hui, je le licencierais », a-t-il ajouté, affirmant qu'il avait trahi la confiance des Américains.

« Pour Obama et McCain, les risques politiques que posent le sauvetage d'AIG sont nombreux », analyse le site web Politico. « Ils doivent trouver l'équilibre entre leur responsabilité de ne pas ébranler les marchés, leur rôle potentiel de gardien des deniers publics et ils doivent à coup sûr apparaître solidaires des millions d'Américains qui ont des comptes chez AIG. En même temps, ils doivent faire valoir leur message sur le plan économique ».

Interrogé par le Wall Street Journal, l'un des principaux conseillers de John McCain, Matt McDonald, a soutenu qu'il était encore trop tôt pour proposer un plan détaillé des réformes que le candidat républicain veut promouvoir. « Je ne crois pas qu'il soit approprié de présenter un plan en 12 points le matin même où AIG est renfloué », s'est-il défendu. Des détails seront dévoilés ultérieurement, a-t-il ajouté.

Les grands médias américains s'accordent pour dire que les difficultés économiques actuelles devraient normalement profiter aux démocrates, le parti actuellement au pouvoir étant toujours, à tort ou à raison, blâmé pour la gestion qu'il a préconisée. Il est toutefois encore trop tôt pour constater l'impact des évènements des derniers jours sur la campagne présidentielle.

Mercredi, un sondage Reuters/Zogby réalisé entre le 11 et le 13 septembre - soit avant les problèmes de Lehman Brothers, Merryll Lynch et AIG - révélait que John McCain était considéré comme le meilleur candidat pour gérer l'économie par 47 % des répondants, contre 45 % pour Barack Obama. Le mois précédent, cet écart était toutefois de 9 points en faveur de John McCain.

Les Américains sont d'avis que l'économie est le sujet de prédilection dans cette élection et sont convaincus que la situation actuelle est mauvaise. Selon un sondage CBS/New York Times publié mercredi, 8 Américains sur 10 pensent que l'économie va mal, et 6 sur 10 pensent que la situation continue de se détériorer.

Radio-Canada.ca avec Associated Press, New York Times et Politico